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Eau vive
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30 septembre 2009

Générale d'opérette

Si j'étais vraiment raisonnable...
Ils sont tous là, rangés si bêtement dans leur champ tiré au cordeau où se déroule une drôle de guerre.
Si j'étais vraiment responsable...
Je les prendrais à revers, eux qui se sont figés en rangées stupides si bien ordonnées.
Puis je les ferais parler.
Je les ficellerais sur un axe et les triturerais, les torturerais jusqu'à l'exsangue.
Je suis payée pour cela.
C'est mon métier, de les faire avouer.
Mais moi, je vois la misère et la violence tout autour d'eux, eux qui sont perdus dans un monde qui n'est pas le leur. Soldats de plomb dans une guerre qui n'est pas la leur, pas la mienne. 
Je ne suis pas raisonnable, ni responsable...
Alors je joue avec eux, tant qu'ils ne savent rien de leur destin.

Je les dessine en belles courbes à double axe, en pyramides inutiles, en diagrammes colorés qui parlent en couleurs de ce monde que je n'aime pas...
Ce monde de chiffres où je suis générale d'opérette.

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28 septembre 2009

Vent coulis

Petit vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette.
Quand j'ouvre grand mon cœur il s'engouffre et vient chambouler toutes mes pensées bien ordonnées.
Ce petit vent malin sait trouver le soupirail que je ne ferme jamais. Je n'ose pas le verrouiller, de crainte d'avoir des petites pensées  parsemées de moisi.
Tant pis, mes idées sont toutes décoiffées, ma raison tourneboulée et des feuilles jonchées de mots désordonnés parsèment mon en-dedans.
J'entends des bruissements, ça danse et tourbillonne, c'est si gai.
Et aussi les notes de ces musiques qui me berçaient enfant, et les clapotis de l'eau dans les grands coquillages salés. Parfois aussi, la plume d'une mouette qui me caresse la mémoire.
Tous ces moments de bonheur chauds comme un lagon.
Vois-tu, quand le vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette...  j'entends... ces mots d'amours défuntes au parfum de brin de lavande sèche. Ces mots si pauvres qu'ils me sont infiniment précieux. Des mots doux et sucrés, poivrés de cet autre qui me les murmuraient.
Ces mots, pour moi seule, comme un écho qui fracasse mes silences.

Tu vois, l'Homme, le vent dans ma tête, je l'aime. Parce que je ne serais pas moi-même si je devenais si grande et responsable et raisonnable. Parce que je deviendrais alors aussi triste qu'eux tous.

23 septembre 2009

Pardon mon ami,

                        je te demande pardon de reculer en pas de chat quand tu t'approches de moi. Cela t'a bien fait rire le jour où je me suis retrouvée acculée au mur de mon bureau. Il paraît que mes yeux ont reflété la panique. Tu m'as avoué que tu voulais juste savoir quelle était ma distance de sécurité, et tu l'as trouvée : 50 cm. Si cet espace en carapace se réduit mes pieds reculent. Mon corps se balance à la recherche de cet équilibre fragile qui t'empêchera de me toucher. Mesure donc la longueur de ton bras, tu verras que je me maintiens à une même distance ...
Tu tentes de me dire de ne pas avoir peur. Tu me vois vous embrasser quand nous nous retrouvons au-dehors et tu ne comprends pas pourquoi je ne suis plus la même quand nous partageons nos bonjours du matin, nos repas du midi au restaurant d'entreprise.
Vois-tu, mon ami, si je me laissais aller à t'embrasser tous les jours avec le bonheur que cela me procure, je sais combien cela me manquerait, après. Tu deviendrais mon seul baiser quotidien et cela m'est insupportable. Tout comme les chocolats que je refuse si je ne peux en prendre qu'un.
Ce n'est pas pareil quand nous nous retrouvons chez les uns, les autres.
J'aime les baisers sur vos joues, y appuyer mes lèvres et humer l'odeur chaude de l'amitié. J'aime poser ma main sur vos épaules,  et laisser un instant ma nuque oublier de soutenir ma tête. J'aime me glisser quelques secondes dans vos bras en riant. Parce que je n'ai pas peur d'y glaner un brin de bonheur. Vous retrouver, c'est moissonner des baisers dorés comme les blés.
Et si tous les jours je devais me contenter d'un bonjour du bout des joues qui se touchent sans trop se toucher, comme il faut le faire, du bout de la peau, je détesterais cela.
Je n'embrasse pas. Je ne sais donner que des baisers.

21 septembre 2009

Attendre

Le temps a perdu son piment qui m'enflammait. Depuis que j'ai égaré ma montre au fond d'un tiroir, le temps est  là, à côté de moi, sans plus jamais m'envahir de flammes à retard.
Je lis dans la lumière du ciel comme le temps d'un  cadran qui n'est plus jamais solaire. Je lis dans mon corps reposé l'heure de me lever.
Partout tout autour, écrans,  ondes, enseignes, téléphone... partout l'heure que le monde règle au méridien près s'offre à moi. Cela me suffit à remettre à l'endroit mon temps qui parfois se tricote à l'envers.
Je n'attends plus, gardant le simple souvenir de ces douleurs lancinantes qui vrillaient mon impatience.

Mais, parfois... comme j'aimais ces élancements de secondes si lourdes, à l'heure du rendez-vous.  J'ai rendez-vous, rendez-vous avec vous.
Il n'y a plus de vous, plus de lui, plus de ce temps exquis qui ronge si lentement les moments d'avant.
Je regrette alors ces regards vifs en ritournelle vers ces foutues minutes immobiles.
J'ai perdu cette petite douleur, sel et poivre tout à la fois, merveilleuse saveur du parfum d'un met qui, doucement, si doucement,  m'offrait un rêve à vivre.

16 septembre 2009

Accords

L'apnée murmure à mon souvenir d'étranges silences aux échos glauques.
Eau croupie, flaque sombre et tiède.
Les silences striés de rouge griffent les espoirs.
Comment savoir ?
Laisser la mémoire des mots rêver ?
La mémoire des peaux se dépolir ?
Comment revivre ce qui se pare d'effluves putrides ?
Nul souffle chaud au creux de mon cou.
Et une cascade froide et noire ricoche sur mes vertèbres, accords d'une harpe d'antan.

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15 septembre 2009

Ailleurs

Le mot a fait le tour de ma Bouche, ricoché dans ma Nuque, tamponné mon Cerveau, réactivé mes Neurones anémiques... Partir, n'importe où. Pour le simple but de partir avec une valise. Ou deux.

Neurones ; dites, Elle, on n'est pas anémiés, nous ! Même que ça marche fort au boulot, je vous signale. Chef à vous l'a dit.
Globules rouges ; confirmé, pas d'anémie, on est opérationnels à 100%.
Elle ; c'est une autre anémie dont je parle. En quelques sorte une auto-anémie. Je suis asphyxiée de vivre confinée en moi. Il nous faut partir. Même de nous.
Cerveau ; ça devient compliqué... je ne sais pas comment je vais expliquer ça aux organes, moi !
Ego ; ben, on n'a pas besoin d'explication, on la suit.
Cerveau ; ah, le toutou à sa mémère a repris des forces à ce que j'entends...
Elle ; Cerveau, je te prie de ne plus employer ce terme.
Ego ; merci, oh je suis tellement content quand vous prenez ma défense (...)
Elle ; je parle du mot "mémère".
Pieds : on partira en voiture, hein ? Pas avec un sac à dos sur la route ? On s'inquiète, là !
Dos : pas question que je devienne le porteur de votre vie, je vous le dis tout de suite. Le nombre de fois où j'ai été tout contracturé parce que vous en aviez "plein le dos", comme ils disent.
Elle ; pas de panique, les organes, le départ est prévu pour dans 2 ans. En avion, en voiture, pas à pied. Partir, partir...
Cerveau ; pffff, ça va être du boulot en perspective, ça. Gérer tout ce fatras qu'il y a partout.
Neurones ; on va faire des heures sup, chef, vous pouvez compter sur nous.
Cerveau ; je ne parle pas de connexions, je pensais juste qu'il va falloir penser à des tas de démarches. Elle va me confier plein de listes de trucs à faire et à ne pas oublier.
Mémoire ; vous pouvez lui demander de manger un peu plus équilibré, histoire qu'on prenne des forces ?
Estomac ; oh oui, alors, il faut commencer par ça. Moi, je veux bien moins de café, plus de sucres lents...
Poumons ; et si Elle arrêtait de fumer, ce n'est pas une bonne idée, ça ? On aurait plein d'oxygène en plus !
Elle ; bon, on va se mettre d'accord avant que vous ne tiriez des plans sur la comète. Mon but ce n'est pas de vivre longtemps, mais tout simplement comme j'en ai envie. Et puis vous savez bien que je suis un peu chiendent, un  peu cornichon trempé dans l'acide. Ça conserve, même si le milieu ambiant est bizarre. Vous êtes partants pour me suivre ?

14 septembre 2009

Crevure

Crever ma bulle de maux épais, percer l'abcès, soulager la plaie suppurante d'un geste chirurgical. Crever la ronde des mots polis. Crever, en bosses en plaies, dévers et revers sans queue ni tête. Crever de silences, crever des mots avalés de travers. Crever sans savoir pourquoi, pour qui. Crever pour moi. Qui se traîne à ma paix. Boulet chauffé à blanc.
Crever.
J'aime ce mot.
Crever.
Cadavre au ventre gonflé de miasmes. Crever le ballon si léger et l'entendre mourir. Crever d'un pieu aux lichens argentés planté au creux d'un sein. Et la peau en squames légers, et le sang qui goutte, et le cœur qui se débat.

14 septembre 2009

Mosaïque

Dis-moi, c'est vraiment ça, que je suis ? Oui, certainement. Tu dois être dans le vrai de moi.
Vomissant mes manques, éructant ma rage, fracassant les silences ; tentatives illusoires de créer de toute pièce une jolie comédie à vivre en faux-semblants de rêves. Exigeant l'absolu, balayant d'un mot cinglant ces paroles qui ne blessent que moi.
Rideau, ma belle.
Écrire sur l'écran et y effilocher ce voile opaque que je pose sur l'autre. Celle à la mosaïque.
Arrêter. Tout.
Tout ce qui touche à moi ne doit être que pour moi. Ne garder que les peaux, la salive et autres humeurs salées. Ne garder que le fugace de mains qui polissent ce qui a déjà été tant poli.

 

Il m'avait terrifiée. Toute la nuit l'écouter dire sa folie. Ces heures noires où mes prunelles s'étaient écarquillées dans la peur qu'il ne nous tue tous. L'écouter dire ce que je n'aurais jamais pu imaginer. Comment il me voyait dans le prisme de sa folie. Parée de tant d'horreurs.
Puis il avait sombré dans un sommeil rouge.

 

Dans le miroir j'avais croisé le regard de celle qui était moi, cassée de mille morceaux. La confiance en mosaïque, et le dégoût en filigrane. Est-ce ainsi que j'avais été aimée ?
Le tableau a été réparé. Le ciment a rassemblé les morceaux éparpillés.
Je suis devenue une jolie mosaïque.
Cachant cette image déformée de peurs qui ne sont destinées à personne.
Oui, je pourrais me faire aider. Consulter, parler, tenter de réparer. Trouver celui qui me manipulera le dos, les mots, les souvenirs et les blessures cicatrisées à tort et à travers.
Il est trop difficile de m'aimer.
Ciment  de mauvaise qualité, qui s'effrite et laisse des arêtes tranchantes.

13 septembre 2009

Game over

Tu connais quelques mots tranchants ! Bien sanguinolents pour appétits féroces. Quelle idée ai-je eu de me rêver toute entière apaisée au creux de tes bras de géant !  Je pensais que tes mots seraient aussi  larges et reposants que tes épaules.
"Game over la prochaine fois". Sais-tu que j'entends ces mots là comme une menace ?  Pour une parole qui te fâche ?  Game over ? Je n'aime vraiment pas ces mots là !
Tu es trop grand pour moi, je crois avoir perdu l'équilibre  sans la lumière  des mots simples, qui m'aident à croire, à croître. Pointure 46. Mon 36 ne tient pas la route pour marcher à tes côtés.
Je n'aime pas les mots saignants dévoilant des dents acérées.
Il n'y aura pas de demain. J'ai retrouvé le décodeur de mon intuition.
Moi, je veux bien que l'on aime pas une réaction que j'ai.
Tu m'aurais simplement dit que tu aimais mes cheveux... et non pas m'asséner que je ne devais pas les couper courts, je ne t'aurais pas répondu que j'en ferai ce que je voudrai. Court ou long est mon choix.
Bien sûr, je suis parfois bien trop vive. Et les vives piquent cruellement. Mais m'apporter en réponse à ma  brève colère une menace cinglante d'un Game over en suspends.... cela, vois-tu, est disproportionné.
Je pensais que tu n'aimais pas parler de nous, que ton silence était pudeur de vielle bête blessée... je pense maintenant m'être leurrée... tu n'éprouves rien, tout simplement  ! Rien d'autre que  le désir,  le plaisir des doux moments que tout un chacun connait au gré des rencontres.
On laisse parler les mains, m'écrivais-tu...
Je comprends mieux. J'ai même appris.
Au bout du doigt, le bouton Game over ...

11 septembre 2009

La bête

Elle ne me fait pas peur, et je n'écoute pas ceux qui conseillent de me méfier des bêtes blessées. Lèche tes plaies, rassure-toi de ces cicatrices que tu sais dans la chair, là, ces chairs profondes que nul ne voit.
Les mots te font peur ? Pourquoi, parce que tu les as déjà dit ? parce qu'ils t'ont fait souffrir ? Parce que tu ne sais plus ce qu'aimer veut dire ?
Alors, pour toujours, glisse-toi donc dans ce mépris, dans cette caricature du silence où les paroles sont si stériles qu'elles ne peuvent que mourir d'ennui.
Moi j'y crois. J'y crois toujours.
Mes plaies, je les aime. Comme autant de mots tracés dans mes chairs par des doigts aimés. Je les savoure, elles sont belles à ma mémoire, elles me rassurent, me rappellent que j'ai aimé. A en souffrir, à en mourir, j'ai aimé. C'est si beau, si vrai, d'aimer.
Écartelée entre hier et aujourd'hui j'ai tranché dans les chairs putrides.
Je suis là, debout.
Lionne efflanquée qui ne craint que de ne plus jamais aimer.

11 septembre 2009

Femme d'été

Gorgée de soleil, fruit mûr dont les chairs sucrées éclatent en bouche, femme d'été. Figue violette, tomate olivette, sous les feuilles qui se dorent.
Bientôt elle sait les heures qui s'assombriront. Et les nuits trop longues pour ses rêves violents. Bientôt la tige au bout de laquelle elle se balance s'assèchera. Tombée au sol, ses graines s'éclateront au creux des mottes brunes.
Femme d'été, qui donne un bonheur fugace et saisonnier.
Elle sait les heures sombres et froides.
La chape épaisse des hivers au creux de la vie.

16 décembre 2008

Les ragots d'Ego

Petit doigt, main droite : au secours je suis coincé ! Aidez moi...
Main gauche ; attends, j'y suis presque arrivée, je viens t'aider dès que c'est fini !
Cerveau : mais enfin, que se passe-t-il ici ? Vous dégagez des spasmes dans tous les sens !
Elle ; ce n'est rien, ce sont mes mitaines.
Main droite ; comment ça, "rien" ? Je suis coincée, j'ai le petit doigt complètement bloqué. Et le médium qui est collé au majeur dans cette foutue mitaine !  "Rien", c'est incroyable de vous entendre parler de nous comme ça. En plus il y a l'ongle d'index complètement cassé et il s'accroche à tous les fils des mitaines. Même que ça nous rentre sous les ongles, là où la peau est si fine et sensible. Déjà qu'on a mal commencé la saison...
Elle ; déjà des revendications ? On est en automne, je ne vais pas vous tartiner de ce truc gluant sous prétexte que mesdames les mains sont un peu rêches !
Mains ; Main droite, ça y est, j'ai dégagé tes doigts coincés, ça va mieux ? Quant à nos revendications...On n'est pas "un peu "rêches, on est toutes craquelées. Regardez, on saigne, là !
Elle ; saigner ! non mais, franchement, pour une banale éraflure vous y allez fort ! Des chochottes...
Plaquettes ; négatif, on a dû fabriquer de quoi colmater.
Mains ; merci, Plaquettes,  heureusement qu'il y en a pour prendre notre défense...
Ego ; et ben moi, je n'y m'y risquerais pas... si vous saviez tout ce que j'entends sur vous. Enfin... ce n'est pas joli joli...
Mains ; quoi ? Allez, déballe nous tes ragots, va donc jusqu'au bout, Ego, ça te changera...
Ego ; si vous étiez un peu plus attentives aux autres, vous verriez, quand ils vous regardent... Vous savez ce qu'ils disent ? "Regardez là, en train de poser". Oui, parfaitement, mesdames, vous posez. Toujours à faire des manières.  Vous vous croyez au théâtre !
Mains ; ohhhh, mais tu es odieux !
Ego ; j'observe, moi, je ne suis pas là pour vous faire plaisir, Mains,  juste pour l'aider, Elle...
Elle ; et tu crois que ça me fait plaisir de savoir que je "pose" ? Comme aide-de-vie, tu te poses là, toi ! Tu me sidères ! Allez, mes petites Mains poseuses, venez, je vais m'occuper de vous ! Lime à ongles, si si ! et même le polissoir... Et ce soir.... hein... qu'est ce que vous aurez ce soir ?
Mains ; de la crême d'amandes douces ? Noooon.... on défaille.... Ohhhh mon dieu on est au bord de s'évanouir de plaisir rien que d'y penser ! Elle, vous êtes un amour...
Ego ; c'est trop injuste, vraiment trop injuste ! Quelles manières ! Le mime Marceau réincarné en double... et bien, il ne manquait plus que ça !

30 novembre 2008

Le pêcheur

De ses doigts harpons
dans les eaux chaudes et salées
le pêcheur fouillait la grotte secrète.
De ses doigts hameçon, déchirant le secret tissé de silences émus
en ondes troublées, l'écume emporta des écailles qui se ternissaient.
Tu ne seras jamais l'hôte de ma grotte chaude, pêcheur, tes mains en prémices, ne furent qu'un hameçon qui cherchait à m'empaler comme poisson à éventrer.
Il allait m'écouter quand je te disais ne pas aimer le poisson... peut-être te serais-tu fait pêcheur de papillon ?

31 octobre 2008

Lumens

Les mots sont pourtant là, qui se terrent, enrobant de leurs échos sirupeux les ruelles molles de mon cerveau. Ils me collent aux rêves, s'emmêlent en boucles drues que je me refuse à démêler. Je lutte, déploie des silences violents, en étendards.
Aujourd'hui, pour la seconde fois cette semaine, quelqu'un a parlé de cette "autre voix". Celle feutrée, grave à en être de velours milleraies. Mon autre voix, je sais, oui, je la connais bien, qui me laisse un sourire au bord des yeux. Puis des larmes parfois. Lui,  ignorant de moi, l'appelait "ma petite voix". Il ne savait pas toute la paix  grondante, éraillée d'avoir crié des peurs vaincues pour un instant.
Je n'aime pas que l'on parle de cette voix là, qui me dénude jusqu'aux soupirs.
Je vais devoir te mentir, dire une rage de dents, pour te mentir ma rage en dedans, enflée de ce dégoût de moi qui parle dans mon dos d'une petite voix.
Je veux me taire.
Je me terrai.
Mes lumens ont une autre voix.

14 mars 2008

Référence circulaire

Il était une fois un nerf très fin (...)

Nerf cubital ; c'est de moi dont Elle parle !
Cerveau ; révise donc tes cours de maternelle, vous êtes TOUS très fins. Elle écrit en rajoutant plein de mots inutiles, impossible de lui faire entendre raison...
Elle ; bon, je peux continuer ma note ou je la remplace par un cours de biologie pour faire plaisir à la machine pensante ? Oui, Cerveau, c'est à toi que je parle...
Cerveau ; vous êtes d'un susceptible, c'est pas croyable ! Allez-y, je me tais..

Bien, c'est donc l'histoire d'un nerf qui susurrait une (...)

Nerf ; Chef, ça veut dire quoi susurrer ? A l'école on m'a dit que mon rôle c'était juste de vous transmettre des informations, juste !
Cerveau ; tais-toi, tu n'as pas encore compris qu'elle divague ici ? Je t'expliquerai.

(...) elle divague... j'ai bien entendu ? divague... pour moi qui parle  flou, c'est le bon mot. Tu vois, Cerveau, quand tu veux, toi aussi tu arrives à jouer avec les mots.

Yeux ; mais non, Elle, vous ne voyez flou que de près. C'est à cause de l'âge. Mais avec vos yeux de rechange on voit drôlement bien !
Cerveau ; à l'attention de tous les organes ! Elle écrit en ce moment. Juste des lettres tracées pour faire joli. Comme une récréation. Ce sont des images, mais dans sa tête uniquement, là où ce n'est plus de l'anatomie mais des pensées qui n'ont aucune utilité. Arrêtez de croire qu'elle parle de vous.
Conscience ; incroyable ! L'inutilité des pensées... et c'est ça qu'on laisse gouverner les corps !
Cerveau ; parce que tu crois que sans moi, ou plutôt qu'avec toi... le corps tiendrait debout ? Je suis 24 heures sur 24 attentif à tous les signaux pour que toi, Conscience de mes deux, tu puisses jouer à penser. Tu veux bien me dire à quoi tu sers ? Franchement, hein ! Trouve une seule chose indispensable ! Une seule !
Conscience ; relis Descartes, pauvre inculte. Je pense, donc je suis. Toi tu es, et  grâce à moi. Qui te donne la faculté de raisonner si ce n'est n'est la conscience de toi ?
Cerveau ; alors là, permets moi de bien rire ! Le premier tableur Excel de base appelle ça une "référence circulaire"...
Ego ; oui mais là, enfin, moi je suis quand même là...
Conscience ; oui, certes, mais tu es un état de moi, juste. La conscience d'Elle quand elle dit je.
Ego ; et voilà, ça recommence, on ne fait rien qu'à me dénigrer. J'existe ! Je veux exister !
Elle ; ça suffit ! Je voulais écrire, moi. Juste écrire, avec mes métaphores coutumières. Jouer avec le mot Nerf pour parler d'un air lancinant, qui vrille tout de sa douleur exquise, qui perfore la paix, qui... Bon, j'arrête. Je suis bien incapable d'écrire quoique ce soit aujourd'hui. Tout le monde se tait ! Je n'en peux plus de cette bande d'égotistes qui me constitue.
Conscience
; "référence circulaire"... tsss... Alors Cerveau, tu en penses quoi de cette note où elle dit qu'elle ne peut pas écrire ? Hein ? Enfin... si tu penses...

12 mars 2008

À toi...

     en trouvant cette grotte où je noie mes secrets tu as franchi une porte que tu croyais transparente. Moi qui écris toute entière liée à des douleurs tues, à mes rêves déchus. Tu as été surpris... Elle écrit donc comme ça ? Fier comme un gamin d'avoir trouvé la malle où était enfouie la carte au trésor, après l'avoir tant cherchée. Et quand tu as su que mes mots étaient autre chose que prose, tu as préféré me dire la vérité. Je t'ai trouvée, après t'avoir cherchée.
Mais si je vis cachée ici, c'est parce que ici m'est indispensable et... insupportable aux autres.
Crois-tu sincèrement que tu pouvais me lire et me vouer en même temps des sentiments autres que d'amitié ? Non, je te l'assure. Tu t'y as cassé ta paix, tu y as effrité tes sentiments. Car en chacune de mes lettres égarées tu croyais lire ton prénom en filigrane. Dans chaque note érotique tu percevais l'amant rival. Dans chaque mot en clapotis tu te sentais trahi de m'avoir pensée peinée et de me lire gaie. Tu ne connais de moi que l'autre, toi qui n'a pas de nom, et l'image que tu en avais s'est brisée en en puzzle démoniaque. Tu croyais lire... Tu croyais comprendre... Et moi, je suis.
Parce qu' ici ne vit pas celle que tu crois connaître. Ce sont des lumens épais où je n'ai plus peur du noir, ces lignes sont mon doudou de nuit, ma vie rêvée, mes puanteurs, mes rages et mes rêves.

7 janvier 2008

Un geste d'amour

J'ai laissé dans ton regard mon reflet qui dansait dans tes bras, dérobant comme un oiseau voleur tes espoirs qui y étaient réfugiés. Tu as voulu figer cette image, à tes côtés, pour que mon regard t'y parle des mots que tu voudrais entendre. Petit scarabée, je t'ai laissé faire, je n'avais plus le droit de te demander pardon, n'est-ce pas ? 
Quand tu as posé tes mains le long de mes bras, quand tu as enfoui ta tête dans mon cou, tu disais des mots si touchants, si beaux ! je les ai reconnus, tu sais... ce sont eux, les mots des pauvres gens. 
J'ai su que tu m'aimais.
Tu regardais mes yeux qui te disaient combien tu m'étais précieux, mais ma voix froissait le velours de ton désir si doux.
Et je suis partie.
Il fallait que je parte, tu le sais bien, pourtant. Avec dans mes pas la petite douleur aiguë de t'avoir blessé, toi que je voulais serrer dans mes bras et consoler de ce chagrin qui est aussi le mien.
Ce n'était pas que je t'aimais, ce n'était pas que je ne t'aimais pas, ce n'est rien en réalité, rien que ma vie qui a besoin d'un espoir, pour s'offrir au possible d'un amour nouveau-né. Ce n'était que mon regard, de moi sur moi, qui m'a dit de partir et de te laisser t'envoler.
Et ta voix qui disait que tu t'en moquais bien, qu'ils n'avaient pas d'importance, les autres. Juste toi ? toi et moi ? encore ?  Juste l'instant fugace d'un nous. Mais je ne peux plus. J'ai déposé ma confiance dans un coeur que j'ai envie de voir battre libre et vrai.
Je suis fière d'être partie. Puisses-tu y voir un vrai geste d'amour pour toi.

19 juillet 2007

Rouille

La lame émoussée cisaillait les silences en chuintements feutrés.

Les jours, les heures
tocsin lancinant
- -
- -
Bronze  qui vibre,
des minutes,
des secondes,
égrenées,
une à une.

Le temps en
bruissements spongieux,
en éclats de calcaire sec

Les lichens éparpillés décollaient leurs squames par delà le temps.

Décompte, recompte
qu'y peux-tu ?
les ciseaux rouillés déchirent
les dentelles
fines et belles

Inexorablement

5 juillet 2007

Vous ne le savez pas encore

Demain, à l'heure où l'aube est à peine dissoute, où la lumière trace des ombres claires, demain, vous me rejoindrez, à cette terrasse de café familière. Les croissants, encore deux je vous prie, la mousse amère, le livre feuilleté, tout a déjà été filmé. Toi aussi, tu veux un autre café ?
Demain, nous longerons le canal. Vous regardez mes hanches qui se balancent, ma tête qui se penche, et nous nous rabattrons, penauds, pour laisser filer les cyclistes avertis et pressés.
Vos joues auront une couleur plus vive quand je m'approcherai de l'accueil, précisant les heures, notant un code robotisé. Vous me suivrez sans dire un mot. Vous détestez ce couloir, n'est-ce pas ? Vous fermerez la porte, et j'entendrai votre soupir imperceptible, celui de vous sentir enfin en sécurité.
Vous m'enlacerez, vous me serrerez plus fort que jamais. Car vous craignez les heures qui s'approchent où je disparaîtrai pour toujours. Ces heures qui m'apaisent et vous oppressent.
Vous me direz des mots si beaux, des caresses si douces, que ma peau en crépitera étincelles, et mes soupirs vous enivrerons. Vous m'aimerez, me lirez de la poésie, vous me ferez rire et m'émouvoir de vos yeux qui s'embuent si souvent. Vous ferez semblant de croire qu'aimer est étrange et vain. Vous vous raccrocherez à vos certitudes qu'un avenir aurait été impossible. Et vous m'aimerez de toutes vos forces, de vos mots de manque, d'amour. Comme d'habitude.
Demain sera la dernière fois.
Mais vous ne le savez pas.

13 juin 2007

"Cocotte-minute"

ou

"Quand la pression monte"

Je fanfaronne, pétarade, exulte, vocifère, pétille.
Le cortex en transe, l'humeur ras la frange en pétard, le poignet vif sur la poignée des gaz, la bouche plus rapide que la prudence, les pensées en rond-point explosif.
Faut qu'ça saigne.
Tout à l'heure, convoquée par la Direction (poil au menton)
je maintiens mes positions (tion-tion)
Grande gueule certes, et jusqu'au bout.
Je refuse l'aumône de leur prime, c'est tout le monde ou personne.
Mon équipe, c'est à cinq qu'elle est au complet.
Point.
Tant pis pour eux si c'est compliqué
de me la retirer.
Jusqu'au boutiste je suis.
Et
et je n'ai pas voté pour lui.
Arbeit macht mir nicht frei.*

Quelqu'un a un bouchon anti-ébullition ? Une soupape pour humeur hargneuse ?

* le travail ne me rend pas libre,
Pour ne pas oublier que notre président a osé utiliser la phrase gravée sur les portes des camps de concentration
"Arbeit macht frei", "le travail rend libre".
Merde alors !

8 juin 2007

Désorientation

Elle avait tracé sur la plage de sable gris une phrase. Un cri, puis un souffle, un chant. Et le point, le point final. En bois flotté. La phrase avait suivi l'assemblage de mots tracés, puis fut refermée d'un point appliqué.
En la relisant, après, elle n'en comprit plus le sens. Qu'avait-elle écrit là, avant, il y a si longtemps, qu'elle ne savait plus le  comprendre ? La clé... la clé, où était-elle ? Celle qui parfumait à la barigoule les sentiers, celle qui laissait les sens se dérouter près d'un verre de vin blanc frais ?

Elle avait jeté l'ancre dans une crique isolée. Et le temps avait passé. La boussole avait perdu le Nord, et le radeau avait des allures de méduse morte. Les mots. Il n'y en avait plus un seul de vivant. Sur la coque tapissée d'algues douces, les coquillages s'accrochaient. Et les filaments des anémones de mer se balançaient en éclats roses.

Elle marchait, en rond, et rond et rond petit patapon, chantonnant une litanie enfantine, balançant sa tête où le vent soufflait en tourbillon chaud. Elle avait perdu le nord et le sud, et suivait la lune comme un soleil. Le temps avait cassé son horloge. Le temps l'avait égarée. Elle ne savait plus.

13 avril 2007

Mire

Oh, sublime odeur du mensonge, de la vérité camouflée. Tamisée de velours et de silence, relevée d'une pointe imperceptible d'acide.
Oh parfum du mensonge, tu te crois volatile, mais tu envahis mes narines jusqu'à m'écarquiller le coeur de tant d'insolence naïve !
Je ne connais pas de remède plus subtil à la morosité que ton habit de mots si bien épelés, si doucereusement prononcés. Et mon sourire mord la tristesse d'entendre psalmodier cet air grossier que même l'enfant innocent connaît.
Hypocrite et douceâtre sillage, mensonge aussi rêche que toile de bure, vérité en tenue de camouflage aux couleurs criardes.
Tu me donnes la nausée...

9 avril 2007

Le temps perdu

Entends le temps qui se heurte au silence,
et la lenteur molle des vers d'antan.
Je t'attends depuis si longtemps.

Égarée dans la brume blanche,
épuisée de suivre les pas perdus,
j'ai parsemé de cristaux de sel
le chemin des empreintes vers toi.

Dépouille moi de ce temps qui parchemine,
délace mes atours, enlace mes autours.
Je t'attends depuis trop longtemps.
Je suis lasse de ce temps.

26 avril 2007

Mon azertyiop

Feuilles blanches, fouillis de mots, de papier brut, feuilles enfuies, aux fils tramés, de couleur pastel, vives, bleuies, noircies, agrafées, éparpillées, délavées de larmes, impudiques.
Feuilles de vigne verdies, feuilles froissées, déchirées, vomies, honnies, dépliées jusqu'à ce que mots se dissolvent, feuilles telles mes peaux, striées de cicatrices, de croûtes arrachées, feuilles de soie douce et friable, jaunies, scotchées, éparpillées, arrachées, d'un seul côté, recto-verso, feuilles amputées de coins arrachés, qui se déplient, se dévorent, feuilles en confettis de rage, feuilles de stupeur d'avoir été écrites, feuilles en papier avion, tatouées dans mon cœur, postées, gardées et perdues, éperdues, volées, retrouvées et dérobées....
Je vous ai détruites, feuilles de ma vie. Certaines doivent traîner dans quelques tiroirs qui ne sont pas à moi, dans quelques livres en marque-page de ma vie jetée sur papier.
Feuilles maudites si je vous retrouve... seul le feu vous parlera. J'ai jeté ma vie écrite, l'ai piétinée rageusement, déchiquetée en pleurant, en riant.
Et ce fut votre automne, feuilles ramassées à la pelle.
J'ai planté des persistants dans mon jardin.
Je ne dépose plus en lettres coulées, je frappe et scande mon clavier d'azertyuiop.
Plus de lettres arondies et tremblées, elles sont droites et rigides comme des ifs, noircies d'encre virtuelle.
Je vous aimais, feuilles blanches, bleues et noires... mais je ne pouvais que vous détruire.
Je jette mes mots.

                                                     Alphabet
                                                     Zébré que j'ai
                                                     Eructé.
                                                     Râtures du
                                                     Temps,
                                                     Y
                                                     Ulcérant mon
                                                     Iris de cet
                                                     Ossuaire
                                                     Profané.

26 avril 2007

Je ne voulais pas...

De mes doigts, je t'ai frôlé. Du coussin sensible de mes empreintes, aussi légère que le vent caressant l'onde lisse et laquée. Et mes doigts vibraient de tes battements qui y affleuraient, aussi légers que bulles d'écume qui éclatent en crépitements.

Je ne voulais pas t'effrayer de mes yeux qui se fermaient pour mieux te dessiner.

De ma paume, je t'ai caressé. De son creux imbriqué, tout doucement. Je voulais entendre tes muscles tressaillir et ton sang cogner un peu plus.

Je ne voulais pas t'effrayer de modeler ton corps, les yeux clos, pour mieux en savoir la forme.

De ma langue, je t'ai léché. De son coussin dodu et rose, aux papilles sensitives. Si légèrement, pour goûter les parfums de tes odeurs. Je voulais croquer les sucrés et les salés, les acides en cristaux. Je voulais juste me glisser dans ses replis froissés.

Je ne voulais pas te faire peur de m'appliquer de mes sens à découvrir l'essence des tiens.

De ma bouche, je t'ai goûté. J'ai aspiré ta peau la plus douce et tourbillonné de mes lèvres humides les poils qui te parsèment. Si avidement de te découvrir par-delà ta peau, juste là-bas, au détour de ton sang palpitant sous la veine, au recoin de tes odeurs cachées

Je ne voulais pas t'embarrasser de ma bouche qui s'embrasait.

De mon sexe j'ai pris l'empreinte du tien. M'y glissant, méduse lascive, emmêlant de nos sueurs le drap salé de notre émoi. Et ton désir se glissa entre nos deux ventres imbriqués, moites de nos émois, soyeux de sueur brûlante.

Je ne voulais pas...
Je ne voulais pas, tu sais... mais je recommencerais bien....

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