Attendre
Le temps a perdu son piment qui m'enflammait. Depuis que j'ai égaré ma montre au fond d'un tiroir, le temps est là, à côté de moi, sans plus jamais m'envahir de flammes à retard.
Je lis dans la lumière du ciel comme le temps d'un cadran qui n'est plus jamais solaire. Je lis dans mon corps reposé l'heure de me lever.
Partout tout autour, écrans, ondes, enseignes, téléphone... partout l'heure que le monde règle au méridien près s'offre à moi. Cela me suffit à remettre à l'endroit mon temps qui parfois se tricote à l'envers.
Je n'attends plus, gardant le simple souvenir de ces douleurs lancinantes qui vrillaient mon impatience.
Mais, parfois... comme j'aimais ces élancements de secondes si lourdes, à l'heure du rendez-vous. J'ai rendez-vous, rendez-vous avec vous.
Il n'y a plus de vous, plus de lui, plus de ce temps exquis qui ronge si lentement les moments d'avant.
Je regrette alors ces regards vifs en ritournelle vers ces foutues minutes immobiles.
J'ai perdu cette petite douleur, sel et poivre tout à la fois, merveilleuse saveur du parfum d'un met qui, doucement, si doucement, m'offrait un rêve à vivre.