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Eau vive
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26 avril 2007

Avant

Tu as sorti de son fourreau la lame qui couperait mon silence, et a tranché la chair autour de mes peines.
Tu as planté tes mots plus loin que les épaisseurs de mes forces assemblées.
C'était si facile...
Quel mérite en tires-tu ?
De m'avoir déshabillée de mes voiles tissés, de mes chairs tristes ?
Tu croyais que mon sourire serait plus vrai, plus pur ?
Je ne te fais donc pas pitié à suinter sans pudeur mes larmes parfumées ?
Tu ne sais donc pas le bonheur de croquer la peau, et d'emplir ta bouche de ses parfums ?
J'étais entière, j'en étais fière. Et vivante.
Range ton couteau, va !
Je fermerai la porte derrière toi.

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14 août 2010

Chronique d'une mort annoncée

En bavardant, incidemment, entre cigarette et café...

-- Pourquoi les hommes plus jeunes sont-ils attirés, et bien plus de nos jours qu'auparavant, par des femmes plus âgées ?
En dehors de toute raison "physique", qui admet que l'âge serait de nos jours stoppé par toutes ces crèmes qui ne sont plus antirides mais anti-âge...
Et la raison qui sectionne le point d'interrogation glissé entre deux volutes, incidemment, cigarette et café...
-- De nos jours on vit une histoire pour quatre, cinq ans... alors, l'âge, quelle importance ?

Cesser de respirer, blêmir un peu, écraser la cigarette, fermer les yeux. Au téléphone, cela ne se voit guère. Comprendre enfin le pourquoi, ce drôle de pourquoi dont je ne cernais pas la réponse, la raison du malaise devant leurs étranges désirs sans frontière d'âge. Enfin comprendre que leur parfum est celui d'une mort annoncée.
Je n'aime pas les maladies qui traînent en longueurs.

Incidemment, entre cigarette et café... choisir d'en rire, soulagée.

3 août 2010

Âmeçon

J'ai appris : à lui dire je, à lui dire mon vrai, à ne pas fuir ma réalité.
Quand j'ai vu , derrière la bonhomie amie, l'homme hormonal, lui aussi.
Oh, ces foutues hormones qui sont la vie.
J'ai su lui dire, doucement, fermement, que non, je ne peux pas fermer les yeux et boire jusqu'à oublier l'absence de désir.
Non, je ne peux pas.
L'ivresse de ses mots me suffit. Son amitié me comble.
Et un jour je le perdrai.
Fuyant la bonhomie amie, l'homme reprendra la route, avec un bout de mon âme accroché à son oubli.

14 décembre 2012

Reflux

La vague de souffrance m'avait emportée. J'ai roulé, dévalé le long du flux de la douleur. Malgré la suffocation, malgré la peur de ne savoir où la vague me laisserai m'échouer, j'ai souri. Souri de me voir pleurer enfin, laisser mes vagues à moi se déverser. La digue s'était rompue.
J'ai enfin pu m'aggriper, saoulée du fracas de la vague, libérée des flots.
J'avais oublié.
Oublié que le reflux viendrait.
Il m'a saisie, encore enroulée autour de mon arbre, les ailes brisées, reprenant mon souffle.
La vague était boueuse, charriant les débris que je voulais ne pas voir. De plein fouet. Et mes ailes se sont arrachées.
Je ne pleurais plus. La douleur était moi, toute entière à sa proie attachée. Souffrance si vive, s'écorchant aux sqames de mon corps. Souffrance de respirer, d'être là. Le visage déformé, l'os infecté. Attendre que ce reflux me dépose, tas boueux, vivante encore. Vivante.

Et pour toujours lointaine.
Vivre et se souvenir de n'avoir pu m'aggriper à une main.

 

24 septembre 2009

J'veux pas

Non, ça ne se discute pas.

Je ne veux pas.
Pas non plus en ar-ti-cu-lant en bon français châtié..
J'veux pas qu'elle déprime pour un homme, que ma roue crève, et que les haricots verts soient trop cuits.
J'veux pas que le blanc jaunisse sur le mur, que mon foie agonise par manque d'excès, ni que les tomates se fripent.
J'veux pas me faire arracher les dents, que son prof soit dérangé, et que tu sois malade pour de vrai.

Je ne veux pas, te dis-je
.
Même en te parlant gentiment.
J'veux pas qu'on me polisse le corps jusqu'à le dépolir, et des bestioles dans mon jardin.
J'veux pas avoir des ampoules aux pieds, et des champignons ailleurs que dans les sous-bois.
J'veux pas perdre mon pull si doux, un chef qui se la pète, ni que tu t'en ailles à l'hôpital.

Je ne veux vraiment pas. Non et non.
Même si je ne le dis pas.
J'veux pas que le monde soit fou, les klaxons dans la rue, les femmes qui ont peur.
J'veux pas oublier le goût de mes bonbons colorés, mes papiers d'identité et mes souvenirs d'enfant.
J'veux pas pleurer toute seule, la machine qui lave tout en rose et ma moto en panne.

J'veux pas, tu sais, j'veux pas te dire tout ça.
Si tu savais tout ce que je ne veux pas... si tu savais...
Tu m'offrirais quelques minutes de je veux dans tes bras ?

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30 juillet 2012

Caléïdoscope salé

Sous le soleil, les cailloux aux arêtes acérées scintillaient, ouate cassante de soleils en fragments. Sculptures de sels que la mer semble oublier à la lisière de ses étangs salés. Fragments éphémères de poèmes d'une eau figée.
Tel un fil d'épée, elle va et s'en revient, si lentement que mon regard ne peut en suivre le balancement épais.
Mes silences étaient en paix parmi eux, troupeau de chèvres léchant les cristaux de sel, piquant ma langue de plaisirs brûlants. Les mots allaient et venaient, alanguis de chaleur, caressant ma peau, déposant dans mes orbites un peu de leur eau salée.
Écrire, dans le silence, écrire des mots qui se replient doucement, déposant un voile de sel scintillant sur des noirceurs oubliées.

10 janvier 2010

Passion fugace

C'est magique, un vrai cadeau du ciel, auquel on ne croyait plus. On le regarde, le souffle court, les yeux humides de tant de... Et tout autour s'enveloppe de ouate. Rien n'est plus pareil, dans cette vie si familière.
C'est étrange, fascinant, et le regard s'attache à cet éblouissement en cristaux, à cet homme là, en manteau.
Cet homme en blanc.
Avec lui, ça crisse sous les pas, mais ça glisse au moindre faux pas. Qu'importe, la beauté fulgurante l'emporte. On veut encore y croire.
Au fil des jours tout se transforme. En flaques boueuses, en plaques acérées, miroir fracassé. Le verre cassé, ça porte bonheur ?
On regarde avec prudence. On oublie la féérie. Et parfois on se casse la gueule.
La neige n'est qu'une passion à vivre.
Belle mais dégueulasse au final.

1 août 2013

Les silences en dents de scie

Tu ne le sais pas, tu ne peux pas le savoir, puisque tu ne connais de moi que des moments que je veux bien emplir de ces bruits familiers.
Je suis silencieuse.
Sais-tu que je peux passer des journées entières sans dire un seul mot ? Sais-tu que cela ne me dérange pas, oh non ! Imagine-moi, suçotant mes silences comme des bonbons à l'anis, au parfum si subtil et riche. Mais non, bien sûr, comment pourrais-tu l'imaginer ? La solitude est si égoïste ! C'est une sauvage, ma belle vie loin de l'autre.

Sous mes dehors exubérants, mes éclats de voix, mes propos tumultueux qui peuvent meubler les silences les plus opaques, derrière mes longs papotages au téléphone, mes conversations à bâtons rompus qui nous permettent de ne pas entendre les aiguilles qui dansent une valse à 60 temps, tapi et presque impatient, mon silence, mon ami, mon frère de non-dits.

Je l'aime tant en moi, qui éclate en fanfare dès la porte de ma maison close. Sais-tu que je ne reçois plus jamais personne ? Que ma table est vide, mon frigidaire rempli de pots de yaourts. Sais-tu que j'aime cette porte close ? Cette sonnette qui ne marche plus depuis de longs mois et que je ne répare pas. Je souris de ce bouton accolé à mon nom. Ce bouton que certains tentent parfois d'actionner. Certains, qui, se demandant où je suis, tentent alors de le savoir. Je suis dans mon silence. Et j'aime regarder mon téléphone vibrer bizarrement devant mon regard amusé. Je ne réponds pas. Je le regarde, me souvenant que d'autres ont une vie sociale. So-cia-le.
J'ai arrêté tout cela. Les amis, les repas, les apéros, et même le sexe, et même de passage.
J'écoute dans la radio des passionnés me bercer de leur culture en éclats de voix. Remplie toute entière. Et j'oublie. Hormis leur passion qui m'a habitée quelques heures. Je vis par leurs voix interposées. Et cela me suffit.
Je lis, feuillette, me plonge, dévore, et oublie. Me remplis toute entière de leurs mots subtils, de ces vies dénudées, indécentes, de leurs intimités. Et j'oublie.
J'attends qu'ils reprennent leur place.
Mes silences en dents de scie. Qui grincent sans bruit. Qui arrachent les liaisons subtiles qui me reliaient à la vie sociale. Quel drôle de mot ! "Sociale".
Non, vraiment, cela ne me manque pas.
Je l'aime, ma scie que tu ne connais pas. Ma scie jolie, qui m'aime et me suit.
Ne te méprends pas, j'aime les autres. J'aime leurs sourires, et leur sourire à mon tour. J'aime partager un instant avec eux. J'aime ces moments. Parce que je sais qu'ils vont finir.

Je pensais -avant- que la vie solitaire, la vie silencieuse, était un tourbillon de pensées qui aspiraient le dedans vers le dedans.
Mais non.
Mon silence se prend par son manche familier en bois poli, il est là, fier et droit, et ses dents tranchantes, prises dans le bon sens, chantent dans le noir des silences. Au début, il déchiquetait les instants. Bruyamment ! Il faut bien débuter, que veux-tu ! Maintenant, je sais qu'il faut lui donner un mouvement ample et presque soyeux. Alors mes silences en dents de scie amorcent leur mouvement de va-et-vient qui me bercent. Ils rompent les liaisons hasardeuses, grignotent proprement les désirs qui pensaient avoir besoin de l'autre, là, à proximité. 

Si tu devais être jaloux d'une seule chose de ma vie, que ce soient d'eux, mon ami. Mon Toi !
Tu m'écoutes te parler de ma future vie. De mon déménagement loin de tout ce que je connais. De ce village où j'irai cultiver mes silences. Te souviens-tu de Candide ? "Il faut cultiver son jardin". Il m'aura fallu du temps pour l'aimer, ce jardin. Tu m'écoutes. T'inquiètes-tu de savoir que tu ne vas plus jamais m'entendre ?
Alors, tu écouteras - mais si, tu l'entendras - ce bruit de scie, qui, lentement, coupe l'écorce de cette vie qui m'enserre et dont je m'exerce à doucement libérer l'aubier.
Tu n'oublieras pas ? Le bruit silencieux de la scie. Et tu souriras.

16 janvier 2010

Cadeau de nouvel an

Elle m'a appelée, sans me brusquer, délicatement précédée du code habituel envoyé par Sms "Tu dors ? " Elle avait un cadeau pour moi au bout de la voix ! Avait trouvé dans son " Reservoir Dogs" l'homme qu'il me fallait.
Une vrai chasseresse, pour moi qui ai l'âme plan-plan qui s'attache davantage aux queues des casseroles.
Il l'avait contactée, elle avait répondu.
Quand je suis allée dans le chenil pour voir sa fiche... c'est simple, j'aurais répondu sèchement-poliment que sa requête n'allait pas dans le sens de ma quête. Mais elle, elle est terrible, pas du style à se laisser rebuter par une photo cul-cul nu. Pas du tout.
Elle sait bien que l'âme se cache derrière tout ça.
Mais moi, je suis intransigeante-abrupte-intolérante, et leurs fessiers musclés piqués dans le catalogue Redoutable [ pour la page, je ne sais pas, je lis Lagaffe aux toilettes ], et bien je le leur laisse. Bref, ce monsieur "qui-est-vraiment-pour-toi-tu-verras-cultivé-intéressant-et-tout-et-tout" l'avait contactée.
Mais elle est futée, ma cop'. Très. En trois questions elle lui a su qu'il mentait. Sur son âge. Treize années passées à la trappe. Une broutille : il était donc pour moi.
Un menteur ? un qui n'est pas capable de savoir de combien d'années de vie il peut être fier ? Non, non, trop intolérante je suis. Si je revendique d'avoir l'âge de mon arthrose, ce n'est pas pour tenter de décrypter celui des autres. Enfin, quoi, merde ! S'il t'a contactée, ma belle, c'est que c'est un simple vieux qui est attiré par de la chair fraîche !
Et moi, en moment, avec la chair fraîche, je fais des conserves. De cochon. Tu as raison, nous sommes presque en concordance lui et moi....

Continue ta prospection... sait-on jamais ? Ça nous a permis de passer un bon moment au téléphone en considérations hautement philosophiques !

14 avril 2010

Hâte toi

Elle avait toujours été pressée. De vivre, d'écrire, de rire, d'enfanter.
Il fallait que la vie remplisse jusqu'au débord le vide béant du temps si long.
Les pétales du cerisier s'en balancent,  flocons de neige.
Elle est pressée de vieillir. En accéléré, laissant les fissures se creuser en béances.
Les douleurs acérées lui lancent ses flèches blanches, aiguilles d'une pendule qui s'emballe.
Elle est pressée.
Ne compte plus les ans, juste les mois à venir.
Passent et trépassent les jours.
Non, pas de tulipes l'automne prochain.

25 septembre 2009

Minette

Minette chez toi se balade. Elle a choisi ta maison pour grignoter un petit supplément de croustillance. Et frôle parfois tes mains ouvertes vers elle, pour t'en remercier.
Minette, elle est Minette parfaite, dis-tu.
Douce sous ta paume, silencieuse et frugale, qui ne demande rien, consent simplement à te regarder du coin de ses yeux félins. Faisant quelques pas de chat et s'en allant sans un bruit. Presque apprivoisée, jamais tout à fait là, ni tout à fait loin.
Minette ne trouble pas ton état délicieusement volatile de fumeur de pétard et ronronne au rythme des musiques qui swinguent. Jamais elle ne demande plus que ses croquettes. Il ne lui viendrait pas à l'idée de batifoler de pièce en pièce, Minette est si discrète, le petit coussin du canapé lui convient.

Ne m'appelle pas Minette !

Je n'aime pas tes croquettes, tes pétards, tes mains avides de me prendre. Je n'aime pas ronronner quand il le faut et pirouetter avec grâce. Je n'aime pas devoir être furtive et ne laisser d'empreinte que sur un coussin. Je vais lacérer tes fauteuils, laisser des traînées délicieusement ammoniaquées sur tes plantes vertes. Je vais enterrer tes boulettes, mettre des mites dans tes céréales biologiques et un sucre dans ta moto. Je vais faire mes ongles sur ta peau, devenir allergique aux croquettes, perdre mes cheveux sur tes tapis, griffer tes habits. Je vais faire le gros dos et lancer des éclairs de colère avant de cracher ma rage, je vais déposer des têtes d'oiseaux tout écrabouillés sur ton oreiller.
Puis j'irai chez ton voisin.

8 septembre 2009

Aveugle

Ne me laisse pas m'enfuir.
Ne laisse pas se dissoudre les lueurs de l'aube dans mon regard muet.
Attrape les fils des promesses qui volètent sur ma nuque.
Noue les du bout de tes doigts à mes cheveux, tresse toute une vie d'instants partagés.
Juste des instants de vie. Guère plus.
Vivants et palpitants. Qu'ils me portent comme un rayon de miel bourdonnant.
Ne me laisse pas....
Offre moi les mots sucrés qui napperont d'or mes pupilles.
Je m'aveugle d'une lame rouillée de larmes.
M'enfuir.
Loin, loin de toi, de tout, loin à n'en plus voir demain.
Dis-moi...s'il-te-plaît... dis-moi de ne pas partir.

13 février 2010

Platane

Quand le virtuel se dissout, c'est Msn, désabusé, qui a fini ses jours pendus à quelques octets. Il a tracé ses derniers mots, en pixels poignants.
La messagerie oublie qu'elle n'est qu'une bête boîte à lettre, elle qui ose se prendre pour le clocher d'une église que les fidèles désertent.
Quand tout cela prit fin.

Je vis toujours. Sans plus jamais susciter de désir par mots à décrypter, en essence vide tout sens. Feu de joie, pour fêter l'enterrement d'une fille de joie.

Tant pis, tant mieux.
Je ne sais plus, juste savoir ce que je ne veux plus.
Peut-être tes hanches qui s'en balançaient, ou ton regard qui se mouillait.
Tout est vide, hormis l'infini à venir.

Et la coque craque telle l'écorce du platane.

12 avril 2013

Bois flotté

Je nageais, comme il y a peu, quand je plongeai mon regard dans les eaux de Cerbère, que tu aimes tant. Mon casque et mes bottes ne m'avaient pas prise au dépourvu, j'avais arrêté la moto, y avais plongé mes yeux. Cela me suffit, je vois dans ces eaux ton corps qui y glisse. J'ai si souvent partagé avec Toi des instants que tu ne vivras jamais avec Moi
Les années ont déposé sur mes plaies d'alors une étrange douceur qui me protège de la morsure du froid. Mon corps glissait et l'eau était si claire !
Les piétons, les tabourets si peu confortables, les klaxons, les frites imbibées, rien ne m'empêchait de nager, tu sais. J'aime nos instants. Je ne suis plus celle que tu aimes, mais je sais que tu m'as aimée. Cela me suffit pour être dans ces eaux où mon corps n'existe plus.
Oh, j'ai été stupide ! J'aurais du m'en douter. Je t'ai parlé ... de ce musée, là-bas, qui vient enfin d'ouvrir, où j'aimerais tellement aller balader mes yeux.
J'aime bien nager dans ces eaux d'un temps passé, délavées par des larmes dont j'ai bien cru qu'elles ne se tariraient pas, ces eaux du temps d'un éphéméride dont j'arrachais chaque page fébrilement. Tu te souviens ?  Ce compte à rebours, comme des mues qui m'auraient permis de ne plus t'avoir dans la peau ! Je ris. Cela fait tant de bien de ne plus avoir cette douleur de Toi.
Et j'en ai parlé.
Comme de tout, comme de rien. Comme d'habitude quand nous partageons ces quelques heures coutumières. Presque comme deux vieux amis.
Ton regard a pris cet éclat si amusant, toujours un peu surpris de nos coïncidences, ce regard qui me dit avant même tes mots que ...
 justement, ce matin.. toi aussi,  tu as pensé à ce musée et que...
Et que Vous irez là-bas.  Je te maudis des pensées que tu y auras pour Moi.
L'eau m'a refusé sa douceur où je glissais si doucement. J'ai flotté, les yeux brûlé de soleil.

Tu as griffé mes rêves de ta fierté de savoir que les mêmes pensées nous traversent encore parfois.
Ces concordances m'obligent à chaque fois à muer, encore et encore. Sans souffrir, juste comme une petite coupure familière sur laquelle je souffle.
Je flottais. Le corps porté par une Mer morte trop salée, entourée d'une bouée qui m'enserre, bois flotté, bois mort et délavé.
J'aimerais tellement aller balader mes yeux là-bas.
Pas encore. Je dois demander à Moi si elle est d'accord pour m'y accompagner et mâchouiller mes mots en écho le long de canaux où l'eau glauque ne porte pas de bois flotté.
Je n'aime pas être sur la surface, portée en équilibre telle une feuille morte. J'aime me glisser, corps mouvant, dans l'eau.
Je n'aime pas flotter.
Je n'aime pas nos concordances.

22 avril 2010

Monsieur

Monsieur appelle, une fois l'an, habituellement.  Monsieur m'appelle de ses vignes, qu'il est allé visiter. Toujours si charmant. et délicieux. Une mémoire vive, demandant des nouvelles de l'enfant ayant été opéré l'an passé. Et de sa maman. Monsieur a bien envie de faire un détour par ma ville. Serais-je libre pour partager un repas avec lui ce soir ? Monsieur aime m'amener dans des salles où la chair est fine. En dix ans j'ai appris à apprécier les heures passées en compagnie de cet homme si charmant, qui gravite dans un monde bien loin du mien. Qui parfois prenait l'avion pour passer quelques heures en ma compagnie. Ou venait dans son petit coupé antique dont le bruit du moteur m'enchantait.
J'ai interrompu le papotage si courtois de monsieur.
- Je ne couche plus.
- Peux-tu répéter, j'ai mal entendu.
- Je ne couche plus. Depuis bientôt un an. Un choix de vie.
Monsieur a soupiré. Une pointe de déception peut-être ?
Monsieur avait encore quelques rendez-vous, dont l'heure de fin est incertaine. Monsieur espère pouroir m'appeler tout à l'heure pour convenir d'un rendez-vous.
En raccrochant je crois bien avoir juré.
Puis avoir ri.
Je ne suis d'agréable compagnie que si elle se finit dans mon lit.

8 février 2010

Le millénaire débutait

Dix ans pour...
oublier la pétillance et éventer les bulles fragiles
faire le tour de trop de détours de mes contours
désavouer - et me l'avouer - les espoirs

savourer le regard qui ne s'attache plus aux miroirs

Dix ans d'amants, d'amours, de sexes. Et même de rêves.

Dix ans... puis enfin...

aimer le tanin du vin rouge en oubliant le sel des hommes.

Dix ans...
les projets se font, les ami(e)s, les potes, les copines sont là.
Sortir le calepin où griffonner les dates sans laisser de bulle vierge au possible.

Dix ans...
Tu as eu dix ans pour toquer à ma peau et ouvrir mon dedans pour t'y faire un cocon.
Dix ans où je t'ai ouvert ma porte et mon corps à cœur perdu.

Dix ans.
Et ne plus avoir envie de croiser ta route.

20 octobre 2009

Ivresse

Écrire, tant que je suis plongée dans l'ivresse, tant que mes doigts trébuchent en riant devant le clavier. Écrire dans la brume étrange du troisième verre, celui de trop.
Le maudire, qui dit me voir redevenir petite fille. Pas jeune femme, a-t-il précisé, petite fille. Et il rit. Et je rougis. Plongée dans le souvenir de celui que j'ai aimé, aimé, aimé... et qui me disait "tu ne me parles plus de ta petite voix", comprenant alors que l'amour s'évaporait de ma gorge de femme.
Écrire, encore nimbée de ce flou qui enserre tout, de cette ouate où je me sens si bien. Si doux, si chaud, si loin de tout.Rire même de ces gouttes bouillantes qui frôlent mon doigt, de cette petite flaque d'eau autour de ma tasse de café brûlant. Tenter de disperser le flou, le pas net, le pas vrai ou le trop vrai.
Je n'aurais pas du boire ce verre de trop. Même si tous rient de me voir bafouillante, bégayante, toute entière moelleuse dans mes mots. Avaler la tasse de café, respirer comme au sommet de la montagne.
Souffler.
Café. Vite, que l'ivresse s'évapore.
Maudit alcool, maudit vin blanc qui fait tourbillonner les jupes de ma décence.

17 novembre 2009

Son âme ronde

Ma main sur ses arrondis, comme une amante, lissant de crème blanche ses flancs.
La lumière s'y reflète comme un ruisseau qui vagabonde, fuyant le rectiligne, se courbant en ondulant.
Je lui parle, caresse ses plaies, suit du bout des doigts les cicatrices qui la parent. Parfois je m'y cloue de tout mon corps, écartelant mes bras pour mieux la vivre en moi.
Je vis une histoire d'amour avec les murs de ma vieille maison. J'entends les échos des générations qui l'ont façonnée tour à tour, je panse les coups qu'elle a reçus. Je l'aime. Comme un ancêtre, comme une vieille femme dont le parfum un peu poussiéreux m'apaise. Je l'aime pour toutes ses rondeurs, ses éclats de cellulite, ses fractures.
Je la console de mes gestes qui la dénudent. Je veux la laisser belle pour ceux qui l'accompagneront. Je dois partir. Je dois fuir  un jour cette vie si rectiligne où je me cogne.
Et laisser cette maison dont l'âme ronde me sourit.

4 janvier 2009

21 jours et plus si affinités

Ego ; c'est grâce à moi qu'Elle va trouver le bonheur... c'est grâce à moi qu'Elle sera toute contente... c'est grâce à moi...
Oreilles ; c'est quoi cette crécelle ? Insupportable ! En plus, il chante... On est mal partis !
Ego ; vous pouvez médire, mesdames... c'est quand même grâce à moi que tout va arriver... la la la la lalère...
Oreilles ; mais enfin de quoi parles-tu ?
Elle ; la ferme Ego, je te préviens !
Ego ; et bien, si vous y mettez autant de bonne volonté dès le départ .. le premier qui vous adresse la parole va fuir en courant !
Cerveau ; pour une fois, je suis d'accord avec Ego.
Ego ; oh là là, j'suis content, j'suis content ! Vous avez entendu ce que le Chef a dit ? Il me soutient... la la la la lalère...
Elle ;  tout le monde se tait ! Et vous avez intérêt à ne pas profiter de mon sommeil pour ragoter, c'est compris ?
Yeux ; mais enfin, Elle, ça a l'air important ! Si vous voulez que nous soyons en phase avec vous il faut nous tenir au courant.. Je ne vois qu'une chose... il s'agit de ce que vous écrit hier soir. Avec Monsieur Ego. En petit comité, quoi ! Pas un seul mot sur nous... Rien que du genre :
"Alors, Ego, qu'est-ce que tu en penses, de moi ? Et je dois dire quoi ? Hein, Ego ? dis-moi "
Et autre du même style... pitoyable, si je peux me permettre !
Ego ; ne vous laissez pas faire, Elle, ils essayent de vous saper le moral ! Mais moi, j'y crois, vous allez trouver (...)
Yeux ; trouver quoi ? Si vous voulez qu'on vous aide il faut nous le dire... Enfin, à moins que vous n'ayez décidé de la jouer façon "je découvre en aveugle..."
Elle ; voilà. Je me suis inscrite sur un site de rencontre. Je sais, pas de commentaire, ce n'est pas la première fois. Mais j'espère bien tenir le coup plus que 21 jours cette fois. Et Ego m'a aidé à rédiger l'annonce. D'autres questions ? Bon. Je ne veux plus en entendre parler. C'est clair ?
Cerveau ; très clair. Tout les organes vous soutiennent, Elle, je tenais à vous le dire.
Ego ; et ce sera grâce à moi qu'Elle...
Elle ; la ferme, Ego !

 

12 septembre 2009

Les deux mains

(...) on est de vieilles bêtes blessées dans des batailles, on ne prononce pas trop de mots,  on laisse parler ses mains (...)
Oh, si tu savais la colère glaciale qui m'a figée... Vivaldi... Les premières notes de violon dans la saison d'hiver. 
La glace en épines acérées qui craquent au moindre souffle.

Je ne suis pas (...) on (...).
Et tu n'es pas (...) on (...). Quand tu m'écris, écris donc je.

Je ne suis pas une femme qui n'a pour compagnon que des mains sur sa peau.
Quand tes paumes auront fini d'en connaître toutes les courbes. De la première cervicale à la pointe du coccyx, tu auras tracé la route où la femme que je suis n'est plus. Je serai devenue femme de passage, maîtresse, amante. Et tu n'auras de moi que ce que tes paumes en découvriront.

Je ne suis pas encore enfuie, mais j'ai préparé le sac où glisser mon kit de survie.
"A ce soir"... mais je ne sais pas si je pourrai encore te dire "à deux mains".

2 janvier 2009

Fourre-tout de riens

Je me souviens très bien de l'endroit où je l'ai laissée. Sous la verrière d'une gare aux poutres métalliques, au pied de l'immense horloge tachée de rouille que personne ne regarde plus. C'était exactement là que je l'avais posée, pleine à craquer de ces riens qui pèsent tant et plus. Et la foule tout autour, dans un grand soupir de respirations saccadées, la foule en fuite vers un temps jamais immobile.
La valise était là, lourde à en crever ses ferrures.
Partout où je vivais elle pesait à ma mémoire.
J'avais eu besoin de la voir, de la toucher, pour la saisir, la traîner, et enfin me dépouiller de tout ce fatras si lourd pour moi. En la remplissant jusqu'à la gueule. C'était une valise que je n'ai même pas choisie, comme dans un rêve aux allures prémonitoires ; beige sale, aux coins en métal martelé. Une dont je sais très bien que le modèle n'existe plus. Que seuls quelques greniers en recèlent, sous l'épaisseur de poussières collantes.
Je l'ai remplie en grondant de rage, ma valise à gros mots, à spleen, comme un fourre-tout pour riens trop silencieux. Si vous saviez comme les silences sont bruyants. Tenez, comme une gare quand le train passe sans s'y arrêter.  Et le silence partout autour de ce fracas métallique.
J'ai fini par aller la rechercher. Personne n'en avait voulu, personne ne s'y était trompé. On ne vole pas des riens trop lourds. Une valise d'égarements, posée là, dans une gare.

7 septembre 2009

La princesse aux petits mots

Et si je les avais oubliés ? Je me le jure, m'abjure, m'en inquiète. Cela pourrait sembler être du B.A.- BA. Mais je me pose la question.
Je le regarde parfois, au creux des heures où tout est aboli, les yeux grands ouverts dans la pénombre de mes cils Je le regarde, bercée de plaisirs, et me pose la question.
Saurais-je encore le dire ? Ou le chanter ? Le crier, murmurer, souffler, m'y essouffler.
L'écrire même me semble saugrenu, c'est tout dire. Sans rire.
Je vais devoir en faire des lignes, des courbes et des déliés ? Bien appliquées. Sans pâté. A la plume, celle qui écrase les fibres et boit l'encre comme une goulue. Peut-être ont-ils besoin de cela. De s'éclater en gouttelettes sombres ?
Ou alors de se tracer sur son dos emperlé de sueur salée ? Et puis non, même ça, je ne veux pas. Ce serait indécent.
Des mots si plein de sens, gorgés de tant. Tracés en éphémère chemin sur une peau de passage. Non, vraiment non.
Il va falloir inventer. Leur trouver un nouveau sens.
Mentir peut-être.
Et si je me transformais alors en pantin de bois ? Ce serait faire feu de moi. Allume une cigarette et consume toi. Tes mots perdus, laisse-les. Ils n'ont plus envie de se dire. Cela peut arriver, qui signe la fin d'une ère.
Alors je partirai. Parce qu'ils m'étaient familiers, si doux au palais.
J'étais la princesse aux petits mots.
Et j'ai des bleus dans ma mémoire.

10 septembre 2009

Goutte à goutte

Tu me dis d'être patiente.
Ce mot est si propre : je m'y sens habillée d'une blouse verte,  désinfectée de tout, embrumée d'anesthésiques.
Pourquoi devrais-je être patiente ?
C'est maintenant, tant que je vis, tant que suis là, avec ce vrai cœur dont les battements me tiennent compagnie... lui qui ne faisait que jouer de sa mécanique silencieuse bien rodée... c'est maintenant que j'ai besoin d'entendre.
Mais tu as raison. Je dois être patiente. Et endormir gentiment mes besoins sans entraver le protocole si bien écrit.
Je commençais tout juste à revivre... et je dois déjà apprendre à laisser crever en silences lourds les mots ? Les museler, les étrangler de ma patience . Apprendre à  laisser la place aux conversations si bien calibrées  en gélules bleues ou rouges, à avaler sans férir.
Ces mots que j'attendais avant d'être patiente... je les rêvais, les apprivoisais déjà, tu sais.
Ils sont ces galets polis, ceux que l'on glisse dans la paume, ceux que l'on caresse du pouce. Cailloux aux veines grises où l'on devine les fractures de la vie. Ils clapotent et ricochent, se gorgent de mousse spongieuse. Ces mots que l'on lèche du bout de la langue pour y retrouver le sel d'une écume. Mes mots d'émois.
Je réapprends. Chaque jour après chaque jour, sage patiente impatiente, à n'entendre que la cacophonie de tous ces mots qui ne s'accordent pas avec moi. Ces mots si convenus. Ces mots moulés dans une usine et qui finissent estampillés "bon à entendre" par le plus grand nombre.
Regarde ce que je deviens, dans cette patience qui m'enserre...
Puisque demain n'existe pas, il n'existera jamais, tu le sais bien... Demain n'est qu'un autre aujourd'hui...
Pourquoi devrais-je être patiente ?
Dis-moi, les mots font-ils si peur que l'on les laisse s'écouler en goutte à goutte ?

20 février 2009

Mots de ouate

Mes mots se taisent en fibres fines.
Ils ont laissé une étrange trame, là, où s'agrippent des pensées fugaces. Étranges mots éperdus qui s'y accrochent, se bousculent en nœuds, se tressent finement au gré des instants et détissent chaque nuit ce que jadis se couchait en mots.
Mes mots en couleurs bleutées s'égarent en nuages.
Il y a ces toiles aux pastels délavés de secondes silencieuses, ces toiles aux transparences humides. Seul leur parfum un peu âpre me rappelle que je les ai vues. Ils se mêlaient, se paraient de chatoyances aussi fugaces que ces arcs en ciel de gasoil sur le bitume détrempé.
Leurs silences. Moi je les ai vus, je les entendus, et ils m'ont fait frémir de leur grâce parfois innocente, parfois troublante.
Mes doigts alors... puis ils retombaient, saisissaient une cigarette qui se consumait. Les volutes suffisaient.
Mes mots n'aimaient que le silence.
De ouate légère.

18 février 2009

Dessert

Il est comme un gâteau dont je connais la recette. Un gâteau inconnu de ma bouche, paré des sens de l'imaginaire. Je ne peux que laisser mes désirs se gonfler à la levure de ses mots. Des mots simples, sobres et forts, d'un inconnu présenté par un ami commun. Et quelques passions qui nous assemblent déjà. 
Il est le parfum de ma madeleine qui me fait clore les yeux dans un soupir d'ineffable bien-être. L'ami dit "il faut que vous vous rencontriez". Et il m'écrit quelques mots, (... ) "le moins que je puisse faire, puisque ma vie ne sera plus jamais la même après t'avoir rencontrée". Merci, mon ami, de si bien parler de moi que tu en convaincs l'autre...  J'ai ri, souri, réfléchi. Une recette c'est mille et un parfums qui s'emmêlent et deviennent saveur.
Ce soir, à l'heure exquise où le ciel des villes se pare de roses et gris, près de la belle Garonne, ce soir...
Je sais mon nez aux ailes frémissantes, tentant d'assouvir la soif de son odeur nouvelle. Je sais mon doigt impatient de toucher sa peau. Un simple tout petit bout de peau pour savoir si elles sont compatibles. J'imagine et respire un torrent d'air.
Ce soir je saurai s'il est ce gâteau que je goûterai du bout de ma langue gourmande au sein de désirs nouveaux.

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