Mosaïque
Dis-moi, c'est vraiment ça, que je suis ? Oui, certainement. Tu dois être dans le vrai de moi.
Vomissant mes manques, éructant ma rage, fracassant les silences ; tentatives illusoires de créer de toute pièce une jolie comédie à vivre en faux-semblants de rêves. Exigeant l'absolu, balayant d'un mot cinglant ces paroles qui ne blessent que moi.
Rideau, ma belle.
Écrire sur l'écran et y effilocher ce voile opaque que je pose sur l'autre. Celle à la mosaïque.
Arrêter. Tout.
Tout ce qui touche à moi ne doit être que pour moi. Ne garder que les peaux, la salive et autres humeurs salées. Ne garder que le fugace de mains qui polissent ce qui a déjà été tant poli.
Il m'avait terrifiée. Toute la nuit l'écouter dire sa folie. Ces heures noires où mes prunelles s'étaient écarquillées dans la peur qu'il ne nous tue tous. L'écouter dire ce que je n'aurais jamais pu imaginer. Comment il me voyait dans le prisme de sa folie. Parée de tant d'horreurs.
Puis il avait sombré dans un sommeil rouge.
Dans le miroir j'avais croisé le regard de celle qui était moi, cassée de mille morceaux. La confiance en mosaïque, et le dégoût en filigrane. Est-ce ainsi que j'avais été aimée ?
Le tableau a été réparé. Le ciment a rassemblé les morceaux éparpillés.
Je suis devenue une jolie mosaïque.
Cachant cette image déformée de peurs qui ne sont destinées à personne.
Oui, je pourrais me faire aider. Consulter, parler, tenter de réparer. Trouver celui qui me manipulera le dos, les mots, les souvenirs et les blessures cicatrisées à tort et à travers.
Il est trop difficile de m'aimer.
Ciment de mauvaise qualité, qui s'effrite et laisse des arêtes tranchantes.