Désorientation
Elle avait tracé sur la plage de sable gris une phrase. Un cri, puis un souffle, un chant. Et le point, le point final. En bois flotté. La phrase avait suivi l'assemblage de mots tracés, puis fut refermée d'un point appliqué.
En la relisant, après, elle n'en comprit plus le sens. Qu'avait-elle écrit là, avant, il y a si longtemps, qu'elle ne savait plus le comprendre ? La clé... la clé, où était-elle ? Celle qui parfumait à la barigoule les sentiers, celle qui laissait les sens se dérouter près d'un verre de vin blanc frais ?
Elle avait jeté l'ancre dans une crique isolée. Et le temps avait passé. La boussole avait perdu le Nord, et le radeau avait des allures de méduse morte. Les mots. Il n'y en avait plus un seul de vivant. Sur la coque tapissée d'algues douces, les coquillages s'accrochaient. Et les filaments des anémones de mer se balançaient en éclats roses.
Elle marchait, en rond, et rond et rond petit patapon, chantonnant une litanie enfantine, balançant sa tête où le vent soufflait en tourbillon chaud. Elle avait perdu le nord et le sud, et suivait la lune comme un soleil. Le temps avait cassé son horloge. Le temps l'avait égarée. Elle ne savait plus.