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Eau vive
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20 janvier 2010

La réflexion qui précède la non-action

Je dissimule mon sourire.
Je le sens qui entame le ralentissement de son pas, deux mètres avant. Je suis donc toujours la première à pousser la porte de secours vers le palier qui nous permettra de fumer. Pousser la porte, me baisser presque jusqu'au sol, saisir puis glisser la plaque de métal dans l'entrebâillement, afin de pas rester prisonniers au dehors.
Toujours, après un instant de réflexion qui s'est maintenant mû en instinct, me laisser aller au devant.
Le retour vers le bureau est son domaine de prédilection. Un coup de pied, et la plaque repart se glisser sur le côté.
Chef à moi a un oursin dans la poche.
Et un autre dans les reins.

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4 janvier 2010

Son

Accroupie près de lui. Lui, en reflet de l'écran bleuté, où les drivers aux noms incongrus, bien rangés dans leurs colonnes, me font sourire.
Lui, là, dans ma maison, sur ma chaise, mon bureau, mon écran. Lui, là. Et la tendresse, la douleur, l'amour encore. L'envie de rire, de frotter son crane rasé qui râpait ma paume. L'envie de déposer ma tête, juste un instant. En fermant les yeux. En oubliant.  Non, ne pas fermer les yeux. Ne pas oublier. Chercher un café. Une raison. Fuir.  Et revenir, à peine un peu plus loin. Juste un peu. L'écouter, noter les hiéroglyphes informatiques.
Le regarder, si semblable à leur père, avec sa tête qui se rapprochait de l'écran pour mieux en cerner les mystères. Avec ses lunettes qui glissaient un peu. Vous ne trouvez pas qu'ils se ressemblent ? Et le garçon de passage qui fronce les sourcils. Il doit savoir. Ce passé décomposé avec cet inconnu que je ne présente pas. Il doit comprendre. Cet homme là, dont je ne dis pas le nom. Jamais.
Mon ordinateur a retrouvé sa voix.
Et ma raison me rend muette.

30 décembre 2009

Joyeux No-Elle

Cela a été sans moi.
Une pour s'en préoccuper.
- Mais au fait, maman, tu passes Noël avec qui ?
- Avec moi.
Seule, ça s'appelle comme ça.
Il y en a eu un pour m'envoyer un Sms, comme un spam
- "Joyeux Noël à vous ". C'est un peu dommage, je croyais qu'on se tutoyait tous les deux.
Il y a eu le vide plein de chantilly qui se volute sur des yaourts. Parce que j'aime ça quand le foie gras est de rigueur. Et les séances de hammam, pour me souvenir des odeurs de corps qui ne soient pas le mien. 
Et la visite à la mère-grand-mère trempée dans cet acide qui conserve si bien les aigreurs. La route sous la pluie, puis dans la nuit. Et les deux jeunes adultes dont aucun ne voulait prendre le volant. Et la mère qui gère son arthrose comme une petite vieille en devenir.
Il y a eu le lit retrouvé, la chaleur froide de la fenêtre ouverte vers le jardin. Les livres comme des squames d'autres vies plein les draps.
Il y a eu les mails. La fête à venir, à vomir. Mais j'irai. Du sourire plein les dents.
Je n'aime plus Noël. Et ce présent me survivra longtemps.
Mais je ne crois plus que les autres soient coupables d'égoïsme. Juste moi, responsable. D'avoir eu quatre enfants dont aucun n'a su prendre son téléphone pour imiter le bruit des cloches, dont aucun n'a déposé au pied du petit sapin en cône synthétique un bolduc pour celle qui n'a pas su leur apprendre.
Il y a parfois des heures qui s'étrennent dans un drôle de vide.
Ce sera sans moi.
Ah, oui !
Bonne année.

20 novembre 2009

Mue

          Je le sais bien, nous ne faisons plus l'amour. Oh non, ce n'est pas ce mot là... tu as écrit "nous ne sommes plus amants"... quel mot coupant, quel mot cru. Pour nous, ce simple mot là.
Je l'ai décidé, pour laisser à l'inconnu "un possible". Tu vois, je suis bien optimiste. Et je sors, j'ai plein d'amis, tu sais. Plein.
Des vrais amis, qui m'aiment, et qui ne savent pas pourquoi j'ai parfois cette étrange tristesse qui me voile.
Mon corps le sait, qui laisse sa peau s'écailler de ne plus s'adoucir à tes paumes. Ma bouche le sait qui ne se gonfle plus de tes morsures. Moi tout entière le sait.
Te donner mon corps était trop facile. Et je me mépriserais encore et encore de me contenter de ce rien qui est si doux. Alors j'ai choisi.
Mais l'amour ne s'est pas évaporé de ne pas te posséder dans ta nudité... L'amour a perduré, au fil de nos mots,  de nos repas, de nos balades. Entre deux verres de bon vin, et quelques livres si rares que tu sais choisir pour moi.
Chez toi l'amour a mué.
Et j'en crève de ne même plus avoir ce cadeau merveilleux d'être, au moins, aimée autrement.

19 novembre 2009

Enduit

Alors j'ai pris la truelle, celle dont le tranchant est parfait, celle au reflet lisse. Et j'ai remué la poudre blanche qui tourbillonnait dans l'eau. J'ai revêtu le tas posé au sol, collé de vieilles plaques de ciment, froid, et à l'odeur douceâtre de vieux plâtre.
J'ai tiré l'échelle. Et étalé l'enduit. Lissé, tiré, taloché, spatulé. 
Je parlais au mur tout cabossé des âges anciens. Lui disant doucement que j'aimais ses failles, que cette pâte onctueuse dont je poudrais son teint le rendrait juste un peu plus lisse, mais pas trop. Qu'il garderait ses rondeurs, son petit air penché que j'aime tant. Je lui disais que j'aimais le caresser de mes mains, en fermant les yeux, sentir ses aspérités, son odeur si particulière.
Quand je n'ai plus senti la douleur dans les bras, celle qui vrille le pouce droit, quand le froid a fini de raidir ma nuque, quand j'ai enfin oublié les heurts du temps qui passe, quand le mur au plâtre rose et bleu a été moucheté de blanc, alors j'ai pleuré. Sans sanglots, presque sans larmes. Juste avec le regard brûlant.
Et j'ai rangé les outils. Sucé la plaie au rouge salé.
Le temps creuse ses failles en moi et me laisse courbée, sans ses mains pour m'apaiser.

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19 novembre 2009

Étain

Dans ses yeux j'avais disparu.
Une  cataracte avait terni ce reflet où je me trouvais si belle. Avant. Il y a longtemps.
Dans ses yeux, mes hanches en filigrane s'étaient dissoutes, et l'acide avait rongé le solfège où mon amour jouait une partition à quatre mains.
Dans ses yeux  plus de carafe de cristal où les liqueurs s'évaporaient en parfum d'ambre.
Dans ses yeux ... Je ne suis plus rien.
"Une amie", m'a-t-il dit. "Puisque nous ne sommes plus amants, quoi d'autre ? "
Et mon cœur s'est éteint.
Gris, mat et terne.
Broc d'airain, broc d'étain.
Si froid.
Soudain.
Dans mes yeux le sable frotte le glacis de mon amour toujours si doux. 

Note du traducteur
Aimer un Toi marié à une autre que Moi, et refuser de poursuivre ce chemin où nos corps se mêlaient depuis tant d'années. Refuser, pour continuer à s'aimer soi-même.

22 octobre 2009

La facture du bourreau

Je vous ai dit "non". Pour que vous compreniez bien que je croyais plus à rien. Non, je ne suis pas prête à prendre un crédit pour cela, à affronter de nouvelles douleurs, de nouveaux risques. Non, je ne veux plus vivre dans l'angoisse d'une douleur étrange qui vrillerait mon sourire. Plus cette  peur de l'os rongé par des germes. 
Non, je ne suis plus capable de supporter le supplice d'il y a trois mois. Quand je suis arrivée chez vous, les yeux bouffis de larmes, la tête comme un nerf chauffé à blanc. Je ne veux plus devoir imaginer alors combien de temps j'aurai tenu avant d'avouer. Si vous aviez été bourreau.
Mais qu'étiez-vous d'autre alors ? Je m'accrochais, démente au souffle court, le visage inondé, laissant des râles s'échapper. Je gémissais sous les douleurs insupportables qu'il avait pourtant fallu supporter. C'était trop important. Trop... Il fallait le faire, même sans anesthésie.
Et quand j'ai saisi le dérivé morphinique, que j'ai avalé en tremblant, pitoyable bouche ensanglantée, j'ai su que jamais plus.
Depuis je cicatrise. Et je répète sans férir "non" à vos propositions. Non, il est trop tard, l'os friable se casse parfois. Pour rien. En respirant.
Et je supporte. Les plaies et ces prothèses rigides qui les blessent encore plus. Je supporte. Je supporte, car ces douleurs là, je les reconnais. Ce ne sont que des plaies.
Vous avez oublié, à trop me soigner, la compassion. Et je ne vous vois plus que comme mon bourreau.
Il m'aura fallu du temps pour le comprendre. Le temps d'un regard, aux urgences, avec ma joue tuméfiée et mes yeux aux pupilles dilatées de trop de comprimés. La compassion, comme la caresse du soleil. Malgré le temps qui lui était compté, elle avait pris la peine d'un geste sur ma joue, d'un sourire, d'une phrase pour m'absoudre de mes regrets. Ma décision était la bonne. Oui, il me fallait le faire. Elle l'avait dit, si doucement, avec tant de regrets pour son métier et tant de compassion pour mes douleurs.
Bientôt nous avons rendez-vous, vous qui attendez que je sois courageuse, comme d'habitude. Puisque je dis "non". Je ne changerai pas de bourreau, vous connaissez mes os, mes cicatrices comme personne. Je sais les nouvelles plaies, à venir les nouvelles douleurs. Je sais.
Je vous dois combien ?

21 octobre 2009

Un bonheur à l'envers

Je le sais bien, qu'il est radin. C'est mon chef, et il a ce travers - qui s'accentue - c'est vrai. Vous pestez de me voir amener  une poche de croissants chauds, qu'il dévore avec cette concupiscence étrange du double bonheur de la gourmandise et de la gratuité.
Mon chef a un oursin dans la poche. C'est rigolo et tellement étrange ! Je continuerai à sacrifier quelques euros,  pour embaumer parfois nos cafés de viennoiseries. Que voulez-vous, je sais combien il gagne, et combien sa femme gagne... Mon salaire est multiplié par quatre. Ou même par cinq.
Mais moi je n'ai pas mal de quelques euros dépensés en échange d'un café gourmand.  C'est lui qui connaît cette étrange jouissance de ne pas donner. De se sentir riche sans aucun soupçon de culpabilité.
Chef à moi vole les sachets de sucre dans les bistrots. Depuis que je n'achète plus son kilo de sucre il est fier de remplir ses poches de ces petits tubes laissés sur une table. J'ai un peu honte, alors, mais il rit quand les autres se moquent avec mépris de lui.
Mon chef a chaud de sa main enfouie loin de la monnaie au fond de sa poche.
Il a chaud de ne rien offrir.
Comme un bonheur à l'envers.

27 octobre 2009

Vestiaire

Ce matin je l'ai vu, qui se dandinait sans aucune décence dans le soleil levant. On ne voyait que lui.
Il s'est maquillé comme une folle ; son corps mince drapé de blanc cru, parsemé de quelques éclats dorés pour rajouter dans le clinquant. Mince et effilé, il a même un petit air efféminé. Tout en haut de sa tête, certainement pour fêter Halloween avant l'heure, il portait une perruque blonde flamboyante, qui ondoyait au moindre souffle. Quelle allure !
Lui qui incarne la sagesse a revêtu aujourd'hui une tenue de folle.
Mon bouleau a mis sa tenue d'automne.

23 octobre 2009

Qu'importe

Ne plus attendre, ni prétendre.
Ne plus avoir faim, soif, plus la peau resserrée sur la chair, au bord de la grève d'un lit trop grand.
Oublier les paillettes lumineuses au coin des iris dans un regard, les narines frémissantes de l'odeur unique et exquise, les caresses comme un nuage, comme un mistral.
Ne plus croire au noir de la nuit, au soleil de minuit qui éclaire mon sommeil trop profond pour être vrai, et maudire les étoiles en paillettes dans le seul reflet de mes yeux.
Qu'importe.

9 août 2009

Évidence

Elle scruta le rectangle, réfléchissant.
Guetta au coin des angles noircis la lumière qui lui permettrait de savoir.
Était-elle une évidence heureuse ?
Ses sens, son regard, la raison en forme de réflexion effacèrent le point d'interrogation ; je suis une évidence.
Oui, bien sûr, perçue, réfléchie, là, omniprésente, moléculaire, globulaire. Je suis. Donc je suis une évidence.
Mais (...) une évidence heureuse (...) , c'est quoi ? Hein ?
Dis, ça peut avoir ma gueule une évidence heureuse ?
Deux yeux et un plissé soleil tout autour ? Un rire griffonné de dents même pas à moi ?
Le rectangle ne répondit rien. Il réfléchissait en silence.
Crétin, maugréa-elle.
Crétin, crétine....

27 octobre 2015

Poser les personnages

Si je ne vous les décris pas, il est sûr que vous ne pourrez guère me suivre dans mes pérégrinations. De fonctionnaire, faute avouée est à moitié pardonnée, non ?
Les mots... ha ! ces petits mots volages qui oublient qu'ils sont là pour conter et s'envolent dans les pensées. C'est un peu ma spécialité et il semblerait qu'une décryptulette est parfois nécessaire.
Bref, il me faut poser les personnages, disais-je. Voici donc.

JE
Tout d'abord, [Ego, la ferme, s'il te plaît], Je. Je sera moi. Ce sera vraiment plus simple, non ? Et j'adore ce "je sera moi". Bled me pardonne par avance. Et je me passe de l'avis des correcteurs du Monde et de leur langue sauce piquante.
DENTS TRANCHANTES
Mon cheffe [si si, ils ont féminisé ce mot à la laideur exquise]. Comme je n'ai pas envie de me l'approprier totalement, je dirai "Mon" cheffe, même si "Ma" Cheffe eût été plus adapté.
BIG CHEF
Le troisième Luron sera Big Chef. Qui chapeaute tout le monde. Tonton aurait pu lui convenir, car, même s'il n'a guère l'aspect de Lino Ventura, il a accepté avec son nouveau poste d'endosser le veston de Tonton flingueur. En plus lent à observer les membres présumés à recadrer.

Et les autres. Ceux là seront décrits lorsque leur rôle sera mis en mots. 

LE DÉCOR
Une dizaine de bureaux. Une administration. Une grosse enquête annuelle et obligatoire pour les communes de la région.

PS
Oui, ne râlez pas, vous avez bien affaire à une bande de fonctionnaires. Indéboulonnables. Et compressés au maximum du possible : ici, les heures sup ne sont pas payées et cette foutue volonté d'assurer un service public au mieux permet à l'Etat de s'offrir des dizaines d'heures de travail non rémunéré toutes les semaines.
Re PS : si j'ai décidé de mettre en mots ces personnages dans ce décor c'est aussi pour m'aider à moins travailler.

24 février 2010

Amants cacahuètes

Parfois, il se croit Hercule portant ma vie en équilibre. Parfois, il oublie que si je l'aime depuis tant d'années, c'est que c'est un choix que j'ai fait.
Mais il le sait pourtant...

J'ai grignoté tant d'heures aussi fugaces et éphémères que des cacahuètes. Avec les hommes de passage. Plaisirs camouflés en petites graines craquantes et écœurantes jusqu'à la nausée. Toujours ce même goût, ce même relent.
J'ai choisi le régime sec et me satisfais d'un leurre.
Il est mon amour allégé, celui qui camoufle sous une apparence 100 % light plein d'additifs toxiques.
Lui, mon homme, dont je me nourris - anorexique à l'appétit frugal - de quelques regards, de quelques instants même pas volés.
Je m'en balance. Je ne vois plus ses fesses fermes qui enroulent en souplesse la route devant moi.
Nos vies toujours en parallèles, mais l'espace où les droites se rejoignent.

7 octobre 2009

Sans un geste

C'est la première fois que je mangeais avec elle. Deux travailleurs lors de leur pause méridienne.
Elle qui file sur son vélo, délaissant les dossiers d'accueil de SDF. Elle, confrontée au pire de notre société.
Je regarde ma fille, cette inconnue si familière, et une vague de tendresse fière m'envahit devant cette jeune femme éblouissante.
Depuis qu'elle a trouvé sa voie, elle avance à pas de géant. Son mémoire ? Il n'y a pas que le jury à l'avoir trouvé remarquable. En le corrigeant je reconnaissais son parcours : philo, sciences de l'éducation, bénévolat, engagement politique, tout y était en filigrane. Elle n'a connu de pause que le temps d'un week-end,  le CCASS l'ayant engagée dès la remise de son diplôme. Elle dit avoir de la chance, et eux pensent de même.

Je crois qu'elle a tant appris à écouter, à se détacher des émotions primaires, que je me suis sentie apaisée devant cet enfant qui n'en n'est plus un.
J'hésitais à franchir ma honte, à lancer ma bouteille d'encre à la mer, moi qui suis sa mère.
J'avais honte. Honte d'avoir été si fière de l'avoir présenté à eux tous, la fratrie réunie. Honte d'avoir cru que...
Maman, ne regrette rien, tu as le droit d'avoir besoin que l'autre te parle. Un couple, ça ne se construit pas que lors de week-end, ça se parle, ça se projette. Ne regrette pas.
Dans ses yeux il n'y avait aucun jugement. Dans sa voix juste le reflet de son propre couple, avec leurs mots tout autour.

Aujourd'hui, ma fille, tu m'as pris dans tes bras pour bercer mon chagrin. Sans un geste.

8 août 2009

Moi moi moi

Tu ne peux pas le savoir, mais je suis un monstre d'égoïsme en réalité.
Pendant ton appel, je n'ai pas pensé à toi. Oh non ! Ni à cette balade en Espagne que nous devions faire ensemble. Après tout si c'est pour avoir des averses sous les roues de nos motos, pas la peine d'aller si loin.
Et puis, j'entendais derrière ton accent argentin si gai que tu devais être drôlement soucieux. Après que ta medecine- woman t'ai présenté ton nouveau compagnon.

Alors j'ai bien tout camouflé de ma réalité. J'ai plaisanté. Juste un peu. Oui, tu as raison, moi aussi je me terre dans les silences pour gérer les soucis de ma vie. A ta place, moi aussi j'aurais dit que je ne voulais pas de visite. Et surtout pas la tienne.
Tu ne veux pas de ma visite. Coup de sécateur. Un peu émoussé, chantant comme ta voix. Ploc. Par terre.

Non, ici, je peux bien l'écrire, j'ai pensé à moi.
MOI, moi moi.
Toujours ce foutu Ego démesuré qui enflait de frustration. Moi moi moi. Que je n'irai avec toi nulle part ailleurs qu'aux frontières des routes sinueuses de nos départements, sur nos motos rigolotes. Je ne partagerai nos cafés matinaux qu'aux terrasses des bistrots.
Oui, je t'appelle ce soir pour savoir l'heure de la balade, demain. Quand je rentre, je n'oublie pas, même si c'est à minuit.
C'est vrai, tu dors mal depuis quelques temps, tu me l'as dit.
D'accord, demain nous irons nous balader. Et tu demanderas à des copains de venir. Comme ça, on rigolera, c'est vrai.  C'est bien mieux que seulement à deux. On ne parlera de rien. Ou de tout. Tous ensemble.

Dis, je peux l'écrire ici en cachette, pas vrai ?

Pour toi, je délaissais cette bure que j'ai choisi de vêtir il y a quelques mois.  Plus d'hommes, plus d'amants, plus de sentiments, plus de ces caresses qui ne sont que des gestes. Plus rien. Et je vis très bien ainsi. Dans une solitude profonde mais tellement apaisée.
Pour toi, je sentais sous ma peau palpiter un animal familier.
Demain nous devions manger ensemble, et je voulais te montrer le cintre où flotte une robe rêche et informe. Demain.
Nous irons en groupe, comme d'habitude. Et ce sera une super journée. Comme d'habitude.
Je ne te le dirai pas, tu as autre chose à penser qu'à poser ta main ma nuque.
J'ai les yeux plein de flotte maintenant. Et c'est sur moi que je pleure ! Ma bulle d'espoir ira crever de vide au fond d'un verre à la mousse amère.
As-tu déjà vu plus belle preuve d'égoïsme ?
Ton foutu cancer, j'aurais aimé qu'il ne te soit présenté que dans 10 jours. Et je t'aurais aimé quelques jours entiers.
D'abord, je n'aime pas tout ce qui vient de la mer.
Nous nous ressemblons un peu, c'est tellement vrai.  Et tu vas tout gérer tout seul comme un grand. Je te fais confiance.

17 avril 2009

Projet

PROJET, subst. masc.
 Ce qu'on a l'intention de faire et estimation des moyens nécessaires à la réalisation.

PHILOS. [Pour les existentialistes]  Ce vers quoi l'homme tend et qui constitue son être véritable. L'homme est fondamentalement désir d'être et l'existence de ce désir ne doit pas être établie par une induction empirique; elle ressort d'une description a priori de l'être du pour-soi, puisque le désir est manque et que le pour-soi est l'être qui est à soi-même son propre manque d'être. Le projet originel qui s'exprime dans chacune de nos tendances empiriquement observables est donc le projet d'être.
SARTRE, Être et Néant, 1943, p.652.

S'il vous plaît... dessine moi un projet !
Mais il était sourd. Ou aveugle ? Peut-être avait-il perdu ce regard étrange qu'ont les enfants qui s'émerveillent de le graine infime et puissante à vivre ?
Ou encore y a -t-il si peu de mystère que l'on peut sans crainte désobéir à mon ordre si poli ? Je n'ai pas demandé de corde avec mon projet à dessiner, parce que c'est tout petit, si petit, dans mes rêveries, que rien ne pourrait s'y égarer.
Droit devant soi on ne peut aller bien loin...

Quand on veut un projet c'est la preuve qu'on existe, non ?
J'existe donc ?
Je suis.
Être, 1ère personne du singulier, temps présent. Mode affirmatif dubitatif.
Je suis.
Sans projet.
J'en ai oublié l'essence si essentielle, la forme, le goût, l'odeur.
Le cœur qui s'emballe pour un projet à deux balles.
La vie qui en rit.
La nuit qui ...
Je deviens cet être un peu ridicule qui allume et éteint son réverbère pour s'occuper d'autre chose que de soi seul.
Peut-être que ma planète être, astéroïde 1957 est trop petite pour deux ?

31 décembre 2009

A l'eau

J'avais écouté ton message sur mon répondeur. Avais attendu, pour le faire, le plus longtemps possible. La musique qui t'est attribuée m'aide à savoir quand ne pas décrocher mon téléphone. Le petit, celui qui vibre au fond de mon sac, comme l'annonce ma voix qui n'a pas répondu. Il me faut avoir assez de forces pour le faire. Les réveillons, c'est encore trop dur pour moi.
J'ai reçu ta lettre aujourd'hui. Précieuse, avec cette carte choisie pour moi, comme son timbre.
Qui d'autre que Toi, pour m'écrire de ma ville ?
Je dictais mon numéro à un ami, et il le composait sur son clavier. A la première sonnerie j'ai décroché. Sans regarder le numéro.
Et ce souffle, ce soupir. Cet "allo" hésitant. Toujours hésitant. C'était Toi.
Je me suis cassé la gueule de ce pont sur lequel je défie mon océan familier de solitude. Ma voix s'est éraillée, comme toujours. Non non, tout allait bien. Tout. Et déjà tu regrettais d'avoir téléphoné chez moi. Tu t'étais promis qu'il ne fallait pas. Mais je suis une amie, n'est-ce pas ? Une simple amie, maintenant.
Tu avais peur de mon silence qui perdurait. Une semaine, cela est-il vraiment si long ? Tu as craint un accident de moto. Qu'aurais-tu fait, petit scarabée ? Expliqué à ta femme qu'une de tes amies proches avait besoin de ta visite ? Aurais cherché le numéro de l'hôpital ?
Que ta dernière nuit de cette année te sois belle. Comme toujours. Avec tes proches, tes amis. Ces gens que je ne connais pas.
Mes yeux ont perdu leur entrelacs salés.
Ma bouche s'est regonflée de sourires. Sculptés d'habitudes, impeccables, sans même que je n'ai besoin de les regarder.
Je vais partir les rejoindre. Eux, ces gens que tu ne connais pas.

Tu es content, tu as pu me souhaiter de passer de belles fêtes.

1 juillet 2007

Les cubes...

... ne sortent pas qu'à l'apéritif...

Ces cubes là sentent l'essence et l'huile qui surchauffe dans les routes trop pentues. On les croise parfois à l'heure de l'apéritif, mais tranquillement assis autour d'un bon verre, ayant squatté la table d'à côté comme vestiaire.
Quand j'ai créé ce groupe de possesseurs de 125cm3 je pensais trouver juste un ou deux comparses prêts à se promener en ma compagnie. Et j'ai compris que nous étions nombreux à aimer pétarader dans les alentours proches de Toulouse [ là où l'on trouve des gorges rocailleuses, des montagnes, des lacs et tout plein de forêts ,et que notre région est superbe, qu'on se le dise ! ]
Un G'ros cube me demanda gentiment-poliment [ ma 1100 est en rodage] l'autorisation de nous accompagner lors de notre balade bucolique. Esquissant un sourire, j'acquiesçais ; après tout, un embrayage en surchauffe, du moment qu'il n'est pas sous ma selle à moi.... Puis un autre introduisit le bout de son carénage de puissante, tout aussi humblement [elle est vieille, très vieille, elle n'aime pas aller vite ]. Cela devenait amusant ! Dans le groupe des cubes, le grincheux de la bande fut remisé en compagnie des araignées, et tout le monde apprécia de doubler tour à tour ces monstres roulant en seconde et relayés au rang de moto-balai. J'ai compris pourquoi nous avons été phagocytés par ces grosses cylindrées...Nous, nous faisons de vraies balades... Avec tout plein de pauses dès que le coin nous plaît. Tout plein ! Et nos pique-nique suivent nos envies.. Pas de road-book à suivre minutieusement... de toute façon je me perds partout et chacun a pris l'habitude de mes gestes contrits indiquant qu'une demi-tour était à prévoir....
J'adore le groupe des P. cubes... surtout quand un débutant nous rejoint pour sa première virée, les tripes tordues de trouille ! L'histoire du Ptit poussin blond est exemplaire....
Elle arriva, sur sa petite monture toute neuve, accompagnée de son mari-poule... qui chevauchait sa routière nerveuse et très puissante. Il voulait quand même voir à qui il allait confier son poussin adoré maman de leurs trois enfants [ on ne plaisante pas, hein !]. Rassuré par mon côté vétérante il rentra chez lui après les derniers conseils d'usage [le quinconce, toujours en quinconce, et pas de panique j'arrive en cas de problème, tu as des bonbons dans ta poche, et ton téléphone chargé...]. Nous voilà partis, encadrant de notre vigilance les mèches bondes qui sortaient du casque.
Ce fut à l'heure du pique-nique que nous avons compris ce qu'était un mari-poule.
Quand Ptit poussin blond nous avoua, éclatante de bonheur de la balade, mais les joues toutes rouges, qu'elle avait les bras trempés. Trempés? D'accord il faisait bon, le soleil brillait, d'ailleurs une baignade était prévue, mais quand même ! Alors, nous avons pris son beau blouson neuf. Et nous nous sommes écroulés de rire...  Mari-poule avait soigneusement attaché la doublure-hiver, et pourvu le cou de son adorée d'une cagoule en polaire doublée Gore-Tex, au cas où une abeille et un vent coulis aurait eu l'idée saugrenue de passer par là... Puis nous avons réalisé que nous encadrions une bombe ambulante quand elle a sorti de son sac une bouteille remplie d'essence... Au cas où... pensez-donc... nous aurions pu lâchement abandonner Ptit poussin blond au bord de la route, moteur à sec !
Le soir, je l'ai raccompagnée jusqu'à son poulailler, la jolie motarde heureuse, et croyez-moi que mari-poule était à la grille, le regard fixé sur la route, fier et soulagé de voir son Ptit poussin blond rentrer intact !
A la prochaine sortie, elle revient, mais a promis de ne plus se transformer en bombe....

22 juin 2007

Pavés de verre

J'ai fouillé sous la vase, là où les transparences ont perdu leurs lumières. Là où les lamelles translucides et cassantes ont soudé leur fragilité en un bloc de verre épais et sombre.

Au fond du gouffre, je ne suis plus en déséquilibre. Je ne perds plus pied dans les sables mouvants trompeurs : ils ont flambé au bûcher des hypocrisies. Et leurs cristaux tranchants se sont dépolis en éclats lisses où ma force s'érige.
Je ne vous entends plus par le prisme déformé de mes sentiments au parfum sulfureux de sainteté laïque. J'ai revêtu la robe de bure rêche de mes vérités camouflées. Sous mes dessous soyeux, mon âme, en pavés de verre épais. Mon coeur froid et lisse, silice où glissent vos larmes et vos voluptés.
Oyez, oyez ma rage de m'entendre m'assourdir de me mentir, à vous-même, à moi-même.
J'ai entendu l'écho de mes hypocrisies, le mépris assourdissant de mes amours décomposées en tromperies. Entendu, jusqu'à perforer la dentelle mitée de mes amours défuntes, de mes amours lumens, de mes plaisirs peaufinés. De vos désirs acides enrobés de miel. Vos mots ont un parfum de soufre.
Les évangiles selon ma vérité se tracent en rayures grinçantes, en vapeurs assassines.
Et l'eau bénite de ma force vive vous brûlera la bonne conscience.

14 juin 2007

Non, vraiment

Il ne faut pas vous inquiéter.
Regardez, là, au-dessus de vos pensées pour moi.
Je suis un ciel. Un ciel, comme d'autres sont Océan. Gris d'orage, ou dénudé de tout nuage, un ciel mouvant, qui s'éclaire parfois à la nuit ou qui se drape derrière une cape de brume cotonneuse. Menaçant et tonnant sa rage, épais ou volatile. Mais je suis toujours là. La même, sous tant d'aspects, tant de peaux, tant de mots. Un ciel qui n'a pas encore pris sa couleur d'été, ses parfums légers.
C'est juste que j'ai perdu le goût de gonfler les voiles de bateaux ivres, le goût de souffler comme l'autan, de jouer au vent malin, au vent fripon. Je n'ai plus de vents, et les courants sont descendants, je vous le concède. Mais cela reviendra. Comme une brise qui se lève alors que l'air est si lourd qu'il habille la peau de chaleur moite. Vous verrez un petit mot frais soulever les voiles des phrases gaies, vous entendrez les feuilles tendres jouer une berceuse frivole, vous sentirez le parfum vert du figuier qui se jouera dans les rimes folles..
Je connais déjà un lutin qui écrit des mots d'arc en ciel, et je sais l'histoire des couleurs qui finissent par se fondre en lumière. Alors ne vous inquiétez pas, mon ciel d'orage menaçant laissera toute la pluie tomber en déluge, un soir, bientôt. Il est un peu lourd à porter, ce plafond de nuages, mais il partira loin de moi, et je redresserai ma nuque et sourirai.

26 avril 2007

Blog égaré

Moi, ça me plaît
l'imposture des écrits
et le masque sur la vie publique,
la nique aux bien-pensants
et le jeu des éphémères qui se brûlent les ailes.

 

Moi, j'en veux
de la liberté des mots décomposés, pour rien, pour rien d'autre que d'avoir joui de les avoir frappés sur le clavier, pour rien d'autre que leur sans-gêne à venir me fagociter, parce qu'ils m'emmerdent, parfois, mes mots.

 

Moi, moi, moi.
égotiste, égoïste, égocentrique, hystérique.
Ici, je suis chez un chez-moi où personne ne vit.
Même pas moi, c'est tout dire.
J'y suis en transit.
Un moment d'égarement certainement.

15 octobre 2009

A bicyclette

Les yeux parés de givre et le nez humide, mitaines qui enlacent les doigts, bonnet doux aux oreilles, et les glands secs qui crépitent sous les roues du vélo, le temps d'un matin comme dans une forêt noire.
Tout autour, le ciel de drap marine troué de brandons brûlants, les lampadaires dépliés dans un halo mousseux, heures froides et blanches et noires, où le temps s'emmitoufle.
Repliée autour de la chaleur de ma peau, à l'affût de la morsure d'un vent coulis qui brûlerait mes bras de frissons glacés, tout devient alors comme quand vient la nuit, quand la main tâte le drap un peu trop froid, que le corps se roule en boule,  bouillotte de chair nue.
Là-bas tout au loin, très loin, le rose et le violet, encore tout délavés, dessinent la naissance de l'astre.

13 octobre 2009

Pêcheuresse au hameçon vide

Au bord de l'eau, éclaboussures de gouttes, plein les yeux, attendre, gonfler d'étranges bruits la gorge où remonte le cœur enflé de vide. Au bord de la rivière, torrent, éclats d'écumes, mousse sploutch sous les doigts, et ce froid un peu visqueux qui granule la peau.
J'attendais, pêcheur de rien, avide de mots vif-argent. Patiente pécheresse au corps écartelé entre cœur et peau. Sang et soie, frissons chauds, l'eau comme une mare où fermentent en bulles putrides mes questions sans écho.

(...) Voilà, j'ai eu envie de partager ma joie avec toi, sans des questions sur la misère humaine.
La bouteille de Champagne est toujours au frigo... alors si tu le  veux ? (...
)

La misère humaine,  celle qui s'accroche à moi, à mes envies d'aimer.
Misère humaine où les mots  qui se planquent m'écorchent,  petit ver vif qui se tortille à en crever au bout de son hameçon de questions.
Douce douleur de n'être que celle avec laquelle on boit du Champagne.
Si je veux ?
Me donner et recevoir de la joie en partage ?
Me donner et jouir ?
Me donner et me perdre ?


6 octobre 2009

20 cm

Intestins grêle : j'avais peur que la couture ait été mal recousue, mais non !
Rectum ; confirmé ! Toute moulée, la crotte est passée.
Il : ce n'est peut-être pas la peine de le crier sur les toits...
Estomac ; ben si, parce que moi je n'en peux plus de la diète forcée depuis 4 jours. "Il faut attendre le reprise du transit" qu'ils disaient...
Il : comme je te comprends, Estomac, moi aussi je n'en peux plus de la diète. J'ai faim !
Cerveau : pas d'affolement, vous avez du sérum glucosé qui suffit tout à fait au bon fonctionnement des organes. La faim ,c'est psy-cho-lo-gique.
Il : je pense que le glucose a affaibli tes neurones, Cerveau, tu dis n'importe quoi : j'ai faim. Le sucre ça ne nourrit pas son homme. Je veux un cassoulet.
Neurones : c'est vrai qu'on se sent un peu faibles nous aussi, chef....
Cerveau : je ne vous ai rien demandé, vous, hop, au boulot !
Intestins grêle : un cassoulet ? Mon dieu-mon dieu-mon dieu... je me sens mal, soudainement. Dire que je me remets à peine de mon amputation.
Cerveau : ne sois pas inquiet, avant qu'on lui autorise autre chose que de la compote tu seras parfaitement cicatrisé ! Tu sais bien que le morceau qu'ils ont enlevé était en piteux état. C'est un mal nécessaire.
Intestins grêle : je n'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir... Vous savez qu'ils l'ont emmené se faire dépiauter cm par cm en laboratoire ?
Ganglions ; nous aussi, hop, il en a profité pour enlever ceux qui étaient enflammés. C'est drôle de voir partir un bout de nous.
Intestins ; vous vous souvenez, quand il nous a mis en pleine lumière ? C'était bizarre ! Je ne sais pas comment les humains font pour supporter tout ce froid et ces couleurs aveuglantes.
Cerveau : c'est normal, ils cherchaient un crabe planqué au milieu.
Intestins grêle : un crabe ? Mais Il n'en mange pas !
Cerveau : pffff... j'oublie toujours le manque de culture courante des organes... C'est l'autre nom du cancer, le crabe.
Il : bon, ça va, pas la peine de crier sur tous les toits ce mot là. J'ai déjà le trouillomètre à zéro.
Intestins grêle : je suis sûr que non, je vous assure que c'était juste 20 cm d'abîmé, pas plus. Il m'en reste encore plus de 5 mètres, vous savez !
Il : bon, plus qu'à attendre le chirurgien. Je refuse que l'on vide mon bassin. Elle est là, la preuve. Je veux manger un vrai quelque chose ce soir. Pas un bouillon avec 4 yeux qui flottent dessus. Cerveau, j'ai la trouille. Mais j'ai faim.
Et je ne veux pas de crabe au menu.

4 octobre 2009

Quatre petits bonheurs

La salle est tellement vide que le silence s'y sent mal à l'aise. Le bruit des pop-corn écrasés sous les semelles des spectateurs a perdu son écho.
Game over, c'est vraiment la fin.
Il me faut garder le meilleur, puisqu'il paraît que c'est un excellent moyen pour oublier l'imparfait. Lister les moments gracieux qui maquillent les souvenirs de couleurs apaisées.
Lister, en s'appliquant.
j'ai eu 15 ans, le temps d'un rencard pour aller au cinéma. Un vrai rencart, comme avant.
j'ai écouté des chansons ringardes avec nostalgie.
j'ai connu l'ivresse de me sentir toute petite au creux des bras d'un géant.

 

Et puis c'est tout ?
Après tout, oui. C'est quand même sacrément restrictif de tenter la liste.
Mais je garde un vrai bonheur, le goût retrouvé des mots. Lui qui n'en voulait pas, s'ils étaient de nous, je n'ai trouvé que cette façon de lui parler sans le déranger. Écrire ici.
Game over pour nous... joie des mots retrouvés.
Merci, ma muse.

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