Eau vive

Je vous avais écrit quelques mots... vous souvenez-vous ?

17 mai 2016

Lutte descriminatoire

Flagrant délit de discrimination dans le potager.
Les courgettes s'entêtent à porter six fleurs mâles pour une femelle.
Mon honneur défaille devant ce nouvel affront.
Toutes griffes dehors je vais leur couper (...)

(...) la tête.


29 octobre 2013

Épaisse

Jadis, elle avait été une goutte. Ronde et oblongue, blanche et insaisissable. Sauf du bout de sa langue.
Une goutte de lait qui troublait son bol de thé. Disait-il.

Une goutte silencieuse, laiteuse, sans vie et si troublante pourtant.
Elle aimait bien, alors, être la cause de ce nuage translucide qui caressait la faïence où ses lèvres se posaient.
Elle se sentait objet de fantasme, elle se sentait belle dans son regard qui se troublait tout autant que son bol de thé.

Mais un jour – que voulez-vous, je me dois de suivre la trame des contes défaits – bref, un jour, elle s’épaissit. Disait-il.
Elle n’était plus cette impalpable goutte de lait, elle avait épaissi.

 É-pais-sie. Comme une foutue sauce béchamel ou une crème pâtissière.

Elle avait grogné, ragé, tempêté. Diable, le maquignon avait surgi, sa face cachée.
Elle était devenue épaisse.

La rage l’avait guidée à la recherche de ces organismes bien moins poétiques que la goutte de lait qu’elle avait été. Et qu’elle n’était plus.
Épaississants.... « Les gélifiants et les épaississants sont des substances (le plus souvent organiques, hydrophiles) susceptibles de former, dans les denrées alimentaires liquides, les premières des solutions visqueuses, les secondes des suspensions et des gels souples, de forme stable ».
Elle accepta d'être gorgée de pulpe de bois, même traitée à l’acide chlorhydrique, d'algues brunes ou rouges, et le parfum du marc de pomme lui plaisait bien.
Mais les amidons natifs modifiés chimiquement, la gomme Xanthane, le phosphate de diamidon hydroxypropyle et autres subtilités la mirent en rage.
Elle se consola en étudiant leur merveilleux effet stabilisant sur différents systèmes dispersés.

Ensuite elle arracha la couverture d'une tablette de chocolat au lait aux noisettes entières. Qui ne contenait qu’un banal émulsifiant pourtant. 

Puis ils se marièrent et eurent beaucoup de petites noisettes. Mais jamais de bol de thé.

11 septembre 2010

Mourir, mais à quel étage ?

Détour par ma librairie. Une pas vraiment "intime -rassurante-compétente", mais assez connue du milieu toulousain.
Non, pas la Fn@c quand même !
Rayon psychanalyse ?
Non.
Bon, sociologie ?
(...)
Philosophie ?
(...)
Littérature?
(...)
Décidément c'est étrange !
- Pouvez-vous m'indiquer où vous avez classé Marie de Hennezel je vous prie ?
Rayon "Santé" ? Tout en bas ?
A mourir de rire....

mort_intime

08 septembre 2010

Regard bleu

Je la regarde avec douceur, toute enveloppée de blanc. Sa peau fripée de sillons se teinte de bleu, en camaïeux encore pâles. Elle m'est familière, mais je ne la reconnais pas encore. Malade et gauche, ma main droite se repose dans ses draperies de gaze.
Les heures offertes pour elle seule reposer, me laissent avides d'heures volées, si douces. Livres et cendriers s'amoncellent, quel bonheur que ce temps offert à ne vivre d'autres désirs que les miens. Regarder le vent qui balance les branches fragiles. Sourire de ne pouvoir saisir le sécateur.
Tenter l'apparence, pester et rire. Puis jeter aux orties les atours vraiment trop compliqués à coller à ce corps gauche d'être immobilisé d'un seul petit bout de lui.
Sensation étrange que ce pouce dénervé, où des sillons électriques affleurent. Je joue à le voir palpiter sans en avoir la toute conscience, remercie le cerveau omniprésent de laisser les nerfs tranchés oublier qu'ils conduisaient au mal.
Ma main est bleu, et le ciel y joue une gamme à écouter en fermant les yeux.

15 août 2010

Petite leçon de mensonge

Prétexter des douleurs qui se révèleraient handicapantes sur la route. Le plus acceptable des mensonges, pour lui, mensonge acceptable, qui dit que je pourrais me mettre à mal si je venais. Pour lui que je veux préserver. Regretter - vérité criante - de ne pouvoir participer à ce séjour dans le joli pays aux courbes sinueuses à souhait. Mentir et s'y tenir. Y réfléchir, se concentrer en tentant l'absolue décontraction navrée.
Mon visage est un livre pour qui sait le feuilleter.
Rêver de cet ami, pour lequel j'ai mis des années à trouver le signe infime qui avoue le mensonge. Son regard, habituellement toujours mobile, se fige alors quelques secondes. J'ai beaucoup ri en trouvant la signature de ses infamies. Mais ne peut prendre acte de cette leçon de maître, hélas.
Je bafouille, m'embrouille, un voile de sueur aigre recouvre ma lèvre. Je ne sais pas mentir. Empêtrée dans ce vêtement trop serré pour moi, je suffoque de ne pouvoir dire la vérité.
Mentir, ne pas le blesser, m'évader de son regard aimant et désactiver ainsi la polarité.  Le préserver de moi, le plus possible. Peu à peu me dissoudre dans des heures où je serai loin.
Préparer la grotte familière.
Où je me terre pour ne pas dire.


14 août 2010

Chronique d'une mort annoncée

En bavardant, incidemment, entre cigarette et café...

-- Pourquoi les hommes plus jeunes sont-ils attirés, et bien plus de nos jours qu'auparavant, par des femmes plus âgées ?
En dehors de toute raison "physique", qui admet que l'âge serait de nos jours stoppé par toutes ces crèmes qui ne sont plus antirides mais anti-âge...
Et la raison qui sectionne le point d'interrogation glissé entre deux volutes, incidemment, cigarette et café...
-- De nos jours on vit une histoire pour quatre, cinq ans... alors, l'âge, quelle importance ?

Cesser de respirer, blêmir un peu, écraser la cigarette, fermer les yeux. Au téléphone, cela ne se voit guère. Comprendre enfin le pourquoi, ce drôle de pourquoi dont je ne cernais pas la réponse, la raison du malaise devant leurs étranges désirs sans frontière d'âge. Enfin comprendre que leur parfum est celui d'une mort annoncée.
Je n'aime pas les maladies qui traînent en longueurs.

Incidemment, entre cigarette et café... choisir d'en rire, soulagée.

27 juillet 2010

Verte

Oh... son odeur... ma tête juste là, à peine posée là, sur son bras, près de son épaule, près de son aisselle. Les yeux tellement fermés, pour mieux le respirer.
Sentir cette fragrance imperceptible, ce vert au bout de ma bouche.
Cette douleur dans le ventre, de tant le désirer.

Le humer, inspirer et vaciller, submergée de tendresse, boire, boire jusqu'à l'ivresse son odeur de poire verte.

22 juillet 2010

Comme une princesse

Il est heureux en ma compagnie. Heureux. Pas bienheureux. Après m'avoir avoué sa décision de tout faire pour me "marabouter", moi, avant qu'un bellâtre - honni par avance - ne s'en charge.
Moi ? Moi.
Son amie, sa compagne de route, celle qui avale les km en le suivant à la trace par monts et par vaux. Moi, qu'il a vu pleurnicher, rire, bâiller sans retenue, râler, tempêter. Qu'il connait du soir au coucher au matin au réveil, après avoir partagé si souvent la même chambre dans les gîtes. Je ne savais pas jusqu'alors. Jamais su que je pouvais pousser ses pensées à l'extrême en me promenant presque sans pudeur devant lui.
Je l'aime d'une telle amitié que le choc fut rude de découvrir que ce qui nous lie si fortement était en réalité dans son cœur transformé en amour. Il est amoureux, donc. De moi. Me couvre de tant d'attentions que j'en suis tourneboulée. Les petits messages suintant de vrais, sens en déroute, le verre de ce vin frais que j'aime tant, caché dans le top case et servi sur le sable brûlant, le Cd couvert de graffitis de ses mots, de chansons qui me collent à l'humeur, les photos où je ne peux que me trouver belle, les coups de mains qui préservent parfois mon corps qui s'échine à bricoler. Tout ça pour moi.
Il est... Il est spécial. Mais me sait non conventionnelle et capable de dépasser les limites étroites de l'apparence pour savourer des petites bouchées de son cœur caramel.

Il attend, voit que je vacille parfois de tant d'attentions. Il sait, se sait tellement différent des autres. Pas beau, comme ces foutus bellâtres dans mon sillage. Avec quelques centimètres de viande de moins par ici, quelques centimètres de trop par là. Mais sa compagnie m'offre un cadeau si précieux. Je m'aime alors presque assez. Et peut-être finirai-je par l'aimer à son tour. Il le sait bien. Et attend patiemment.

08 juillet 2010

Je panse

J'avais faim d'un velouté de tendresses. Avec un s. Faim d'un corps rosé à cœur, et d'un doigt de liqueur de toi. 
Mon ventre se dévore de ton absence, et ma langue caresse son palais lisse. Et vide.
Vide.
Je n'ai plus faim, plus soif.
Je ne voulais qu'un peu d'espoir à siroter, qu'un filet de salive à humecter. Et mes doigts se recroquevillent de ne serrer que cette paume vide.
Vide.
Je ne sais plus qui tu es, qui tu seras. Je ne sais même plus.
Mes souvenirs sont encore vautrés dans cette mémoire un peu vache, qui broie, mâchouille, suçote,avale et recrache.
Je panse.
Et caillette.

11 mai 2010

Jouvence

Il est beau comme le jeune diable qu'il ne peut qu'être; le crâne rasé de frais, où j'avais envie de passer ma main pour sentir le crissement sous ma paume.
Il m'a pris la main. Après me l'avoir demandée gentiment.
Je tremblais légèrement, le souffle un peu plus court.
- Vous êtes trop jeune...
Comment, jeune godelureau que vous êtes ? Me parler de mon âge vénérable ainsi ? Moi qui revendique l'oubli de mon flux menstruel avec le bonheur de la sagesse enfin conquise ?
Trop jeune ? Moi ?
- Oui, il vous faut encore attendre avant que mes doigts ne fouillent vos chairs fragiles.
Attendre... Attendre ?
Oui, je vais faire une nouvelle orthèse. Et j'attendrai que les années recroquevillent davantage ma main. Alors nous nous reverrons,  pour que vos doigts armés d'un fin scalpel soulagent enfin mes tendons suintants et mes os qui se rabotent tous seuls en grincements douloureux.
J'attendrai. Je suis encore jeune !