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Eau vive
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2 août 2007

Non !

Le cri avait déchiré le silence.
Les enfants dorment, le nez irisé de sueur la bouche palpitante, les doigts glissés dans les plis chauds de leur pyjama.
Le feutre de la nuit s'est déchiré.
Elle avait crié, le corps cambré, la bouche suffocante. Elle ne voulait pas, se débattait encore dans sa nuit lourde qui la protégeait du sommeil de l'aube. Son cri familier la maintenait en vie, ses peurs s'envolaient dans le torrent de son cri. Elle avait crié et le son rauque ricochait sur les troncs noircis. Elle dormait et son corps luttait. Sa peau dressée de ses pores rétractés, sa bouche aspirant un souffle tiède saccadé, ses yeux en ondes violentes sous les paupières closes.
Une main se posa sur sa joue.
"N'ai pas peur, je suis là".
Elle gémit, sourit et referma le silence au creux de ses bras.

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13 juillet 2008

Jadis

Mes yeux ont arraché les voiles de leur trouble et ma bouche, d'amertume en plaisirs frivoles, d'un souvenir de jadis sourit en courbe lente.
Je ne suis plus, mais sais encore.
La promesse, trahie, hausse sa morale en accent infléchi. J'ai trahi ? Mais suis seule face au reflet indécent d'un "pourquoi" muet.
Je sais cela aussi.
Les détours trompeurs vers des paradis où l'on va en charter, classe économique.
Les croisées subtiles où les mots se fardent d'indécence, et racolent la raison.
Et ma peau qui frissonne de tes mains. 
J'ai compris le non-sens de l'amour qui s'en fout des promesses mal léchées.
Et mon âme qui s'envole sous sa langue âpre et savoureuse.
J'ai arraché la moire, et détaché le fil de soie qui cisaillait ma nuque soumise. J'ai couru, nue comme à l'aube d'un rêve à venir.
Et j'ai joui.

25 juin 2007

...

Tu sais, maintenant.
L'amour a étranglé ton cœur de sa fine liane de cuir.
Tu as appris, si doucement, sans voir que la source légère où tu barbotais était devenue torrent où tu perds pied.
Tu aimes.
Je savais, avant.
L'amour avait enroulé sa liane fine autour de ma gorge, et je suffoquais.
J'ai appris, les courants en tourbillons et l'apnée, j'ai appris à nager entre deux eaux.
J'aime.

Tu as peur de ces jours qui se rapprochent et tracent la fin. Tu ne veux pas. Non, non. Pas ce jour là.
Je souris de chaque heure, et le poids du chagrin qui se dissout me rend enfin douce et paisible. Car je n'ai plus mal, je sais que je vais être délivrée de toi. La mue s’est achevée, je ne suis plus à vif.
Comme tu as changé, mon aimé. De m’aimer.
Tu me remplis de paix, car je sais maintenant que tu respecteras le silence que je te demande. Tu as mal, je le sais. Tu as mal, comme j'ai eu si mal. Pour la première fois tu me demandes pardon de tes appels, quand je voulais oublier, de mes mots qui t’habitaient. Tu me demandes pardon pour tout ce que tu n'avais pas vu, et qui t'aveugle maintenant. Cela n'a plus d'importance, mon pardon serait vain. Mais je te crois. 

La fin approche.
Comme une mort rêvée, où l'on peut dire, avant, "je vous ai aimé".
Sans douleur, sans remords, sans regrets.
Je vous aime, Monsieur, pour tout ce que vous êtes et ne m'avez jamais offert de vous.
Vous m’aimez, Monsieur, pour tout ce qui vous blesse de ne jamais m’avoir offert.
Vous êtes enfin vrai.

6 février 2008

Nausée

Les mots frelatés ont laissé une coulure sale sur les vers
et la poésie a fui dans un relent d'encre décomposée.

J'ai tout lu, et même la pulpe de ceux-là ,évidés des graines d'émotions.

L'amour alourdi de préservatifs a troqué son habit de lumière
pour une coque interchangeable en polyuréthane recyclable.

J'ai aimé, pourtant, et les vers s'en rient, qui rayent les voyelles.

Le temps se compose, sept notes, donnez-moi le la, 
celui de la lassitude des pas qui s'en bémolent et biaisent.

J'ai écrit, et aimé, et crié, bouche avide de mots à vomir.

8 octobre 2009

Château de sable

J'ai en mémoire mille feuilles d'émotions.
Mille parfums surannés, mille plans de vie tracés aux creux de paumes caressées.
J'ai sur ma langue les peaux poivrées, les bouches sucrées, les sexes salés.
Pour toujours leur goût unique, qui s'est gravé dans mes papilles.

Je n'ai pas oublié la douleur d'entendre leurs cris d'amour qui n'étaient que des cris de jouir.
Et leur regard qui se penchait sur la courbe de mes hanches pour éviter mes yeux humides de chagrin.
J'ai voulu effacer l'empreinte de leurs mains avides de me prendre, leur désir si mécanique, leurs besoins éphémères.
Et crever de la tête d'une épingle rougie ce ballon plein de mots d'aimer, ce ballon trop lourd pour eux, que je retenais du bout de mes doigts.

Oserais-je rebâtir, encore et encore, un château sur la grève mouillée de la marée ?

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5 octobre 2009

Fardée

Mes doigts maquillaient l'outrage des chagrins d'une palette de mots choisis.
Penser, s'arrêter, dormir, rêver.
Et réaliser que je n'ai aucun plaisir à travestir en bulle irisée une histoire terne. Elle me pèse, comme ont pesé toutes ces aventures où j'ai entrebâillé les persiennes de mes espoirs. Ne voyant que le soleil, la chaleur exquise, la joie en éclats. Le merveilleux qui se conjugue à deux.
Je ne voulais voir que le beau, le chaud qui coule et brûle les peurs dans un grand feu de joie.
La petite voix qui parle en moi m'aide souvent à partir avant. Avant de me briser pour de vrai. Je devance l'inévitable, pressentant l'impasse.  En partant, de crainte de me tromper, j'offre quelques mots, comme une clé, que l'autre peut décider d'utiliser pour me retrouver. Mais la clé n'a pas servi.
La petite voix ne se trompait pas.
Alors j'ai ouvert grand les yeux, arraché ce voile opaque qui maquillait le vrai, brûlant ma rétine aux vapeurs d'un bonheur qui s'évaporait, tenté de comprendre quelle erreur me faisait désirer celui qui ne vibrait que de ma peau à caresser.
Ma peau.
Je hais ma peau velours, ma peau de soie, ma peau qu'un amant de passage avait proposé de découper en échantillons à tester pour que jamais je ne sois seule. Je hais mon apparence encore belle,  mes enfants responsables, mon jardin de curé, mon travail raisonnable.
Je hais cette image de femme fardée, moi qui ne voudrais que me délaver des outrages des amours défuntes.
Et vivre à en crever, sans crever de vivre.

24 septembre 2009

Passeport biométrique

 La  main posée, bien appuyée sur la vitre froide, je regardais la lumière verte. Elle retourna l'écran de son ordinateur pour me faire découvrir les sillons si bien tracés. Elle les trouvait belles, mes empreintes.
Pour toujours je suis devenue celle à qui l'on donnera son nom, par les dessins creusés au bout de mes doigts.
Tracés dans des bases de données, mes sillons se sont magnétisés, attachés à tout jamais à l'heure où je suis née dans ce monde.
Dans des bandes magnétiques, ils ont trouvé leur port d'attache.

Je suis désormais biomaîtrisée.

18 septembre 2009

Ogresse

Il est fier de refuser les frites "maison" [ résolument trop grasses, trop fines elles ont perdu leur moelleuse texture de pomme de terre pour ne conserver qu'une peau croustillante aux traces parfois huileuses. Et un peu écœurante. Tu as eu tort de me les recommander, j'ai un palais de princesse malgré mon appétit d'ogre.  ]
Monsieur ne prendra qu'une grillade. Et de la purée.
Et mon rire en écho silencieux.
Tant pis, pour moi ce sera foie gras, joues de porc exquisément fondantes, dessert et café gourmand. Je n'ai plus honte de manger parce que d'autres vivent un régime perpétuel. Et ce délicieux vin rouge, au goût de pierre calcaire chauffée de soleil... il était ma foi très bon.
Monsieur est au régime. Depuis que je le connais, au moins dix fois m'a dit avoir perdu du poids. Moi... je ne le vois que grossir. Remplir ses joues et bomber son ventre.
Cela me peinait de manger devant lui. Avant.
Maintenant que j'ai enfin compris que sa vie était un perpétuel mensonge entre son corps et lui, qu'importe ! 
Il soupire d'envie de me voir finir mon foie gras sans sourciller, de dévorer ces délicates joues de porc,  de crever le dôme du fondant et me pourlécher ...
Il oublie que je ne mange de viande qu'au restaurant. Et que j'ignore les petits-déjeuner.  Il ne peut le croire et vit comme une profonde injustice ma minceur gourmande.
Et mon corps que je lui refuse.
Monsieur, tu as oublié que cette lettre d'amour que je t'avais écrite date  d'une année antérieure à celle à la quelle nous vivons. C'est du passé, cela a été trop imparfait. Comment peux-tu encore espérer ?
Ma gourmandise est mon plaisir, cesse donc de fantasmer sur ma bouche.
Je n'aurai plus d'orgasme avec toi que chocolaté.

10 septembre 2009

Animale

J'aime ton corps animal et ta salive au goût de moi. J'aime enlacer ta nudité et entendre crépiter nos peaux frottées de désir.

J'aime tes poils.
Ils t'habillent d'un manteau où l'odeur de son corps reste secrètement. J'y enfouis mon visage et redeviens cet animal sauvage muselé partout ailleurs. Je te sniffe, te renifle, te respire pour ne rien oublier de ton parfum salé. J'aime tes poils aux couleurs qui se cendrent. J'aime les tourbillons que j'y dessine avec ma salive. J'aime ta peau qui parfois se dévoile, blanche et lisse, bordée de mousse douce.

J'aime ton sexe de soie rose.
Quand ma langue s'y dépose en écharpe, que mes doigts se glissent au creux de tes poils chauds et odorants... c'est à chaque fois ouvrir un cadeau secret sous son papier de soie.

J'aime tes odeurs, tes aisselles brûlantes, ton ventre moelleux.
J'aime tes genoux aux creux poplité qui battent doucement dans ma bouche.
J'aime tes mains et lécher leurs cals rugueux, savourer la peau transparente entre tes doigts à l'abandon.
J'aime ta bouche au palais arrondi et tes dents coupantes que je frôle. J'aime le filet de salive que je bois et glisser ma langue aux commissures humides de tes lèvres.

J'aime que tu me rendes animale en ta compagnie.

9 septembre 2009

Ronde de secondes

- Pourquoi attends-tu ? Ne sommes nous pas de la même race humaine, où la parité est un mot qui se compose au temps présent ? Avance, avance de ce premier mot.
Alors j'ai  pensé un peu, respiré un souffle, écrit tout petit, envoyé. Ce n'était même pas un pari, juste un geste de parité.
Le premier mot a été lu. Archivé ou effacé ? qu'importe. Lu.
Tic-tac, tic-tac...
Les secondes ont émoussé leurs pointes si fines dans leur ronde incessante. Quel triste bocal que cette horloge. Des secondes, des heures, et toujours les mêmes, incessamment.
Tic-tac, tic-tac...
Le petit mot second n'est pas arrivé. Oh, il viendra bien un jour. Mais il prend son temps, cela va être un mot décomposé,  conjugué dans un étrange présent, qui est déjà un futur. Un futur inexistant d'avoir trop pris son temps.
Trop tard, trop pensé, trop... pour un si petit mot que je n'attends plus.
La parité, mon ami, ne s'applique guère à mon temps présent.
Tic-tac, tic-tac...
Cessez donc votre ronde stupide, les secondes !
Il manque le tic-tac-toum, tic-tac-toum, qui aurait donné du cœur à votre temps qui passe.
Il n'y a pas de nous dans ces secondes qui tournent en rond très très bêtement.
Vraiment.
Et le petit mot premier s'est fané.

7 septembre 2009

Les règles du je

Tu crois que je lui ai tout donné ? Que c'est pour ça qu'il ne me reste plus rien de vrai ?
Tu penses qu'à trop jouer avec les dés d'un amour truqué j'ai oublié les règles du jeu ?
Tu le crois vraiment que je me suis perdue à moi-même ? Autant que moi ?
Je suis grande. Et responsable, et raisonnable aussi.  Égarée au détour d'une belle histoire cabossée, c'est vrai. Mais il existe des moyens de retrouver son chemin, tu ne crois pas ?
Pourtant je ne l'aime plus, je n'aime que le souvenir de l'avoir aimé quelques années.  Toi, comme je le nommais.
C'était un jour où (...) Je me souviens avoir pensé "égoïste, égoïste ! " et cela avait fait un écho assourdissant. J'ai oublié les règles de l'aimer trop. Je l'aime comme un amour familier qui ne peut s'oublier.
C'est étrange, non ?
Bien sûr nous avons continué nos petits restaurants familiers où la serveuse m'embrassait ; votre table est prête. Bien sûr nous avons continué à nous parler nos vies. J'aime nos appels pleins d'une tendresse portée par un temps enfui. Mais je ne l'ai plus jamais aimé avec mon être tout entier, juste avec mon âme tapissée de vague. Malgré ses mots si forts pour une simple promenade. Je crois qu'il a continué, lui, malgré ma bouche qui souriait sans plus jamais se donner. Malgré ce temps que je partageais plus vraiment.
Je n'étais plus Moi.
J'étais je.

6 septembre 2009

Avant...

Avant... j'avais besoin d'écrire. Avant...  sans mes mots j'étais perdue.  Ma survie en dépendait.  J'écrivais, sans fin, sans cesse, sans envie, ni espoir, je hurlais à la toile ces mots que je pensais avoir besoin de dire. J'écrivais sur le sable et les tickets usagés, griffais ma rage dans les petits cahiers à spirale, les blogs éphémères, le cahier jaune qui a jauni.
Et sur le bout de ma langue collée au palais de mes silences.
J'écrivais.
Maintenant je sais.
J'ai juste besoin d'entendre.
Que des mots s'écrivent pour moi, pour moi seule, les mots des pauvres gens, peut-être. Besoin que l'on me parle. De moi, de lui, de nous. Pas des autres. Ces mots là ne sont que des conversations illusoires. Des mots de sociétés communes.
Moi, je veux des mots murmurés. Pas une main qui saisisse la mienne. Pas que des doigts qui dessinent mon corps et en découvrent ses plaisirs. Pas que ce verre tendu et cette musique qui berce les heures.
Je veux des mots pour moi. Une gamme de mots qui m'emplirait de tant de notes que je danserais pour eux.
Je veux des mots qui me plaqueraient de platine. Des mots qui s'incrusteraient en gouttes de résine ambre. Extrêmement ambre. Dans leur parfum je m'enivrerais et ma langue de velours en polirait le cœur.

Je veux des mots d'amour et de manque, des mots de désir aussi violents qu'un sexe d'homme qui désire. Je veux des mots qui crépitent sur ma peau.
Des mots, pour moi.

6 septembre 2009

L'odeur du cuir chaud

Il aura fallu quelques heures. Et quelques uns de tes sourires presque carnassiers.  Puis tes regards acérés, pétillants à en mettre la larme à l'œil. J'ai trouvé alors  ce mot que je cherchais, cet adjectif que j'avais au bout de la langue,  que je suçotais sans en définir le goût, et que tu essayais d'avaler avant qu'il ne prenne corps.
Il te va bien, tu sais.
Au début c'était "manipulateur", mais tu m'as convaincue que nous l'étions tous et que le côté sombre de la chose ne s'adresse qu'à ceux qui sont inaptes à comprendre les règles de ce jeu. Toi, tu ne manipules pas, tu joues avec ceux qui savent ce dont il s'agit. Tout comme moi. Pourquoi pas, le mot n'étais pas celui là, je le savais bien.
Puis j'ai pensé à "impitoyable". Je m'approchais de ta vérité, j'en étais sûre. Mais le mot t'a fait rire... . Tu es devenu goulu, tendre et même prévenant. Non, ce n'était décidément pas cela.
Quand tu as enfilé ta veste de cuir je crois que le mot a germé. Quand l'odeur a soulevé en vague sauvage mon cœur, cette odeur que j'aime tant, qui me déroute, me transporte... le mot a éclaté.
Tu es féroce.
Comme un fruit habillé de piment.
Je te regarde, te désire et chavire. Et le mot me sauve.
Tu éclates de rire. J'ai entendu cette petite phrase que tu as murmuré.
Je ne suis rien, un vent coulis de passage, un rire aux éclats et un éclair au chocolat. Je suis la peau que tu caresses, la femme que tu trouves belle. Je suis celle de passage, saison suave.
Je m'enfuirai avant que ta férocité ne découvre tout de moi et ne joue avec mes peurs. Je sais qu'elles m'habillent et me protègent. Tu ne me mettras pas en lambeaux.

1 septembre 2009

Sur la route

Tu es parti.
Avec  ton crâne balafré et ta violence au bout des poings. Parti, comme ça, pour tracer la route. Sans rien, sans savoir voir où. Au bout du monde, au bout de ton pays, au bout de ce nulle part où tu as toujours vécu.
Tu as 20 ans.
J'ai mal de ta silhouette aux muscles aigus comme des rasoirs. J'ai mal de ton regard qui ne veut pas de la vie telle que tu la vis. J'ai mal de t'avoir tenu dans mes bras, enfant. J'ai mal de ces mots... tu t'en souviens, de mes mots, n'est-ce pas ?
C'était un soir de Noël, ils t'avaient laissé sortir de l'hôpital, avec ton énorme bandage tout autour de la tête. Nous devions venir et tu ne voulais pas rester là-bas. Ta seconde trépanation. Tu avais 10 ans. Avant il y avait eu les fractures, les blessures, le danger, toujours à tes côtés.
Au pied de l'escalier je t'ai pris par le bras, juste pour te dire ce que je portais en moi :
"Fais attention à toi. Toutes ces blessures que tu t'infliges comme autant de cris, cet être que tu fractures, que tu maltraites, il est à toi. Personne ne t'aimeras plus parce que tu te seras blessé. Personne ne t'aimeras jamais plus que toi peut t'aimer. Je t'en prie, prends soin de toi. Je t'aime tel que tu es."
Et tu m'avais fait un grand sourire, un de ces sourires dont tu as le secret alors que tout s'écroule tout autour.
"Je sais que tu m'aimes, tatie, je sais."
Tu as scarifié ta peau, a frappé l'autre pour le simple fait de frapper. Tu as cassé, menti, volé, t'es drogué. Et tu as toujours su courir plus vite que les autres.
Je t'ai ouvert cette porte, cette chambre, pour te donner une autre chance de vivre et d'apprendre à aimer vivre. Auprès de tes cousins, cousines. Tu n'as pas pu, c'était trop dur, cette vie là.  Et tu es parti, encore une fois. Ailleurs. Puis encore ailleurs. De squat en squat jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne chez qui frapper.
Aujourd'hui tu n'es plus nulle part, dans cette vie à laquelle tu as choisi d'appartenir jusqu'à 25 ans. Avant de partir en dehors de toi. .
J'ai mal de cette douleur plantée tel un pieu en toi.
Je t'aimerai toujours.
Bonne route à toi.

29 août 2009

Anti-smack

Non, je ne me souviens pas vraiment quelles toilettes j'ai utilisées... Ni dans quels bureaux j'ai mis les pieds. Mais je suis ravie qu'en comité de direction exceptionnel une de mes qualités relationnelle ait été mise en avant et transmise à l'ensemble du personnel. C'est connu, je déteste embrasser les gens  ; je dis "bonjour", cela me suffit... "Ne faites plus la bise pour saluer vos collègues" précise le mail...
J'ai LA grippe.
Branle-bas de combat. Bureau fermé pour une semaine, opération de décontamination... Et confinement pour moi. Symptôme atypique, j'ai l'oreille gauche rouge. Le téléphone, seul moyen de communication... Et trois recettes de décoctions diverses pour venir à bout de ma toux.
C'est bien la première fois que l'on parle autant de moi au boulot....
"Non.... si ! Elle a LA grippe... mon dieu mais elle a du contaminer tout le monde. Oh là là, vite, il faut faire des provisions, acheter des pâtes, de l'huile... au cas où...."
Quand je vais revenir je suppute une certaine distance avec mes collègues et un regard noir du chef cuistot à la cantine....
Faut-il que j'ai un vaporisateur d'eau de Javel pour rassurer la populace ?
De toute façon vous n'y échapperez pas... Son seul problème, à cette foutue grippe... c'est d'être plus contagieuse que les autres !
Bon, moi, cet hiver, je serai tranquille !
En attendant je confis dans mon confinement. Plus que quatre jours...

29 août 2009

Momie

Je me revêts, me poudre de doutes. Je ne me donne plus. Dans un sillage de parfum d'ambre, icône de moi.

Manches et poignets,  boutons de nacre, ceinture de cuir. Il suffit de si peu pour que des mains dénouent l'ensemble. Me laissant nue. Et vulnérable. Certaines n'ont jamais peur que l'autre pénètre leur ventre, caresse leurs seins et apprennent les courbes étranges de leurs hanches. Moi, je sais que j'y suis tout entière dessinée.

Vois-tu, muse qui  m'amuse, tu as jeté le trouble. Et mes peurs se tressent en bandelettes tout autour de mon corps. C'est peut-être parce qu'elle n'a pas tremblé, ta main, en caressant mon ventre. Elle était sûre d'elle. Tu ne crains rien. Ni le vent qui porte ta voile, ni les racines que l'on arrache. Tu sais ce que tout quitter veut dire. Ton pays est celui où tu vis. Où celui où tu vivras. Alors je me fige. Je ne suis pas une eau de source qui désaltère le promeneur. Je suis un lac immobile et profond.
J'aime que nul ne sache vraiment quelle en est la profondeur. J'aime que l'on y perde pied puis qu'on s'y laisse flotter doucement.
Je souris, ma muse. D'avoir déjà oublié quand nous nous reverrons.
Je ne peux avoir mal, j'ai l'oubli du temps en filigrane dans ma mémoire de toi.
Je te reverrai. Et tu poseras tes mains sur mes hanches sans savoir quels mots y sont sculptés.
Un jour... un jour peut-être....

11 mars 2008

Un bruit salé

J'ai le coeur en taffetas de moire, voilage en soupirs de vibrations irisées. Ni tout à fait le même, jamais, mais singulièrement semblable à lui même. Je ne m'y égare plus guère, dans ce coeur aux couleurs mouvantes. J'y drape ma nudité si crue, pour que jamais elle ne soit visible à l'autre.
Je suis arc en fiel de douceurs fondantes, arc boutée d'une flèche sanglante qui m'a transpercée.
J'ai des pensées en plumetis de velours. Petits pois duveteux s'accrochant aux doigts fissurés de désirs trop abrupts. Et les mailles se desserrent, où un filet de joies douces cascade en ruisseau, chantant mon impuissance à désaltérer ma soif.
J'ai l'amour en tunique de bure qui raye la soie, même elle, la soie lourde de mes émois.
Fermer les yeux, laisser la nuque flancher, là, et pleurer à en mourir de sentir la vie qui se bat, et bat et bat, dans un bruit salé.

29 juin 2007

Noix de mot

J'ai cassé la drupe bosselée et pelé la peau si fine.
Le mot, tendre et blanc, plume de signe, de noir à blanc,
Le mot nu perla, laiteux.
Dans les sillons gravés de la peau,
le suc traça de nouveaux chemins de mots.
Nouveaux-nés, fragiles et si vivaces,
qui encrèrent de brou les doigts.

-mot à mot-
pli-ploc
langue de signes
signe des langues
dis moi ton sens
éclabousse moi.

26 février 2008

Encore debout

La peine insidieuse suinte d'odeurs acides, pendant que les tourments taisent leurs hurlements viscéraux. Ce n'est rien. Un chagrin en flocons de ouate douce, en ruban de vieille dentelle qui jaunit et se délite inexorablement. Cela me colle à la peau, à l'humeur, cela me tatoue le sourire de ricanements silencieux.
J'ai la haine qui se déguise en amour, la peur de vivre en rage à vivre.
Et je casse de mes ongles la croûte de terre qui a durci, plonge mes doigts dans l'argile sèche, écorche mes empreintes sinueuses sur le gravier aigu. Tentant de blesser mes chairs pour oublier cette douleur qui déchiquette les bonheurs simples.
Je l'entends.
Elle s'approche de moi, froide et chuintante, de son pas feutré.
Non, je ne veux pas que tu viennes, s'il-te-plaît. Je ne suis pas prête, pas ce soir, pas là, c'est encore trop dur.
Le tempo de ma peur chavire au rythme de son pas de loup, sous la lumière dorée de la lune. Et mes paupières se soudent pour rassembler mes forces et me taire devant elle.
Sa main brutale se colle à mes seins, broyant mes poumons jusqu'aux osselets de mon dos. Je n'ai pas encore assez mal, j'ai peur, juste ça. Elle me broie, lentement, si lentement, et mon souffle s'affine en un sifflement rauque. Jusqu'à la souffrance qui submerge en un tour de rein la digue illusoire. Elle a gagné.
Au creux de la nuit, pelotonnée dans la tiédeur moite de mon corps recroquevillé, je laisse les sanglots épais déchirer mes rêves.
Demain je serai debout.

3 juillet 2007

Mon amie,

    tu me l'as demandé si gentiment, si doucement, souriant de ta voix, au loin.

"Un petit macramé, pas plus grand qu'un ticket de métro, tu sais".
J'ai eu un peu honte de moi, de ce couvre-lit qui a brûlé aux feux de l'été. Honte de me sentir si vide que le don le plus infime est trop lourd à extraire de moi. Honte de mes mains vides, de ces heures qui s'écoulent, où je ne fais rien. Rien. Ni lire, ni écrire, ni écouter de la musique.
Rien. Sais-tu seulement ce qu'est le rien ?
Que ces cigarettes incandescentes qui carminent mes lèvres.
Que ce regard en billes de plomb terni.
"Un petit macramé, pas plus grand qu'un ticket de métro, tu sais".
J'ai ouvert le tiroir secret, et j'ai cherché le fil, l'aiguille, le noeud dont le dessin aurait été créé pour toi.

Rien.
Les bras ballants, les mains vides, le coeur rétracté, les rêves dissouts. Je ne sais plus rien offrir, tant j'ai ce vide en étoile noire dévoreuse de matière, ce vide qui me rend invisible.
Je crois que je préférais ces heures rouges qui palpitaient douloureusement, ces heures scintillantes des sillons évaporés, ces heures bleues, vertes ou jaunes. Ces heures où le temps avait des couleurs, des goûts et des odeurs.

J'ai perdu le sens des mots à tresser entre eux.
Un rien à l'envers, un rien à l'endroit, amer, le macramé a perdu sa matière et le chanvre me brûle les doigts.

5 octobre 2007

Un mal bénin

Oreille droite ; c'est moi qui lui faisais mal pourtant !
Oreille gauche ; et c'est moi qui étais malade en réalité. C'est rigolo quand même. Sauf pour moi. Et lui. Tu crois qu'ils vont recommencer ?
Oreille droite : à te charcuter ? Non, ma belle, ne te fais pas de souci, on est entre de bonnes mains.
Mains ; d'accord avec vous, les siennes sont vraiment de vrais outils de pro ! Pas comme nous... maladroit comme il est, il arrive même à rater un clou sur le mur ! 
Oreilles ; oui, tu penses bien qu'on parlait de celles du toubib, on le voit faire, lui.... Il est super, hein ? Et drôlement efficace. Un petit coup de scalpel et il a décanillé le truc.
Elle ; le "truc"... ce que j'appelle la cochonnerie... ou la saloperie, suivant mon humeur. Dites, je sais bien que vous n'êtes pas dans mon corps, mais dans le sien... et pourtant... c'est tout comme. J'ai la trouille au ventre.
Oreilles ; écoutez, La Mère, s'il a dit qu'un contrôle dans six mois suffisait, c'est qu'il a jugé avoir fait son boulot.
Tympan gauche ; oui, pour sûr, je suis amputé d'un bon morceau, mais débarrassé du truc, c'est confirmé. Heureusement qu'il y a les gouttes, ça me fait un bien fou !
Lui ; bon, vous savez que je n'aime pas qu'on parle de ma maladie. Surtout avec Elle. Hier elle a eu une plaque d'exéma quand je lui ai dit... Elle prend sur elle de ne plus m'accompagner aux visites... parce que j'ai 18 ans... mais bon, Elle va refaire une pelade, j'en suis sûr... c'est la deuxième fois cette année qu'il y a un problème... Déjà qu'elle se fait un sang d'encre (...)
Globules rouges ; on va très bien, on est en pleine forme, hé !
Cerveau ; c'est une image, cessez de tout prendre au premier degré. Vous vous souvenez, un de ses pseudo, avec l'encre... Bon allez, on n'en parle plus. C'est du passé.
Elle ; oui, un passé au plus-que-parfait. Pas comme cette saloperie de merde qui attaque son oreille (...)
Lui ; maman, arrête. Je vais bien, il a tout enlevé. Dans six mois je fais le contrôle. C'est parce que je n'ai pas fini ma croissance.
Cartilage ; c'est vrai ! On pousse, on pousse !
Elle ; je sais, fils, c'est ta maladie. Et tu la gères vraiment bien. Mais bon, c'est dur, tu sais, c'est dur. Et je déteste te voir souffrir.
Lui ; je n'ai pas mal, je te le jure. Le toubib a même été surpris, mais bon il a fait ça après avoir avoir anesthésié l'oreille quand même. Au fait, m'man, la tumeur, je croyais qu'elle était bénigne ? 
Elle ; pourquoi tu me demandes ça ?
Lui ;  le chirurgien a dit "ça y est, je l'ai eu ce choléstéatome malin".
Elle ; les mots... un simple mot... malin....Oui, un mal, ça c'est sûr...  La tumeur est bénigne. Il voulait dire malin, comme  un diable. Qui s'infiltre partout. Bref c'est une saloperie. Je crois que j'utilise le bon mot.... Tu as pensé à mettre tes gouttes ?
Lui ; je le savais bien que tu craquerais et que tu me poserais la question ! Mais oui !

2 octobre 2007

L'odeur de la vase

C'est trop tard.
La colère a consumé les derniers charbons ardents de ma hargne à t'entendre mentir, ne laissant que cendres impalpables. Simplement salissantes. Quelques traces, de celles qui chassent les limaces, mais pas aussi noires que celles de l'encre d'un poulpe qui craint le harpon de l'homme déguisé.
J'ai rougi de rage, ragé de rougir, et j'ai passé mon humeur sous l'eau froide, embrumant mon esprit de vapeur brûlante et de  brouillard givrant.
Pourtant je t'en veux encore.
Je pouvais t'entendre, et taire mes doutes..
Je pouvais ne pas te voir, et ouvrir les yeux sur ton absence.
Mais tu as préféré évincer le vrai et déguiser tes mots. Tu n'avais pas eu le temps d'apprendre que le mensonge a pour moi une odeur. Un peu acide et douceâtre, une odeur aussi subtile qu'écœurante. Que m'importent maintenant tes remords, ton parfum a disparu dans le souffle nauséeux de ton mensonge.

30 septembre 2007

Morts d'être vifs

Ces mots, tout ceux là, que l'on jette en vrac, avec cet empressement qui tord les doigts en saccades, ces mots partout, qui envahissent la vie, comme si... comme si ... 

Petits mots noirs d'ombre, dont nul ne sait la forme originelle dont ils empruntent le reflet. Grotte où ils s'enterrent en silences, ceux qui sont morts d'avoir été tracés en mots. Cimetière étrange des douleurs invisibles, caveau des émotions perlantes de sève, urne des amours défuntes.

Je les hais, les saccage, les détourne, les manipule, et pourtant, ce sont toujours eux qui ont le dernier mot.

20 septembre 2008

Promenade

J'aime le goût si doux de poussière de pierre, qui tapisse les lêvres posées sur les roches brûlantes de soleil. La langue desséchée happe alors l'air et se gorge des limons de la source embourbée. Pubis des mousses bombées... où plonger le doigt et fermer les yeux, écoutant l'eau qui y bruisse en secret. Puis s'enivrer de l'odeur, celle de la feuille craquante, jaune, raidie dans sa fin de vie, que l'on pulvérise en la serrant dans la paume.
Et les bruits, partout, éclairant les silences opaques, les bruissements, les claquements sous les pas des grépins assemblés en tapis. Comme des plaintes aigües frémir aux grincements des pins aux écorces nappées de bulles parfumées.
Partir, et retrouver ce monde étrange aux odeurs acides d'un bitume noir aux accents d'arc-en-ciel.

27 décembre 2008

Si près de l'avant

Peu à peu, étirer les doigts jusqu'au bout de moi.
Saisir les mots recroquevillés sous une peur absurde.
Mais laisser intacte la fêlure, qui  a  tracé sa signature en filigrane. Oublier les silences qui gémissent,  parfois sans savoir pourquoi.  Pourquoi ?
Et laisser la paupière lourde  s'ouvrir à l'encre détrempée des souvenirs salés.

Écrire, juste quelques mots, pour vivre un après.
Comme avant.

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