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Eau vive
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25 août 2007

Grignotage

Son colocataire lui posait des problèmes maintenant. Ils cohabitaient tant bien que mal depuis des années, mais les règles avaient subrepticement changé sans qu'elle ne lui donne son accord.
À l'origine, elle avait pensé que son territoire n'avait nul besoin d'être partagé, puis elle avait fait contre mauvaise fortune bonne grâce. De toute façon il était arrivé sur la pointe des pieds, et elle n'avait pas bien réalisé, au début, qu'il n'avait pas la moindre intention de la laisser toute seule. Malgré les promesses. Oh, elle s'en souvenait très bien des discours rassurants !
- Dans un an on n'en parle plus, je serai parti ! Et puis je me ferai tout petit, je nettoierai tout.
Il avait même engagé une société de services qui s'occupait de laisser ses lieux en bon état. D'accord, parfois elle trouvait que le nettoyage était drastique. Pensez donc, impossible pour elle de remettre la main sur certains petits objets qu'elle laissait souvent traîner. Les barrettes et les chouchous pour ses cheveux, par exemple. Disparus ! Mais elle lui faisait confiance, globalement. D'ailleurs certaines choses avaient été positives. Fini de ne manger que des cochonneries. Elle était passée au quasi biologique en douceur. Quand elle sortait au restaurant ou chez des amis, elle dévorait ! Presque en cachette ! Un comble....Et puis il avait un tel tempérament qu'elle avait appris avec lui à voir tous les meilleurs côtés de la vie, pas les bobos du quotidien. C'était quand même sacrément positif, malgré tout !
Et elle continuait à cohabiter avec lui sans trop ronchonner.
Depuis six mois les choses s'étaient pourtant dégradées. Son colocataire laissait des traces de plus en plus déplaisantes. Ses cheveux dans le lavabo, ou même des souillures, ce qu'elle détestait profondément. Il s'était installé et maintenant elle se sentait envahie. Elle regardait son espace vital qui s'amenuisait, n'avait trouvé pour l'instant comme seule solution que de partir de plus en souvent hors de chez elle. Elle était devenue l'incontournable de toutes les fêtes possibles ! Barcelone, Paris, Londres, elle en profitait pour rire de tout son saôul, comme une gamine qui sort en cachette !
Mais il lui fallait bien revenir.

crabe

Pour elle,  qui m'a dit, en partant de chez moi ;
- N'efface pas toutes les photos, pour garder un souvenir.
Elle, dont le territoire de vie s'amenuise. Et son rire n'y peut plus rien.
Elle doit vivre avec ce colocataire envahissant, ce cancer qui grignote tout.

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12 juin 2007

Est-ce bien raisonnable ?

Mardi midi ; rendez-vous avec les cop' copines autour d'un kébab. Sauce blanche et beaucoup d'oignons pour moi s'il vous plaît. Oui, un demi avec, merci. 
Mercredi soir ; l'ami de passage a prévu de faire monter de quoi grignoter dans la chambre du joli hôtel qu'il a réservé (merci Monsieur ou Madame Internet) ... Hummmmm...Donc, mardi soir ; tournée de revue complète des poils anarchiques, gommage, masque. Et séance de grille-pain pour fesses blêmes. Que du bonheur en tranches.
Jeudi midi ; repas de service. Ciel, on y attend mon gâteau de légumes ! A prévoir mercredi soir, avant. Pfff, ça va être juste juste au niveau du timing, ça....
Jeudi soir ;  "chaussures pointues et tenue éblouissante" a-t-elle rajouté. Je dois donc m'atteler à la tâche pour l'accompagner au Crowne Plazza, munie d'une invitation huppée. Soirée marathon de mots, version ticket chic, petits fours et discours.
Vendredi  journée au bord du canal. Qui a dit que ça se voyait que j'avais un conflit avec ma direction ? Parce que je prends des congés en pointillés ? Comment ça on a rendez-vous avant pour le petit-déjeuner ? Mais moi je ne prends jamais (...) D'accord, à 9 heures, avec du pain frais. Vendredi soir ; pique-nique "tenue rouge exigée" (certains ont de ces idées....) en bord de Garonne. Penser à acheter des chips (double ration).
Samedi midi ; second pique-nique. Tiens, c'est rigolo, c'est de l'autre côté de la Garonne cette fois. Et non, je ne veux pas que ça se prolonge jusqu'à pas d'heure, parce que (...)
Dimanche ; sortie "p'tit cube pas que pour l'apéritif". Avec ma 125 je vais aller par les routes vertes, arrêt guinguette ou sandwich. Départ à 10 heures.

Et que l'on ne me parle plus de manger !
Et surtout pas du pain avec des trucs dedans.
sandwich
Ni de "il faut que tu sortes"...

8 juin 2007

Lettre au banni

Mes mots... certains qui m'aiment d'amitié, certains savent lire et m'aimer.
Aujourd'hui, tu as voulu me prouver que mes barreaux tout neufs, et que je croyais si solides, étaient transparents pour toi.
"Je t'ai promis que je ne te lirai pas ... Oviv".
Le ciel était si bleu pourtant.
De l'eau, des barreaux en gouttelettes. J'étais stupide, n'est ce pas ?
Non, ton regard n'a pas dépouillé mes notes, Canalblog t'a juste tendu la perche pour m'atteindre, ici. Google aime à en  faire autant. Google_cr_tin
Ces "guingois", ces "exsangues", cette couleur "grège" que j'affectionne sont bien trop faciles pour qui veut suivre mes empreintes.
Mes mots ne sont rien, c'est moi qui vis. Moi.
C'est moi qui pleure, c'est moi qui suis là, vivante. Moi qui ai le droit d'être aimée pour ce que je suis. 
Dis, pourquoi m'as-tu cherchée ?
Dis, pourquoi m'as tu trouvée ?
Pourquoi, pourquoi me l'avoir dit ?
Je sais, oui, je sais bien que tu ne m'as pas lue, juste ces trois premières phrases qui t'ont prouvé que c'était bien moi.
Dans six semaines, enfin, nous serons séparés. Six semaines. Ta mutation. Tu as promis. Le silence. Total. Ni mail, ni téléphone. Tu as promis, juré.
Ni plus jamais ton regard sur mes mots. C'était ta promesse d'avant. D'avant que tu me nommes Oviv. Maintenant je ne sais plus si tu sauras respecter ce silence que je te supplie de m'offrir. Tu as regretté cet aveu. Mais il est trop tard. Pourquoi t' acharnes-tu à me blesser en ce lieu où je me croyais loin de toi ? Où je peux pleurer tout mon saoul et dire ma douleur de t'avoir aimé ? Ici je peux montrer mes faiblesses, mes souffrances, ma déchirure. Tu n'as pas le droit de lire ma douleur, tu n'as pas le droit.
Pourquoi me blesser ? pourquoi ? Que sont les mots d'amour si ton regard me fait si mal ?

3 juin 2007

14 °, comme un bon vin, mais plus frais.

Oeil_Doux   Là. Vous voyez, tout en bas, l'eau ? Au fond du gouffre de l'Oeil Doux, dans le massif de la Clape ? Et bien je m'y suis immergée ("Mettre entièrement dans l'eau ou dans quelqu'autre liquide", même le TLF va dans mon sens, et ne parlons d'Archimède). Si si. Immergée. Pas baignée quand même ("tremper et maintenir dans de l'eau ou tout autre liquide un corps"), je ne suis pas fada, moi. Dans un lac où l'eau est à 14°. Des pieds à la tête. Je vous assure, et ça a duré presque trente secondes. Remarquez, quand un public de copains est là, on hésite un quart d'heure, et on finit par oser. On appelle ça "se jeter à l'eau". Même si on ne s'y jette pas pour éviter que quelqu'un de tout habillé vienne récupérer un corps congelé mort d'hydrocution.
Je vous raconte tout depuis le début, pour que vous suiviez bien chaque moment de cet instant historique. Nous étions environ 8. (Je dis "environ" pace que, au retour on avait dit "on se retrouve au péage de Toulouse". Et qu'il y a un Toulouse Nord et un Toulouse Sud. Une fourche, quoi. On s'est fait de grands signes, mais on n'a pas osé traverser les 8 voies rapides pour la dernière bise entre le Nord et le Sud. Pas de quoi en faire une guerre de sécession.. Alors il en manquait peut-être un.)
Bref, nous avions décidé de faire une petite ballade, après avoir pique-niqué sur une digue de rochers en équilibre (les rochers, en équilibre. Remarquez, vous n'avez pas tort, nous aussi).
A Saint Pierre les Mers, ou la Mer, je ne sais plus bien, mais là où a été tourné le mythique 37,2°. Excellente épreuve éliminatoire, ce pique-nique. Manger et faire circuler les bouteilles sans rien faire tomber dans les gros trous entre nous. Bon, on a un peu grillé notre couenne, parce qu'il y avait un soleil sublime mais je vous assure qu'il n'y avait personne pour nous déranger là où on était. Et après, on a décidé de faire une randonnée. C'était même prévu de longue date, pour penser aux chaussures de montage. Oui, on a été super organisés. (Sauf pour le vinaigre pour les salades, mais c'est aussi très bon à l'huile.)
Bref, repus et bien hydratés (sauf des épaules qui avaient pris un coup de chaud) nous sommes partis dans les sentiers parfumés de la garrigue audoise. (remarquez la poésie. On peut titrer 14° et être poétique). Et tout d'un coup, un panneau pour vous dire que si vous allez tout droit, vous tombez à pic. Pour les fanas des plongeons extrêmes, il vaut mieux prendre son élan, pour éviter la falaise. Vous aurez été prévenus. Voilà, on était arrivés en haut du gouffre. Alors on est descendus.
Arrivés en bas, Elle a décidé que, "quand même, on n'était pas des gnan-gnan". Et elle a enfilé son maillot de bain. Les autres sont restés dubitatifs, admiratifs, sceptiques. Et n'en avaient absolument rien à faire d'être ou pas des gnan-gnan, eux. Elle m'a regardé, de son oeil vert de fille du Nord qui en vu d'autre. Même de ses deux yeux verts, c'était impressionnant. Mais moi je suis du Sud, du Sud-Sud, même. J'ai bien tenté d'expliquer que mon maillot était resté dans le coffre de la voiture... rien à faire. Oui, j'avais bien quelque chose sous mon jean. Et c'est là que j'ai pris la décision d'aller m'acheter des culottes Petit-bateau en coton épais. Pour ce genre de w-end. Parce que je portais un shorty. En tulle noir. Vous connaissez le tulle ? Oui ? Bon, vous avez donc tout compris. (La tenue idéale devant tous ces crétins de randonneurs du dimanche qui prenaient des photos du haut du gouffre, avec leur téléobjectifs....j'y ai pensé APRÈS).  Le seul avantage de la matière c'est qu'elle a séché même sous mon pantalon. J'avais quand même gardé le débardeur pour la baignade. Un reste de pudeur. Mal placée. Surtout en sortant de l'eau, quand chaque centimètre de peau est au garde à vous de peur de replonger dans l'eau réfrigérée. Oui, chaque centimètre, y compris les embryons de seins qui sont sortis de leur sieste. Voilà comment on arrive à se faire flasher en tenue 37,2 au sortir de 14°. Et bien vous savez quoi ?
Béatrice Dalle, elle est drôlement sexy, elle. 37_2 Mais si ça se trouve elle est gnan-gnan.
Photo du gouffre F. Legende

11 septembre 2010

Mourir, mais à quel étage ?

Détour par ma librairie. Une pas vraiment "intime -rassurante-compétente", mais assez connue du milieu toulousain.
Non, pas la Fn@c quand même !
Rayon psychanalyse ?
Non.
Bon, sociologie ?
(...)
Philosophie ?
(...)
Littérature?
(...)
Décidément c'est étrange !
- Pouvez-vous m'indiquer où vous avez classé Marie de Hennezel je vous prie ?
Rayon "Santé" ? Tout en bas ?
A mourir de rire....

mort_intime

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27 octobre 2015

Du miel et du sel

Les rôles de la pièces sont décrits ici 

Tout a commencé par une tomate. Et un concombre. Dents tranchantes avait tenté d'appâter la végétarienne que je suis.
Non, j'exagère. Il y avait eu -juste avant le panier du jardinier- une goutte de miel.

- Fais moi confiance, je sais récompenser ceux qui travaillent plus que les autres.
- (...)
- En leur donnant des mois. [ à l'usage des néophytes non fonctionnaires, le mois est gagné sur un avancement d'échelon, qui débutera donc 1 mois plus tôt. A rapporter à la durée moyenne d'échelon. 48 mois. A rapporter également à une carrière d'environ 40 ans... Bon, souriez, et reprenez la lecture ]
- Ah ! Tu  crois vraiment que quelqu'un travaille davantage pour ça ? Pour gagner un bon point symbolique ? Comme à l'école ?

Dents tranchantes comprit alors que ce n'était pas gagné avec moi. La servilité n'est pas très exactement mon fort.

Et elle a donc tenté la tomate et le concombre.
- Ils étaient très bons, merci. Mais j'ai également un petit potager, tu sais...

Dents tranchantes est assez intelligente pour comprendre que je ne serai pas sa collaboratrice dévouée et soumise.

Je n'occupais pas cette fonction avant son arrivée et ne l'occuperai pas après.
La guerre froide a donc commencé.
Le fiel a désormais remplacé le miel et le sel.

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8 janvier 2009

Supputation

Je ne sais pas, en fin de compte. Peut-être m'as tu simplement crue "irritée", "contrariée", "fâchée" même ? je crois que tu aimes bien le mot, il te fait rire. Une fâcherie au coin du téléphone. Cela vaut bien les causeries, non ? Mais peut-être, quand même, as-tu été jusqu'à supputer un bref instant que je pouvais être "touchée" dans mon amour-propre ? Non, je suppute à tort. Tu n'écoutais que ma voix, en riant, et aucun de mes mots n'a réussi à atteindre ton cerveau de clown égoïste. Sinon peut-être te serais-tu soucié de moi. Au lieu de rire de ma voix "docte".
Mon amour-propre... (...)
Amour propre... attends, laisser un sourire se dessiner avec fierté sur mon visage. Attends encore un peu, je crois bien que je ris ! (...)
Non,  il valait bien mieux que tu ne devines rien.
Je suis en colère, mon ami. Ni irritée, contrariée, fâchée ou blessée . Non. Juste en colère. De cette colère froide qui peut parfois me prendre dans ses doigts gelés et me glacer jusqu'au moindre soupir.
En colère. Cette bure rêche qui blesse les peaux trop douces de ceux qui n'écoutent qu'eux. Ne t'approche pas de moi. Tu finirais écorché vif par les pics de glace qui m'enveloppent.
J'ai croisé ma jumelle aujourd'hui. Et lui ai souri. Un craquement se fit entendre ; certainement m'avait-t-elle reconnue. Elle me fut si sympathique que je n'ai pu résister à la prendre en photo.
Quant à toi, je n'ai même plus envie de supputer. Juste d'aller sous une douche brûlante y dissoudre cette coque rigide dont tes mots m'ont revêtue. J'ai la colère glaciale.

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31 janvier 2009

A toi, Mandraxx

Tu m'as dit
- Ma mouette, j'aimerais bien que tu écrives sur l'amitié.
Tu m'appelles toujours ainsi, de blog en blog, restant fidèle à cet oiseau qui a rejoint d'autre rivages... Tu n'as pas précisé "notre" amitié, ce qui l'aurait tant réduite à être unique et égoïste.
La phrase a trotté dans ma tête. Le mots sont de vraies petites graines vaillantes qui germent sans se soucier du terrain ! Je pensais à cela quand je l'ai vue ! La première violette de mon jardin.

violette

C'est cela vois-tu, l'amitié. Une violette.
Elles résistent à tout, mes petites fleurs fidèles ;
à l'arrachement par poignées de ses stolons envahissants, comme ces relations, ces connaissances qui parfois nous volent tant de temps...
à la sécheresse, quand nous n'avons pas partagé de verre depuis bien longtemps
au gel, et nos cœurs crevassés se réchauffent au premier mot de l'autre
à l'absence d'engrais, dont la richesse l'indiffère.
Ma violette ne s'est jamais plaint que mon jardin soit "comme ci" ou "comme ça". Ce qu'elle y trouve lui convient. Elle aime ma terre d'amitié.
Tu comprends mieux, pour la violette ? Pourquoi ses pétales délicats m'ont fait sourire de tout mon cœur en pensant à cette question que tu me posais le matin même ? Elle ne le sait pas, ma violette fidèle, qu'elle me donne du bonheur au cœur de l'hiver.
Comme toi, au milieu de mes hivers.
Et quand tu me dis, après avoir réfléchi au sens de ce mot "amitié",
- Je t'aime, tu comprends ce que je veux dire ?
Je te comprends, car je t'offre moi aussi ces mots, je t'aime.
Aimer d'amitié, c'est avoir dans le cœur cette force fragile qui s'offre, par delà les saisons, en mots au parfum que l'on n'oublie jamais.

3 janvier 2008

Ma pierre de lune,

Copie_de_Ma_lune_en_moinstoi dont j'offre la douceur irisée au gré de mes amitiés pures, de mes émotions profondes... ma pierre de lune... ce matin, dans ma boîte aux lettres. Là, sans un mot, avec mes initiales sur l'enveloppe.
Ton éclat a tranché mon sourire, et une colère intense, rougeoyante et sanglante a envahi mon corps. La rage dans les mains, les dents prêtes à déchirer la peau la plus douce. La colère, de celle qui renverse les tables de chêne et brise les silences. J'ai la haine, qui ne peut s'expliquer que par la trahison. La haine meurtrière. La haine, comprends-tu ? Et j'ai eu envie de te saisir, de te lancer dans cet espace au vide glacé que tu n'aurais jamais dû quitter. Envie de te faire fondre sur des braises, de te voir te dissoudre dans l'acide. Envie de te vomir, de me crever les yeux. Je hais ce geste de mépris, je hais avoir été jetée comme un caillou dans une boîte de métal. Je hais être si méprisable que tout objet de moi est à bannir.
Puis la colère carminée a fait renaître les cendres... Sais-tu qui est le dernier a avoir osé ce geste ? Lui, le matador... Et j'ai fouillé les ancien textes, retrouvé cette douleur laissée en souvenir par un homme qui m'avait aimée... mal, si mal...
"L'arène. Noire de ce monde qui entourait cette plage presque vide. Le silence était étouffant.
Le taureau était déjà presque à terre pourtant. Banderilles plantées. Fines lames aiguisées, surmontées de tissus colorés, gluantes de son sang épais.
Matador en habit de lumière, matador que le taureau suppliait de se livrer à un combat à armes égales. Ils se regardaient, sans haine, avec la fierté d'accomplir chacun son destin.
La première banderille s'était fichée dans sa gorge.
L'animal avait compris qu'un combat se déroulait dans l'arène. Il ne savait pas qu'il était, lui, le deuxième acteur.
Un coup le paralysa : nul mouvement pour esquiver la lame qui se planta dans sa chair, la seconde.
"Tu es si beau, mon taureau, dans cette arène, tu es à moi."
Banderille plantée, la troisième. L'animal ne sentit pas les plaies dans sa chair, l'animal gémit d'une autre douleur.
L'homme en habit de lumière lui dit combien il était fort et beau, combien jamais il ne vit plus belle bête, combien il était fier d'être dans l'arène auprès de lui, pour toujours. Taureau vit briller ses yeux, et redressa un peu son échine pesante.
Mais il sentait la vie qui s'écoulait de ces lames fichées en lui. Chacun de ses pas le blessait davantage. Il faiblissait. Le combat serait bref. Il allait tomber. Se laisser aller au sol. Il attendait sa mise à mort.
L'homme en habit de lumière se sentait fort et puissant, malgré son corps si fin.
La foule dans l'arène trouva le combat inégal. Des voix jaillirent, encouragèrent l'animal, huèrent le matador trop sûr de lui. Et il ne sut pas s'arrêter. Il tenta de planter sa dernière banderille, mais elle ne put que se briser au sol. Taureau avait reculé violemment. Quoi, que disait-il là, cet homme si preste ? Qu'il l'aimait ? l'aimait à le torturer ? 
Il ne voulait plus de ce combat. Il comprit la stupidité de ces jeux où personne ne gagne. Il ne mit pas le matador au sol. Il le laissa là, dans cette arène inutile et vaine, seul. Il fracassa les barrières de bois qui le cernaient. Taureau lèche ses plaies dans un champ. Certains ont enlevé les banderilles fichées. Quelques cicatrices, cela va bien au cuir tanné de la bête.
Depuis, le matador au combat inutile appelle le taureau de sa douce voix. Ce n'est plus que vent dans les bois. La bête a entendu la menace derrière cette douceur exquise. Il sourit d'avoir fui du labyrinthe de l'arène. Juste à tant."

Je viens de comprendre, qu'à nouveau ma route avait croisée celle qu'un homme qui m'aurait offert la douleur d'aimer jusqu'au bout du mépris de moi. Et je suis fière d'avoir su quitter son arène juste à tant. 

12 novembre 2007

Fatigue

Les genoux lovés au creux de la gorge, et les mains en noeud coulant autour des chevilles, elle avait fermé ses paupières sablonneuses, avait ligaturé ses cordes vocales éraillées. 
La tête enfouie au creux de l'épaule, elle respirait profondément, sentait son odeur fatiguée lui tapisser le nez, et déposer leurs molécules salées sur sa langue.
Les pieds recroquevillés sur eux mêmes, emmêlant ses orteils blanchis de froid, elle tentait de se dissoudre en elle-même. Figée en colimaçon dans sa coquille fragile, elle déposait ses dernières forces dans une bulle aux reflets ternes.

escargot1

6 décembre 2007

Mousse brune

Je l'ai serrée au creux de mes paumes.
Et mes narines se sont enivrées.
Très doucement j'ai déchiré le papier blanc,
et déshabillé le sucre aux cristaux brillants.
Du bout des doigts je l'ai laissé se baigner dans la mousse brune
et s'engorger de son amertume.
- te souviens-tu de mes yeux couleur café ? -
Quand le sucre a coloré son coeur pierreux,
je l'ai déposé au creux de mes lèvres
et, d'un mouvement doux, aspiré sur ma langue.
Et il y a explosé en amertume douce et collante au palais.
- Tu n'es pas là, tu ne seras plus jamais là pour glisser ta bouche contre la mienne, pour y voler un peu de son goût,
pour y dérober mon plaisir.
Tu n'es plus là.

Mais je continue toujours, tous les jours, jour après jour, sucre après sucre, je continue -

"Un autre café s'il vous plaît. "
J'ai un peu froid.
caf_0

21 décembre 2007

"Féminitude"

À 20 ans, c'était (...)
l'amour libre
.

Libre dans le regard du Premier Homme, libre dans ces désirs qui ne se muselaient jamais... Et la pudeur qui n'avait pas encore tissé son voile imperceptible, et les nuits qui n'étaient jamais trop courtes.
Mais, à 20 ans, il me manquait... l'érotisme. 

À 30 ans, c'était (...)
l'amour paisible
.

Celui qui construit des vies, des murs, sous un toit de tendresse et de respect. Et le temps qui passe, auprès de l'Homme Aimé, qui permet de connaître le chemin du plaisir qui sera au rendez-vous, c'est presque certain, avec lui.
Mais, à 30 ans, il me manquait... l'impudeur.

À 40 ans, c'était (...)
l'amour ? plus jamais !

Et la féminité qui s'oublia dans la séparation, le rôle de mère qui absorba les désirs conscients d'être aussi et toujours une femme. Le temps passait. Peu à peu l'homme, cet inconnu, put grapiller le fruit qui mûrissait doucement.
Mais, à 40 ans, il me manquait... la plénitude.

À 50 ans, c'est (...)
l'amour amant, l'amour aimant

Et enfin, sans plus jamais laisser le désir d'enfant brouiller la carte des désirs, enfin redécouvrir de jouir libre, tellement libre, avec un homme, cet inconnu familier, cet inconnu apprivoisé.

Trente ans ont passé... pour vivre le corps à corps impudique, le coeur à coeur sensuel, le désir érotique, le plaisir libéré.
Trente ans pour que ma féminitude exalte la plénitude de mes désirs de femme.

...Merci à toi de ce livre offert Stephen_Vizinczey ...merci pour ses annotations précieuses...

16 décembre 2007

Berbère

Mât défiant les vents, silhouette froide, immobile et fière, il attendait depuis des années.
Berbère des temps nouveaux, immuable dans son désert de bitume, il s'affinait, se redressait, longiligne sculpture se rêvant forgé par Giacometti, défiant ceux qui filaient sans un regard vers lui.
Parfois quelque corbeau osait s'y poser et lancer son cri rauque. Et les têtes se levaient. Lui, le phare de voies plus noires qu'un Océan, au confins des trottoirs qui quadrillaient les espaces, lui les ignorait. Insignifiants humains, aussi bruyants que ces nuages de moucherons qui se brûlaient à sa flamme électrique.
Au sein de son âme de métal des réseaux s'enchevêtraient en torsades bourdonnantes. Et dans son oeil deux filaments palpitaient et irradiaient.

Le berbère guettait son troupeau.

_clairage_urbain_k

16 septembre 2007

Bizet mortel

semaine_2
- Non, je vous en prie, gardez votre béret noir. Je le trouve troublant, très approprié au lieu, à cette foule tout autour de nous.

- Il y a du monde ce soir ! Votre tatouage, là, près de votre épaule, vous permettez que je le regarde de plus près ? On dirait une sorte de lance...

- Oui, c'est une banderille. Aimez-vous les corridas ?

                                       (...)

Pour lire la suite, c'est ici

16 juin 2007

Ma Dame,

  je m'y suis engagée auprès de vous, auprès de moi, l'encre de ce contrat ne se dissoudra pas ici. Ma signature numérique vous agréera, tout comme elle agrée au Ministère des Finances. Au diable Faust, je n'y vendrai mon âme.
Le samedi 27 octobre 2007, à 19 heures, je sonnerai à votre porte. Le restaurant nous attendra, et je vous y offrirai une coupe de champagne. Parce que je veux gagner mon pari, tout comme vous.
Un pari. Presque de quoi en rire. Presque.
Je pointe du doigt une échéance comme porte de ma liberté.
Vous pointez du doigt ma déchéance à ignorer que je n'ai pas de clé.
Ma Dame, aux mots cruellement vrais, je vous regarde mener vos combats. Vous en menez plusieurs de front, refusant de courber l'échine devant les affronts.
Et vous me regardez, suintant par mes pores l'odeur douceâtre de mes mensonges à moi-même. Vous m'offrez un flacon de bain moussant à la tourbe...moi qui aime patauger dans les flaques boueuses.
Je vous l'écris ici, ce samedi 16 juin 2007.

"Je m'engage à ne jamais plus.
Et je m'engage en son nom à lui aussi."
Sceau

Qui, de vous ou de moi, aura un paquet de car en sac à la main ?

30 juin 2007

Pourtant...

Ma peau,
crépitant sous tes doigts indécents.
Ma bouche,
aux lèvres usées par ta langue affamée.
Mon ventre,
salé de ta source, de ta sueur en voile irisé.
Mon sexe,
mousse gorgée des sens à l'envers des marées
grotte avide de l'écume des vagues fracassées.
- Et mon ventre -
martelant le désir sourd de mon corps à l'abandon.
Nos corps
sculptant les draps en plis odorants,
Nos fesses
  jouant de leurs rondeurs de galets,
- Nos corps -
qui dansaient
un ballet
- secret et éphémère -
Nos corps amarrés
aux flancs
salés.

Pourtant... on achève bien les chevaux.

Main

26 avril 2007

Ma pierre de lune

tu as si souvent éclairé mes noirceurs... ma douce et belle...
au creux de ma paume, au creux de ma ventre.
Les matins te givrent de mon mal à vivre.
De l'ivraie, de l'amer...mais toi, ma pierre de lune, qu'y peux-tu, ma translucide ?

 

 

Ma douce, ma belle, ma fraîche et forte pierre de lune, pourrais-je encore rêver ?
Je voudrais fondre au sein de tes courbes douces.
Je voudrais ton coeur qui se pare de mille couleurs arc-en-ciel.
Et devenir immuable.
Je voudrais mon âme de sable fondant en brasier,
j'ai mal de ses grains tranchants qui me rayent sans façon.
Je voudrais un feu qui me consume. J'ai si froid, tu sais.
Je voudrais, ma si belle et douce,
que tu me prennes en toi.

 

Pierre_de_lune_3

1 juin 2007

Garonne

J'ai le cœur Garonne,
les yeux chargés de flots, le ventre de limons.
Le c
œur Garonne,
couleur des briques humides .
J'ai le cœur Garonne,
qui tremble et gronde.
Le c
œur qui bat Garonne,
lourd des troncs qui s'y cognent.

Et je me fracasse en vague à l'âme
sous les arches
des ponts
rouges.

Garonne
© Didier Taillefer

19 août 2009

Kit de survie à l'intention des mâles

Voilà tout est dit dans le titre. Ne comptez pas sur moi pour coudre la petite pochette pour emballer le tout... Non, il ne faut quand même pas rêver. Messieurs, une vielle chaussette - non trouée - fera l'affaire. Je vous propose d'y glisser ;

* de la poudre de couilles lyophilisée

Une cuillère à sniffer dès que vous vous sentez l'âme pleutre. Quand vous sentez que vos jambes refusent d'avancer. Ou encore quand vous hésitez à sortir de votre voiture [ oui, je sais, il pleut] en voyant 50kg de squelette et muscles  tenter de remonter sa roue de secours. D'autres situations peuvent nécessiter ce traitement de choc. Par exemple croiser une femme et la trouver charmante. Puis penser au match de foot avec les copains et s'éclipser. Ou ne penser à rien d'autre surtout qu'à poursuivre une relation dont les 3/4 du temps se vit en position couchée. Vous êtes un homo erectus, ne l'oubliez pas !
Cette poudre presque magique, composée à 80% d'hormones et de respect humaniste, est cultivée de façon biologique dans le jardin des rêves déchus. Son titre peut faire peur, mais nous nous sommes inspirés de cette phrase enfantine que certains mâles continuent d'utiliser à l'âge adulte "il n'a pas de couilles".

* un ressort pour repartir de l'avant

Ce ressort est indispensable après la fameuse période "je dois prendre du recul" qui suit toute situation un peu nouvelle pour vous. Par exemple vous croisez quelqu'un qui vous trouble et pourrait mettre en danger votre théorie du BCT [ Bière Copains Télé ]. Votre recul peut vous amener à ne pas pouvoir faire un bout de chemin avec la dame. 
Pensez à ré-armer le ressort après l'avoir utilisé. Nous savons que mettre un pied devant l'autre n'est pas toujours facile, vous devrez donc utiliser le ressort de façon régulière, surtout si vous êtes dans la tranche fatidique de 40 à 50 ans.

* de l'eau de source anti jouvencelle
Votre vision connaît des troubles récurrents ? Ainsi, les femmes de 20 ans de moins que vous vous paraissent être des maîtresses potentielles ?
Si vous roulez en Mercédes décapotable, l'affaire peut être entendue, vous trouverez certainement preneur. Mais surveillez alors vos liquidités quand vous ramenez la charmante chez vous ; les jouvencelles ont un regard terriblement lucide vers les cartes Mastergold et pourraient profiter de votre sommeil de mâle conquérant mal voyant pour la prendre avec elle en partant...
  Si vous roulez en Peugeot 206 diesel, il semble que vous vos problèmes de vision sont avérés. Regardez vous, après avoir instillé quelques gouttes d'eau de source anti jouvencelle.  Vous voici ragaillardis et prêts à assumer votre âge. Vous verrez enfin les personnes du sexe opposé de votre âge, parfaitement à l'aise avec les rides et leur petit ventre rond, et qui ont pris l'habitude de partir en vacances avec leurs copines. Lancez-vous à l'eau, vous êtes prêts.

Le kit vous sera livré sous huitaine sous une forme parfaitement discrète.
Pour deux packs une remise de 15% vous sera accordée. .

10 février 2009

Recyclage

Ils étaient posés sur le trottoir. Adossés à une porte gauchère. Ou une porte cochère, ils commençaient à avoir du mal à s'assembler correctement.

 

Dément, catogan, mi-temps, origan, ça irait avec brigand ou toboggan, non ?

 

Ils ont regardé les jours passer, sans se presser. Blanc-noir, jour-nuit, blanc-noir. Ça ne les changeait pas de leur bichromie coutumière. Le gris, l'arc-en-ciel, de toute façon ils n'en avaient qu'entendu parler, parfois, alors ça ne pouvait pas leur manquer ! Le ouïe-dire, ce n'était pas non plus de leur monde.

 

Monde, faconde, sonde... vont avec vagabonde ou mappemonde, non ?

 

Ils n'ont eu ni froid ni faim. Ils ne savaient même pas pourquoi ils étaient là. En dépôt, peut-être ? Quelqu'un allait-il venir leur redonner vie ? Vous croyez ... qu'on est vivant ? Vous sentez que vous êtes, vous ?

 

Follette, gigolette, noisette, dites-moi ? ... avec vaguelette ou margoulette, oui ?

 

Il y en a eu un qui a commencé à frissonner.
Il avait peur ou quoi ? Puis à geindre doucement. Mais pour qui se prenait-il, celui-là ? Il ne valait guère mieux qu'eux.
Comment s'appelait-il, déjà ? Mais oui, il fallait que ce soit lui qui craque le premier !

 

Espoir ! avec foutoir, égrappoir... et désespoir.  Circulez, y'a rien à voir !

 

Je t'en foutrais, moi, de ce trouillard !
Mais c'était trop tard, un autre se mit à pleurer. Personne ne le vit, il y eut juste le son humide de la goutte sur le sol.
Ah non ! c'était  lui, bien sûr ! Ils avaient tous compris.

 

Bonheur ! un collaborateur gros-porteur... parti en crève-coeur rejoindre moiteur et torpeur !

 

La porte cochère s'évapora.
L'ouragan les balaya.
Les mots pauvres étaient au fond d'un conteneur vert.

Déchets recyclables.

 
30 décembre 2007

Salut, l'année

tu vois, je voulais être toute douce avec toi pour te souhaiter un beau voyage de retour. Du style écume qui se dépose en petits crépitements rigolos, et même avec des smacks-bisous et autres tendresses sucrées. Ou encore comme cette mousse douce sur des galets, tu sais bien, celle qui est toute molle et spongieuse, comme un ventre alangui après l'amour. Je pensais aussi à ces nuages qui jouent à la ouate dans le ciel d'hiver, de ceux qui enveloppent un beau soleil. Tu vois, j'avais tout plein de jolies pensées tendres pour toi. C'est vrai, crois-moi.
Mais, tout bien réfléchi, tout bien soupesé dans ce putain de cœur qui cogne son gong qui raisonne sans fin (...)
oui, il ne résonne pas, il raisonne, mon cœur. Entre passions et douleurs il discute et soliloque sans fin. Quatre-vingts fois par minute. Tu imagines ce que ça donne à la fin de l'année ? Des millions de fois.
(...) tout bien meurtri, tout bien trompé et trahi, il a fini par choisir d'être âpre et violent. Et de te claquer la porte au nez. Putain d'année de merde. Parce que, il ne fallait pas, non, ça c'est sûr ! tu n'avais pas le droit de faire ça !
De déposer au pied de mon sapin ce petit cadeau brillant comme une pomme rouge. Avec des jolies fleurs tout autour, et même des mots d'amour comme une rose rouge. C'est si joli les mots d'amour, ça caresse la peau et efface les douleurs qui rongent. Oh, j'étais toute heureuse, tu sais ! tellement je me sentais aimée. J'ai battu des mains, croquant à pleine bouche la pomme si rouge. J'avais oublié mon pommier d'amour aux jolies boules, dans mon jardin d'hiver.  Pomme empoisonnée, pomme qui vide le corps en diarrhées violentes. C'est mon cœur qui l'a croqué le fruit joli. C'est mon cœur qui s'est trompé.  Je sais bien que tu n'y es pour rien, en réalité, l'année... mais il ne fallait pas que ce soit à ce moment là, avec tes valises posées près du sapin. Tu n'avais qu'à choisir un autre moment. Je ne sais pas, moi, au printemps par exemple, quand tout est en promesse de bonheur dans les jardins. Quand les oiseaux gazouillent et tout et tout, et empêchent de voir la nuit glacée envelopper la tendresse qui a foutu l'camp.
Quand il a demandé le secret sur son amour pour moi...ça a fait un drôle de bruit au dedans, un craquement tout déchirant, tu comprends, l'année ? Le secret ? c'est donc mal de m'aimer ? ça doit être emprisonné dans une geôle ?

Putain d'année de merde, tu sais bien pourtant, que j'ai le droit d'être aimée au grand jour. Putain d'année de merde je l'ai regardé, cet homme. Qui était libre de m'aimer. Et mon cœur qui s'est mis à raisonner tout fort, à résonner à m'en briser les tympans, à assourdir la voix qui disait des mots de pauvres gens. Mon cœur qui hurlait que personne n'avait le droit de vouloir l'enfermer encore une fois. Personne. Le secret ? Non, jamais, jamais plus. Plus jamais. À toujours au grand jour. Alors voilà, fous le camp année de merde, emporte avec toi tes secrets innommables, tes doutes puants, dégage, avec ton amour en toc déposé par un homme au pied de mon sapin synthétique.
Ne t'inquiète pas, j'ai une serrure trois points, et un verrou. Je fermerai tout bien. Comme j'ai fermé la porte derrière cet homme qui n'était pas fier de m'aimer.

2 décembre 2007

Causerie au bord du lit

Tu parles, tu parles. Encore.
J'ai toujours mes deux oreilles. Et un regard. Mais ça tu ne le vois pas.
Tu parles.Tu parles, tu parles. Tu ne peux pas me voir. Ni mon regard. Celui d'un poisson crevé d'une logorrhée de mots, le ventre gonflé de tes paroles vaines.
Tu délies ta langue, déverses ton trop-plein de banalités quotidiennes.
Tu... tu... tu... parles, gueules, hurles, ressasses, bavasses, palabres, monologues. Même ceux du vagin n'ont pas réussi à me faire parler, moi, moi, moi.... au coin d'un lit.
Tu me lasses, me crispes, me satures, me saoules, et j'enrage de ta voix en acouphène.
Tu m'éponges la patience et je dégoutte en silences pesants.
Plic Ploc
Je n'y suis plus pour personne.
En tout cas plus pour toi.
Je t'offre mon ultime silence en cadeau d'adieu.
Ouf.

22 septembre 2007

Obsession postérieure

On est bien dans la saison des feuilles mortes, celle peu propices aux ardeurs printanières... et pourtant.. je vis dans une  obsession toute entière tournée -gare au torticolis- vers mon postérieur.  Et je ne suis pas la seule.
Je remarque leurs regards quand j'avance, les hanches chaloupées, posant un pied, puis l'autre. Ils regardent, impassibles, sans aucune pudeur ! Comme si je me résumais tout entière à ces deux parties charnues. Croupe, croupion, cul, derrière, fessier, postérieur, séant, siège... je suis devenue l'obsédée moi aussi de mon auguste cul.
Certains osent même les expressions douteuses. "Bouge-toi les fesses, magne-toi le popotin", ou me parent de charmants surnoms"culbuto" et autre ânerie. Avec les copines la question première est directe "et au lit, c'est comment ? ". Le pire est qu'on en rit.
Pour éviter l'usure prématurée de l'objet de tous mes soins je ne m'assieds plus que sur une bouée encerclant délicatement mes reins et mes cuisses, et laissant à l'Auguste le soin de flotter. Une charmante attention, ils ont choisi une bouée rose, celle de Dora l'exploratrice, trouvant que Barbie ne me convenait pas. Quelle délicatesse...

Bon, douze jours sont passés. Il paraît que je vais encore connaître l'obsession pendant une bonne semaine, le temps que la fracture du sacrum se consolide. M'en moque je remonterai sur mes rollers. Mais je crois que j'éviterai de jouer au ballon prisonnier avec....Je préfère les obsessions sexuelles en fin de compte...

5 septembre 2007

La configuration du mâle

Clitoris ; elle n'arrête pas de parler de moi, vous entendez ? J'adore, ça me titille de partout partout.
Cerveau ; et bien calme-toi, parce que ce n'est pas de toi qu'elle parle, mais de la fonction clitoridienne en général. Pour son débat de ce soir.
Clitoris ; vous chipotez, chef, elle n'a qu'un clitoris, c'est moi. Et si elle veut en parler, elle va bien être obligée de partir de son expérience ! Donc de moi, hé hé !
Neurones ; ah non, justement ! Elle a demandé qu'on mette tes connexions nerveuses au repos le (...)
Clitoris ; noooon ! elle n'a pas le droit ! Je veux vivre librement ma vie !
Neurones ; que le temps du débat, ne te fais donc pas de souci.
Clitoris ; ouf, vous m'avez fait une de ces peurs !
Yeux ; et bien, si tu as peur pour ça, heureusement que tu n'as pas lu ses recherches sur l'excision, mon chéri....
Clitoris ; brrrr, quelle horreur ! J'en ai entendu parler, c'est horrible. Tout ça parce que les hommes trouvaient que je ressemblais à un pénis. Une malformation, quoi.... Et c'est pour ça qu'on me coupait... brrr, j'en ai la chair de poule.... Je suis bien plus joli et sensible qu'un simple pénis ! Et presque aussi grand...
Réseau nerveux clitoridien ; c'est confirmé. 11 cm en moyenne. Très très sensibles. Pas comme eux... tout est concentré dans le gland, les pauvres....
Clitoris ; que j'aime quand on parle de moi, j'aime j'aime j'aime....
Cerveau ; tu vas pas devenir comme Ego et tout ramener à toi !
Ego ; mais enfin, c'est incroyable ça ! Même quand je ne dis rien il faut que vous fassiez des remarques désagréables sur moi ! Laissez-moi vivre ma vie tranquillement et occupez-vous de votre armée, Monsieur le Commandant Suprême. Jusqu'à nouvel ordre je n'ai rien à voir avec vous. Heureusement d'ailleurs...
Cerveau ; tout a à voir avec moi, pauvre stupide, tu aurais mieux fait d'écouter un peu mieux les leçons pendant notre constitution utérine, ça (...)
Elle ; dites vous allez arrêter, je n'arrive plus à me concentrer sur mon exposé. Le côté féminin passe encore, mais alors la partie mâle... je galère, je galère.... Bon, qui peut me dire si le sperme passe par l'urètre ou l'uretère ? Impossible de me souvenir.
Cerveau ; ben, c'est à dire que... le sperme... c'est pas dans notre configuration, hein !
Elle ; décidément vous êtes des dilettantes. Bon, Wikipédia me sera plus utile que vous. Je commence à me demander si je vais être capable de co-animer ce débat, moi. "L'orgasme, point d'orgue du plaisir ? "... quelle idée j'ai eu de lancer le thème en rigolant... J'aurais mieux fait de me taire. Et de me contenter de faire des travaux pratiques, c'est sûr.

17 mars 2008

Le corps de la cop

Allez-y, je ferai comme si votre discours était une grande nouveauté pour moi. Allez-y, je vous dis, ça va très bien avec le café ! Donc " mais si, un jour tu le rencontreras le con qui se lève tous les jours et qui aimerait bien le faire à tes côtés". Ben oui. Merci, c'est sympa. J'en ai déjà croisé quelques uns, avant, de ces cons dont on aime l'odeur le matin au réveil, quand j'étais jeune. Mais je sais aussi que cela n'a rien avoir avec l'âge, mais plutôt à la frilosité ambiante. On a peur de se tromper, donc on avance pas trop. Juste le bout du sexe au fond d'un lit, cela suffit bien, pas vrai ? Le reste, le projet, la construction d'un truc, même en amovible... n'en parlons pas, cela rend impuissant certainement. La trouille. Mais c'est peut-être du courage, pour certains. Ne rien faire entraîne une paix apparente. Si on ne court aucun risque on ne peut pas se faire mal. Ni du bien, à mon avis, mais c'est peut-être relatif. Ben moi, je n'en veux pas de ce tiède.
Je déteste le tiède.
Il ne rafraîchit pas en été et il donne froid en hiver.
Et puis aussi "tu as tant d' amis, on est là, nous, on t'aime". Ah oui, ça, pour sûr, je ne risque pas de vous oublier. L'amitié dégouline et colle aux doigts comme une barbe à papa. Vous en devenez épouvantables de sollicitude à mon égard, mes amis. Presque au point de m'envahir sous le prétexte que j'ai la voix aux accents de Dark Vador, façon inaudible dans l'écouteur. J'ai pourtant essayé le gros rhume, pour vous rassurer. Du nez rouge aux yeux bouffis, le virus est le coupable idéal. Mais vous savez que la fin de l'hiver est une période difficile.
Tenez, je crois que j'ai trouvé la solution.
Je vais aller me faire dorer la tranche dans un grille-pain, histoire de remonter ma mélanine et mes hormones du bonheur. Voilà. Je vous montrerai les traces de mon string, en preuve absolu. Comme ça vous serez soulagés. Vous arrêterez de me téléphoner sous des prétextes débiles pour vous assurer que j'ai mangé. Si si... Je n'ai plus 15 ans et je ne vais pas me laisser mourir. Bon sang, vous le savez bien puisque je ne prends pas la moto dans ces cas là. Je suis grande, et responsable. Sur deux roues c'est trop facile d'être inattentive. Et puis ce n'est pas la saison des coquelicots, pour mettre sur la boîte de bois blond avant la crémation. Au fait, Tadison, tu te chargeras du carré de chocolat, s'il-te-plaît ? Les autres sont capables de ne pas y penser. Bon, ceci dit, si ça m'arrive à 80 ans, je t'autorise à avoir oublié cette consigne au fond de ton Alzeihmer. Paix à nos âmes.
Ceci dit, si le crétin qui se lève tous les matins et qui ne sait pas encore que c'est auprès de moi qu'il devrait le faire... si ce crétin, là me lit... il serait gentil de me donner son téléphone ? Que je puisse dire à mes foutus amis fidèles que j'ai enfin trouvé la personne à prévenir en cas d'accident.  Parce que ça va finir par leur peser de devoir s'engager chaque fois que je pars quelque part. Bon, c'est qui s'y colle en juin pour se charger de rapatrier le corps de la cop ?

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