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Eau vive
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18 juin 2007

Commune présence

Ce poème... bon dieu, ce poème....

" Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union."

René Char

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27 août 2008

Patron,

c'est drôle, je suis sûre que personne n'ose t'appeler ainsi. Mais notre histoire, n'a été qu'une faillite annoncée, alors...
Désolée, Monsieur Patron, mais je ne veux plus vous voir. Vous pensiez être touchant ? bégayant être amoureux ? 
Bien sûr, je le sais, vous ne vouliez pas l'être. Vous n'en avez pas le temps, vous me le dites. Mais vous êtes prêt. Maintenant.
Je n'ai dit que  "non". Non, je ne veux pas vous revoir. Non, je ne veux pas votre aide à mon bonheur. Non non non.
Ma petite entreprise de vie, grâce à vous, a été quelque temps en faillite.
Parce que vous avez fui.
Trois mois. Sans un mot pour moi. Douze semaines de silences.
Et bien moi, pendant ces trois mois là... j'ai pleuré un peu, repassé mes paupières, lissé mon amertume, rajouté un peu de misérabilisme à mon estime de moi. J'ai écrasé le petit espoir de bonheur qui avait éclairé mon coeur. Et tant que j'y étais je l'ai jeté à la poubelle, la rouge, celle des risques à ne plus courir.
Comme je suis non aimable, vous le savez bien, je vais même glisser ici la lettre que vous n'avez jamais lue, que je vous ai écrite avant que vous ne disparaissiez en silence, une lettre que vous ne lirez jamais. C'est terrible, cette méfiance, je m'étais protégée de vous, n'ai jamais avoué avoir ce goût des mots au bout des doigts. C'est l'âge, la prudence, l'expérience...c'est bon de vieillir. Deux lettres pour le prix d'une, c'est scandaleux, non ?  Vous comprenez mieux pourquoi je vis assez bien avec si peu, n'est-ce pas ? Allons, la voilà. Rien que de la relire ça me fait drôle. J'aurais pu, vous savez, j'aurais vraiment pu. Mais on ne part pas comme ça, sans un mot. Non, on n'a pas le droit. Et je ne pleure plus votre prénom.

Je l'avais appelée "Une histoire simple"...

"Tu veux savoir à quoi je pense en te regardant, au loin mais pas trop, là, quand tu parles avec ton italien d'ami ? ou quand tu croques tes pilons grillés en savourant les milliers de calories que tu engouffres en croyant mincir peu à peu. Tu sais à quoi je pense parfois ?
Que je voudrais vivre une histoire avec toi.
Pas une compliquée, tu sais ! Juste une histoire remplie de rire, de sexe, de mots en trop, de silences qui vont s'échapper, de sourires pur verres en trop, de langues douces et de ventre replet, une histoire de bridge qui se décolle et de matin grognon, une histoire de peaux qui s'assemblent encore et encore, et même une avec tes larmes quand j'ai voulu partir.  Je voulais être précieuse pour toi. Une histoire qui continuerait comme elle a commencé, quand tu as juste dit "tu me plaîs tant". Simplement. J'ai trouvé ça très étonnant de tant te plaire et de lire tes interrogations dans un regard soudain plus du tout sûr de lui. Oh, je sais bien que cela ne t'a pas fait rire que j'appelle ta voiture, la grosse boîte noire. Et que je t'interdise de garer devant ma maison l'autre, là, le stupide engin m'as-tu-vu qui a un cheval en insigne. Ou un autre truc. De toute façon, Porsche et BM, pour moi, c'est du en trop de chevaux. Je sais, tu aimes les belles mécaniques ; paraîtrait que j'en fait partie, merci. Une antiquité bien rôdée, tu apprécies... Moi je n'ai pas l'habitude d'aimer les hommes trop. Trop riches non plus. Mais bon, tu es un redoutable travailleur, un vrai créateur de concepts et d'entreprises. Qui marchent.
Et moi ?
Je n'ai de bien le plus précieux que du temps... Et cela t'épate quand même un peu. Du temps, que je laisse glisser sans refermer mon poing pour le capturer, le décompter. Du temps pour rien, sans ennui. Même pas pour toi. Pour moi seule des pans de rien.
Et toi...
Tu ne sais pas ce qu'est le rien... et tu n'es pas souvent là. Oui, je sais, j'ai entendu tes messages sur mon répondeur. Tu pars encore. Qu'importe, si je suis quelque part en toi, cela te suffira d'avoir des pensées de douceurs inutiles. Ton temps, sans compter, parce que tu es un vrai chef d'entreprise. Et le mien, en contant, parce que je suis une vraie rêveuse.
Moi, j'aime les contes. Ceux qui sont si jolis que personne n'y croit. J'aime les histoires simples, où ils s'aimeraient pendant longtemps. Pour de rien, pour de même pas peur, même pas mal. Tu viens ? "


Tu n'es pas venu, je n'ai pas eu le temps de te l'offrir, cette lettre d'amour.
Il ne fallait pas partir, puis revenir : même à moi, la coriace, cela m'a fait mal.
Bonne route, Patron.

24 août 2008

La peur

Pour être sûr de ne pas se blesser il avait choisi de partir. Sans un mot. Nulle lettre qui aurait permis de comprendre sa fuite.
Elle avait regardé avec nostalgie quelques photos, des rires, des éclats d'eaux. Puis avait décidé d'oublier. Le chagrin ne la rétrécirait pas davantage.
Le voyageur solitaire avait eu besoin de soupeser, d'archiver les anciennes blessures, tentant d'aseptiser la nouvelle petite plaie qui avait agacé son ordre établi. Elle. Elle était comme un vieux rhumatisme sur un genou blessé. Cela perdurait. Le temps n'y faisait rien. 
Il revint. Avec un bouquet de mots flamboyants. Une gerbe de soupirs au pollen traître.Il ne comprit pas qu'elle se fige.
Où était donc son sourire lumineux ?
Qui avait osé lui faire de la peine ?
Qui ?
Elle le regardait. Cherchait les épaisseurs où apaiser ses douleurs.
Il était parti sans un mot.
Il revenait avec une feuille blanche et une plume arrachée à ses silences.
Ce fut la peur qui traça le premier mot.

18 août 2008

Pars, mon aimé

    Oh je l'entends clairement, cette pensée qui te grignote, tes désirs à peine assouvis de m'aimer encore un peu... Partir, et ne plus jamais revenir. Non, jamais n'est que dans la mort, bien sûr. Mais ne plus revenir sans que le hasard ne franchisse le pas d'un destin où ta volonté n'existerait plus.
Pars, fuis-moi, en ultime cadeau. Je sais que ce serait une offrande qui n'a pas de prix. Et qui t'apporterait la paix.
Laisser le fil qui mène à moi se dissoudre, endormir pour toujours ce désir qui gronde au creux de nos corps quand nos mains se nouent.
Pars, mon aimé. Si tu crois ainsi apaiser la douleur qui ternit mes yeux sans que je n'y prenne garde. Pars, puisque tu crains être responsable de ma peine à vivre.
Je ne te retiendrai pas. Je crois que c'est ce qui te fait le plus de mal. Mes yeux au fond des tiens, qui s'emplissent mais ne baissent pas. Sans un mot.
Qu'importe le silence.
Tu as vu.
Que le verbe aimer ne se dissout dans le temps.
Que ce toi, ce moi, c'est un nous qui n'existe pas et nous tient pourtant liés profondément le temps de ... Si peu de temps.
Je crois parfois que tu aimerais que je pleure à gros sanglots. Que je te murmure de rester encore un peu... Que je te dise ma haine et ma rage. Mais aucun mot, jamais. J'ai la haine de moi, comprends-tu ? La rage de t'aimer malgré moi. Mais toi, que peux-tu de ces douleurs ?
Partir ?
Pars, mon aimé.
Je t'aimerai.

15 juillet 2008

Brisure de verre

se rêve
(...)
en cristal dépoli

Mais les rêves sont éphémères, en bulles de savon irisées qui éclatent et s'évaporent à l'aube.  Et le verre tranche les chairs faibles. Je suis celle qui ne sera jamais trop fragile dans les songes d'amants versatiles. Ombre de leur sexe arrogant, je fuis dans un éclat scintillant de sueur.
J'ai appris le feu qui me fond et la bouche qui souffle en mon âme la béance apaisante.
J'ai appris le coffret de velours épais où déposer ma fragilité. La clé gît au creux de mes nuits où nul ne m'entend murmurer au travers de persiennes étranges aux cils recourbés.
Amante en verre Duralex, je ne dévoile mon chant de cristal qu'aux souffleurs d'âme.

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7 juillet 2007

La paix chamarrée

J'ai recouvert mes idées noires de rayures vertes, chiffonnade de laitue acide pour limace tenace. J'ai décapé mes colères froides au White-spirit, laqué ma morosité d'un rouge brûlant, vernis de jaune ma peur, et drapé de lilas mes cauchemars. Les rayures fraîches et odorantes cinglent mon humeur de leurs éclats collants, et mes empreintes ont gravé de colimaçons le silence qui éclate.
J'ai peint, pour mon demain dont je n'ai plus peur, les couleurs d'un printemps artificiel, aux mots chamarrés de vérités, aux désirs consentis à la lumière de la vie.
Peu m'importe que tu sois troublé ou déboussolé, et que tes insomnies gonflent en montgolfières tes pensées érotiques adultères.
Je suis en paix et mes pinceaux rayent le bois d'odeurs fortes, de couleurs vraies et primaires.
Comme moi.

4 janvier 2008

Extr'aime-moi

J'ai le corps concassé
de caresses trépassées,
et le sexe taillé à la hache.
Les hanches sculptées
de désirs que l'on cache.

Les sens tourneboulés
et le corps chamboulé.
Mon coeur, où es-tu ?
Chapeau pointu
turlututu

J'ai la taille enserrée
de mains empressées
et le ventre palpitant
de désirs d'amants.

Quel est ce parfum de soufre
extrême ?

10 décembre 2007

Abandon

J'ai laissé mon corps flotter à la dérive de ta peau,
et mes remords s'y sont dissouts.
-  tempo lancinant, battements irradiants, vivre, vivre et te désirer -
Et tes mains ont poli mes aspérités coupables.
Et ta bouche a volé le goût de ma honte.
Un amour décomposé et les mots d'Aragon
Un amour en terreau des sens interdits.
Mon désir qui se consume et la violence de tes mains qui me fouillent et creusent mon ventre.
Attends, attends-moi, et je te dépouillerai de ces silences qui t'oppressent,
je boirai ta honte jusqu'à la lie et attacherai ma peau à tes reins.
- mes courbes à tes hanches -
Attends-moi, nous jouirons de nos bouches emmêlées, de nos désirs superposés.
Mille-plaisirs, un à un, à goûter de ta langue.
Quand tu saisiras mes poignets pour me lier à tes mains impatientes
-  enfin -
tu me prendras
toute entière abandonnée.

26 novembre 2007

Un parfum de Madeleine

L'homme parlait. Ou plutôt s'agissait-il du discours ambitieux du responsable syndical et associatif, au charisme ambigu, qui semait autour de lui ses analyses impétueuses.
Et ses mains sur les courbes de la femme abandonnée.
Elle souriait, savourait les instants sereins, se contentant de grignoter de petits espaces de silences entre deux pressions de ses paumes chaudes. Elle l'écoutait, basculée dans l'immense fauteuil de cuir, prête à l'abandon du sommeil. Et elle avait soupiré.
Il avait alors glissé sa tête sur son ventre.
L'homme s'était tu.
Elle avait froncé les sourcils, attentive à la respiration qui s'était oppressée. Et avait senti la minuscule larme glisser sur sa taille, malgré son geste rapide pour l'essuyer.
La femme prit doucement sa tête dans ses mains, déposa ses lèvres sur le front plissé. Et sourit de le voir, enfin, ne plus dire, mais se dire.
Au détour d'un amour déchiré, au parfum d'un bonheur enfui...
L'homme avait retrouvé le goût de l'abandon, bercé des battements d'un coeur qui palpitait, au creux du renflement moelleux du ventre de la femme. Il tentait d'étouffer ses sanglots enfantins.
Sa bouche souriait et ses yeux rougis s'accrochaient à elle.
Il posa ses lèvres sur les siennes, déposa sa langue au creux de sa bouche et l'aima...

23 novembre 2007

Eclats amers

Feuillets d'un éphéméride vain, un à un, absences froissées,
_ transparence d'un papier bible _
pour une vie sans croix ni foi.

Les jours, les semaines et les mois, en parfum décomposé,
_ corps à la chair exangue _
une vie tranchée de toi.

Oublier nos peaux, nos langues et nos mots
_ amertume si douce _
et survivre au silence éparpillé.

21 novembre 2007

Juste un homme

Tu gardes du crabe qui t'a dévoré les pinces en tenailles qui ont broyé ton corps.
Tu gardes du scalpel invasif la conviction d'être réduit, tout près de là où un homme croit qu'il est homme.
Tu gardes dans une boîte cadenassée tes rancoeurs casse-coeur, tes douleurs crève-coeur.
Et moi ?
Courant d'air qui met en désordre tes souffrances ordonnées, tourbillon qui décoiffe ton crâne dénudé, moi... je t'ennuie d'être moi. En négatif de tes désirs d'antan. Ni blonde, ni féminine, aux prunelles sombres, cheveux courts et à la parole tranchante, moi je te troublerais donc ? C'est insupportable, tout simplement.
Tes désirs reniés au détour de ces foutues chimio, de ces cruelles mutilations, tes désirs occultés ont soudain percuté ta solitude. Tu étais persuadé que jamais plus...
Je pense à elle. Merde.
Merde et merde, elle ose me parler comme si....
Comme si quoi grognon garçon ?
Le cancer n'a pas tout grignoté de toi.
Tu es un homme.
Cancéreux pratiquant, effectivement. Et moi non.
Tu veux bien mettre ta croix et ta bannière un peu de côté ? derrière la bassine, c'est une bonne idée. Comme ça tu pourras même être tout proche de moi.
Et on va aller se promener sur la plage tous les deux.
Parce que je suis une femme, garçon. Et toi, un homme.

13 novembre 2007

(...)

Toi aussi (...)
Tu es donc retourné là-bas.
Elle me l'a dit, quand je m'apprêtais à partir.
"Il est revenu lui aussi."
C'était un soir, tu étais seul, et tu t'es assis à la même place que celle que j'ai prise aujourd'hui. Elle souriait en me disant cela. Tu as bu une bière toi aussi. Alors j'ai souri, malgré le chagrin, malgré mes yeux qui me brûlaient soudainement, malgré le froid qui avait enserré ma poitrine, j'ai souri. Parce que tu as fait ce qu'il fallait pour ne pas m'y croiser. J'ai mis un peu plus longtemps que toi pour ouvrir la porte qui brinqueballe. J'avais le coeur serré, les mains moites. Et un petit bouquet de fleurs pour elle.
Son visage s'est illuminé, nous nous sommes serrées très fort. Elle a à peine regardé celui qui m'accompagnait. Elle savait bien qu'il n'était là que pour me donner le courage de franchir le seuil. Pourtant il n'a pas été dupe. Quand nous sommes repartis il m'a demandé doucement si c'était là que j'allais avec un homme aimé. Oui. C'était là. Oui, c'était bien la première fois que je revenais.
Tu sais ce qu'elle a rajouté, quand je suis repartie ?
"Vous vous reverrez un jour."
Et j'ai eu envie d'éclater en sanglots de savoir que je t'aimais toujours autant.
Non, non, non, je ne veux plus jamais te revoir. Plus jamais m'écorcher le coeur à ton odeur, plus jamais croiser ta silhouette qui ne se fondra pas à la mienne, plus jamais ta bouche, ton regard, ta voix. Je ne veux pas devoir serrer mes lèvres sur des mots qui n'ont jamais été que pour toi. J'ai peur de te croiser et de m'apercevoir que l'oubli m'aura décolorée.
J'ai presque oublié ta voix, tu sais.
J'ai eu mal de franchir cette porte qui force l'oubli à se dissoudre dans un grincement familier.

17 janvier 2008

Crise de cynistissisme

   - Docteur, j'ai besoin d'une boîte de motvules, s'il-vous plaît. Les habituels. Vous comprenez, j'ai... heu... j'ai
   - Vous avez encore dit des mots non protégés ? Mais enfin, à votre âge, vous savez bien que c'est criminel !
  - Taratata, vous allez être content, je n’ai rien dit. Mais pensé tellement fort… si vous saviez…C'était arrivé tout naturellement. Et j'avais pourtant tout ce qu'il fallait au pied du lit ! En grand format. Le Robert pour me protéger des acides. Le Larousse pour contre carrer les trop falots. Bref une vraie armada. Mais je n'ai pas fait exprès, je vous assure, j'avais presque tout oublié. Quand la réalité m'a rattrapée c'est là que j'ai eu cette crise aiguë de mots non-protégés..
Evidemment, pour ne pas avoir mal, j'ai développé une crise de cynistissisme. Et j'ai bien failli plaisanter sur le seul sujet avec lequel je sais bien qu'il ne faut jamais plaisanter, jamais... Quand j'ai senti ce drôle de mot tout acide me monter à la gorge, je l'ai presque laissé se dire. Presque. C'est pour ça qu'il me faut absolument un traitement de fond. Sinon, un de ces jours...
   - Je vois... Vous me dites que vous avez failli parler de tendresse, d'affection, d'amour même !
tant que vous y étiez ! Et pour éviter de vous laisser aller à être aimable, vous avez failli prononcer de votre voix la plus douce des mots cyniques trempés d’acide… c’est ça ? Comment avez-vous fait pour oublier que les mots sont des sens précieux à ce niveau de langage !  Ce n'est quand même pas un self-service comme sur les blogs. Bien la peine de se targuer d'aimer Yourcenar ou Proust pour sombrer au premier... (...) Bon, l’important est que vous n’ayez rien dit. Et je vous rappelle que vous avez déjà développé une allergie à certains mots, à cause de ce foutu cynisme. Il va falloir prendre un traitement de fond sur plusieurs semaines. Vous le connaissez depuis longtemps ?
   - Heu... trois mois... enfin... avec quelques blancs autour. Des pauses césures.
   - Et voilà comment on vérole la censure ! Bon, ce n'est pas irrémédiable, même si vous faites parfois n'importe quoi ! Je suis là pour tenter de réparer les dégâts. Et éviter l’apparition d’une nouvelle allergie croisée (...)
  - C’est rigolo ça ! des mots croisés !
   - (...)
  - Pardon, je me tais, continuez.
  - Alors, une boîte de Lémothyroxine®.
Posologie pour traitement de fond de cynistissisme, 1 motvule par jour. Et vous n'oubliez pas, un motvule avant chaque rendez-vous.
   - Merci Docteur, c'est promis, je suis sûre que mes mots vont réapprendre à se dire sans cynisme, j'en suis sûre ! Et je n'oublierai plus d'enfiler ma carapace de silences avant.
   - Pas trop solide, la carapace, pour laisser le Lémothyroxine® agir et vous adoucir. Vous verrez, je suis sûre qu'un jour vous arriverez à aimer, et même que vous pourrez dire ce mot.

24 septembre 2007

Guimauve mortelle

La lassitude avait déposé un voile de taffetas sur son regard. Et les paillettes de ses iris, à l'accoutumée en éclats dorés, s'étaient drapées d'un étrange calcaire terne. Elle semblait semblable, et pourtant si différente, absente de tout ce qui était elle. Pas vraiment une silhouette en ombre chinoise, non, simplement évidée. Vivante et enfermée au sein d'un monde où l'apparence s'était dissoute.
Elle n'était qu'au-dedans d'elle, là où une spirale douceâtre la retenait attachée à ses volutes collantes.
La première fois, quand le parfum sucré avait annoncé sa venue, au creux de ses seins, elle avait effleuré du bout de son coeur le piège à l'allure de guimauve brûlante.
Et il s'y était accroché.
Elle avait tenté de déjouer la mortelle attirance, avait recherché les passions qui font voler si fort le coeur qu'il aurait pu se détacher de cette prison sucrée. Elle avait noirci ses poumons de volutes goudronneuses, avait tenté de ne plus nourrir cette douceur qui l'empoisonnait. Dans sa recherche de l'antidote elle reconnut Vian, mais il n'y avait pas eu de remède au nénuphar qui dansait en lui, le noyant dans l'écume de ses jours. D'ailleurs, puisqu'il était mort à 39 ans, elle ne pouvait pas se plaindre, avait elle-même dépassé depuis bien longtemps le seuil.
Alors elle avait appris à déjouer le piège des battements de son coeur. Elle l'avait dressé à se taire, à ne plus être gourmand de douceurs au parfum de fête, qui laissent les mains si collantes que plus personne ne pouvait alors les prendre. Et le voile de taffetas gris perle avait terni son regard de sucre candy.

23 septembre 2007

Le coeur poudré

Tu as passé tes mains chaudes sur mon visage, et j'ai choisi de me taire. Toutes ces drôles d'images un peu floues qui se collaient à mes pensées pour toi, j'avais décidé de les vider de ma mémoire, de t'offrir une toile à peindre avec moi.
Nous nous sommes embrassés, longuement, avons parlé, ri. C'était bien, tu sais.
Deux heures avait passé, je ne savais pas que c'était le temps imparti, celui que tu m'avais accordé. J'avais presque oublié que ton temps était si différent du mien. La soirée amorcée s'était tronquée brutalement.
"Carte mémoire pleine". Le message clignotait.
Va-t-en, va-t-en, cet homme va voler tes espérances, ton abandon, il va prendre ton sourire au creux de ses paumes chaudes et l'effacer de ton visage. Pars, avant d'avoir mal du temps dissout d'être décompté.
Alors j'ai parlé.
Mon besoin d'avoir quelques heures qui s'offrent en marguerite romantique à effeuiller à deux.
Une heure, un jour, un week-end... quoi d'autre encore ?
Le dernier pétale encore accroché au coeur poudré me l'a chuchoté.
Aurais-je eu la force de renverser ce sablier maudit ? De tisser les fils de l'absence sur ce canevas troué d'heures mortes ? Comment peindre ce qui déjà se prive de couleurs ? Je n'ai plus la force de croire.
Je ne veux pas être seule de ton absence, j'ai moins mal de la solitude que je choisis de vivre sans toi.
Chutttt, ce n'est rien...

12 septembre 2007

Vivoter

Parmi eux, vitrifiant leurs nuits de frissons transparents, grapillant les grains soyeux pour remplir de velours leurs jours, parmi eux, vivant comme s'ils allaient mourir demain.
Vivoter. Ôte toi de là, ma vie, vite, Oviv est morte, vive l'eau vive. Ou alors je suis immortelle.
Je ne mourrai pas demain, je ne mourrai jamais : survivante à ma vie passée, c'est déjà beaucoup.
Alors je continue, en eau vive stagnante, odorante cancoillotte sur tranches de jours étalées au couteau. Je poursuis, parce qu'il n'y a que les poissons morts qui se laissent porter par le courant,  érotiquement amante sur canapé fané à tapoter après, sombrant en comas artificiels de mots jusqu'à salir ma bouche, ma couche, rêvotant mes nuits d'amnésies en oublis, hurlant pour effrayer les amants perdus et les aimants déboussolés.
Rien en tambours héroïques, symphonie d'outre-vie, rien en silences non plus. Je les entends, les battements sourds de cet organe recouvert d'une cagoule. C'est cela, j'ai le cœur encapsulé de stretch. Il est frileux, le lâche ! Il s'étire un peu puis revient sagement à sa place. J'ai l'amour élastique, qui reste preste et vivace tant que personne ne le voit. J'affadis les lumières et refroidis les ardeurs, sectionne les mains douces et remballe les dons.
Mais peut-être que cela cessera un jour. Peut-être.
Après tout je vais peut-être mourir quand même pour de vrai ? Qui sait ?

11 septembre 2007

Vol en ligne

Elle avait pris une voix de gamine ;
- tu viens dans mon camp ?
Cela avait remué quelque chose en moi, parfum carambar et tête à la réglisse. Goût choco BN aussi. Et j'avais dit oui. Oui oui, je veux jouer ! Il a quand même fallu m'en rappeler les règles, en 40 ans j'avais tout oublié ! Voyons...au ballon prisonnier, on fait quoi déjà ?
Mais oui ! il faut toucher ceux de l'autre camp avec le ballon ! et s'il le laisse s'échapper, il est prisonnier ! Et alors il va en prison, derrière, puis il essaye de toucher à son tour pour se libérer, et tout et tout et tout ! J'adore ! Même sans la cour de récréation, les couettes, la blouse à carreaux roses, j'adore !
Et depuis je marche en boitant. Et je m'assoie sur un coussin moelleux, monte les marches à petits pas précautionneux et grimace sur mon vélo.
Pourtant j'ai adoré jouer au ballon prisonnier, vraiment adoré. Je me suis laissé prendre au jeu, aux éclats de rire.
Sauf que, quand on lance le ballon, il ne faut pas oublier qu'on est alors sur des roller.... et non plus en mocassins et socquettes. Mon coccyx s'en souvient.  Même massé à l'arnica.
On a gagné ! on a gagné !

9 septembre 2007

Au joueur de dames,

    c'est facile, pas vrai ? Un vrai jeu d'enfants !
Quand tu as commencé à jouer avec moi, je savais déjà que je n'avais pas à faire à un débutant. Un vrai homme à dames, c'est le tatouage de ton regard qui me l'a dit. Jouer le jeu du droit dans les yeux, du mitraillage au  flash, dix chiffres à pianoter sur un clavier, un pour chaque doigt, enfantin. Les règles sont simples. Et nous n'avions pas dit que sauter n'est pas jouer.
Pas bien compliqué de me suivre dans mon lit. Le damier était tout tracé, un pas devant l'autre, même en diagonale, celle des fous qui oublient qu'ils ne sont pas sur un jeu d'échec.
On couche bien les poupées dans leur landau et les lunettes dans leur étui, on couche les mots sur des lignes, et même le soleil se couche dans la mer.
Mais tu t'es trompé de jeu, mon joueur de dames, en me disant "je t'aime". Il suffirait donc de me prendre dans ses bras et de se coucher en moi pour m'aimer ?
Je n'en veux pas des mots convenus, de mon con venus.
Tu crois qu'un jour je pourrais alors te croire ? si tu venais à m'aimer pour de vrai ? pour de tout ? pour de moi ? Après m'avoir dit ce même "je t'aime" ?
Tu aimes les dames, et tu t'es trompé de jeu avec moi.
Je suis une femme.

24 août 2007

Baisers gratuits

Je les ai gagnés ! Avec la jolie joie d'en avoir goûté la douceur. C'est un bête mot, "joie", mais je le trouve pétillant et charmant, simple comme un pissenlit et fragile comme les branches d'un Coeur de Marie. Les baisers, ce sont de tendres poinçons de joie. J'en ai presque volés certains, il leur suffisait de presque rien pour se libérer de leur prison polie... d'un presque rien si fugace que parfois on entend juste l'air qui s'est déplacé en un rien de temps, entre deux barreaux ramollis de tendresse.
Tenez, j'en ai gagné un ...
.... qui a voyagé du grand Nord, là où les innuit se sentent étrangers et les belges chez eux. C'était un baiser frais comme un chicon, et plein de douceur en même temps. J'ai fermé les yeux, et l'ai effeuillé, pour en entendre le craquant.
...  je l'ai presque volé celui là ! C'est quand mon prof de roller m'a dit de m'appliquer pour ce foutu freinage en T. Et que j'ai eu un flot de larmes qui ont jailli de mes deux yeux, les pervers impudiques. C'est drôle, mais il m'a pris de suite très fort dans ses bras, m'a collé deux baisers tout piquants de sa barbe de trois jours, et m'a dit, "chuttt, ce n'est pas grave, chutttt" pendant que je hoquetais que je voulais juste me vider la tête en roller et pas faire cet odieux freinage en T qui m'entraînait dans un grand écart déséquilibré.
.... et celui parfum de citrouille !  c'est un peu fade comme légume, mais je l'ai imaginé rehaussé de muscade et bien poivré. Et, en fermant les yeux, je me suis dit que les femmes mûres avaient de la chance d'avoir un cucurbitacé qui se penchait grâcieusement pour leur déposer une tranche de bisou orange sur le bout du nez.
... après il y a eu ceux tout trempés des larmes de mon ado qui pleurait en bégayant la fin des "vacances les plus géniales qu'elles avaient passé de toute sa vie et c"est tellement loin Auxerre et on va y retourner en Croatie et que je t'aime maman et mes copains copines aussi"....Maintenant j'ai tout compris. Elle est amoureuse.
... j'ai beaucoup rêvé au bisou chocolaté accompagné d'un verre de vin blanc frais. Parce que j'ai compris que cela faisait très très longtemps que je n'avais pas mélangé le Jurançon et le cacao. Alors je vais dessiner un coeur au chocolat dans la pâte ce soir et ma maison sentira le baiser parfumé et gourmand.

Merci, je vous embrasse moi aussi

24 août 2007

Tu oublieras qui je suis

Prends ma main, sans frémir, sans trembler, sans un mot. Je me tairai, tu n'auras qu'à suivre mon regard qui te parle.
Tu me guideras derrière les voiles parmes et le taffetas bruissant, tu fermeras la porte, découvriras le lit de son pardessus pourpre et me coucheras sur les draps violets.
Viens, tu liras les vers de Baudelaire peints au mur blanc de mes nuits. Sans un mot, ils glisseront sur ta pupille.
Tu les écouteras, ils te diront mon lit profond comme un tombeau et je suivrai ton désir qui me précèdera.
Quand tu penseras devoir briser le silence, je plaquerai ma paume sur tes lèvres et ferai glisser ma langue dans ta bouche. J'avalerai tes mots, je boirai tes paroles. Auxquelles je ne crois pas.
Allez, n'ai pas peur, ce ne sont que deux peaux qui s'attirent, que deux hères qui ne croient plus en rien, hormis en la chair de leurs corps.
Viens, je me tairai tant que tu oublieras qui je suis.
Tu glisseras ton corps dans le mien, nous boirons nos salives et nos sueurs salées nous souderont.
Puis je m'endormirai pour ne plus entendre ton souffle qui me glace.

1 juin 2007

Collector H2O n° 1

Main gauche : oh là là, ça fait mal ! c'est tout rouge et gonflé, juste le petit doigt.
Main droite : c'est vrai que c'est toujours sur toi que ça tombe, ma pauvre chérie !
Main gauche : c'est bizarre, non ? Elle est droitière pourtant ! C'est à n'y rien comprendre aux rhumatismes.
Main droite : c'est Elle qui appelle ça comme ça, le toubib Elle ne lui en parle pas, il sera content de savoir qu'Elle traîne ça depuis des mois ! On va rire, Elle fera son numéro de la "pas douillette" et après il va lui rappeler qu'Elle vieillit !
Main gauche : oui, j'imagine le tableau. Elle , les yeux concentrés sur ses Pieds, l'écoutant en en pensant pas moins...
patati, jardinage...patati, sans gants...patati, plus de son âge... Avant qu'il ne lui fasse entendre raison les saisons vont passer!
Pieds droit et gauche : vous parlez de nous ? Alors, les filles, ça roule ? On a appris pour la gauche, courage, ça va bientôt se calmer.
Main gauche : merci, les gars, et vous, pas encore atteints ? Vous avez de la chance, Elle vous met des ptites chaussettes aux premiers frimas !
Pieds droit et gauche : oui, pour nous, la mauvaise saison, c'est l'été, quand Elle se ballade pieds nus ! Dès qu'il fait froid, Elle nous emballe dans des trucs tout doux, c'est un pur bonheur. Elle n'aime pas ça, avoir la Peau de poule (...)
Peau : salut tout le monde, on parle de moi ? Je vois que l'automne a commencé ses dégâts sur la chose (...)
Pieds et Mains, en chœur : la chose ! Mais tu n'as pas honte de parler d'Elle comme ça ?
Peau : je parle en mon nom, hein, je ne vous demande pas d'être d'accord. Je vous signale juste que c'est moi qui ai la plus grande surface, ici, alors j'ai le droit d'en parler comme je veux... de la chose... Parce que la reconnaissance, ça se mérite. L'autre fois quelqu'un lui a pourtant expliqué qu'il fallait m'enduire de lait hydratant et tout plein de choses délicieuses qui me rendraient soyeuse. Mais non, ça l'a fait rire rien que d'y penser ! Alors, pour le coup...
Pieds et Mains : quelle chochotte tu fais, on est tous logés à la même enseigne et on ne lui en veut pas pour autant !
Peau : c'est bien ce que je pensais, vous vous contentez du minimum et vous frétillez de reconnaissance en plus ! Enfin, il faut de tout pour faire la chose.
Inconscient: qu'est-ce que j'entends là ? C'est pas un peu fini de dire des horreurs pareilles, Peau ? Elle l'a douce na-tu-rel-le-ment, pas besoin de l'enduire de trucs collants. Vous allez finir par lui démolir son estime d'Elle.
Ego: de toute façon moi je le sais déjà qu'Elle ne m'aime pas, alors...
Inconscient: et voilà, vous avez réussi ! C'est pas possible de travailler avec des zigotos pareils !
Pieds et Mains : c'est pas nous ! C'est Peau ! Elle fait rien qu'à se plaindre. Nous on l'aime, Elle. Même si quand même on a l'impression parfois...
Ego: personne ne m'aime, c'est pas difficile, ils font juste semblant, pour me faire plaisir, que je ne fabrique pas plein d'anticorps. Je ne suis pas dupe, je sais bien que c'est vénal comme démarche.
Inconscient à Cerveau et Moelle : je demande la fabrication d'endorphines pour dé-focaliser Ego de ses idées noires.
Cerveau : écoutez, je suis d'accord dans l'absolu, mais il faudrait que vous vous mettiez un peu d'accord. Les conflits organiques ça lui use les peptides. La Peau vous allez me faire le plaisir de vous calmer ou je vous déclenche un exéma dont vous vous souviendrez !
Ego: oh, Elle sait très bien le faire toute seule, ça, mais bon, merci quand même de vous préoccuper de moi, Cerveau. Il ne fallait pas vous déranger pour si peu.
Peau : on ne peut rien dire ici, vous parlez d'une dictature !
Cerveau : je me sens fatigué, mais fatigué ! Ego, arrêtez de dire "merci" à tout bout de champ, merde ! On forme une équipe et on a tous besoin les uns des autres ! Estomac, déclenchez une envie de sucre, je sens que je suis en manque et que la journée va être rude.
Estomac : gargouillis en route, Chef ! Elle va bientôt se jeter sur un Snickers ! Et moi aussi je voulais dire à madame la Peau (de vache) qu'Elle me fait de l'acide quand Elle entend le mot "chose". Si ça continue je vais me trouer, alors il va falloir veiller à la faire taire, à cette vieille Peau.
Peau : tu as de la chance que je ne puisse pas intervenir dans tes entrailles écœurantes (...)
Cerveau : mais vous allez finir par vous taire, nom d'un synapse ! Tous !
Ego: c'est pas grave, Chef, ne vous mettez pas en colère contre eux, les pauvres, ils sont bien gentils de me supporter, vous savez.
Inconscient: écoute, Ego, en ce moment tu ne vas pas fort, mais c'est à cause des nuits qui rallongent. C'est ton horloge biologique qui est un peu patraque. Tu sais bien que tu es quelqu'un de bien.
Yeux : ben faudra lui expliquer un peu mieux, parce que je ne vous dis pas comment Elle se voit dans la glace ! Nous, on est aux premières loges, c'est pas joli-joli...
Inconscient : écoutez-moi bien Yeux, enfin, je voulais dire regardez-moi bien, Yeux, vous allez éviter les miroirs pendant quelques temps et moi je vais tenter une réparation. Je vais la focaliser sur le regard d'un gars qu'Elle croise au boulot. Quand il la regarde, Ego double de volume.
Cerveau : bonne initiative, ça, Inconscient. Je m'en souviendrai pour votre évaluation de fin d'année. Pour vos objectifs ça me donne des idées en plus...
Inconscient : je fais ça pour Elle, chef.
Ego : il n'a pas tort, Inconscient, c'est vrai que quand il la regarde, c'est comme si Elle devenait belle. Elle doit somatiser, parce que Yeux ils deviennent drôles en même temps.
Yeux : pour le coup on a comme un voile brillant et on pétille. Encore un truc bizarre qui vient tout droit des Hormones, ça !
Hormones : bien raisonné, Yeux, Elle nous fait travailler à 100% dès qu'Elle le voit ! Mais bon, heureusement que ce n'est pas toute la journée, quel stress !
Cerveau : je suis content de vous, le corps, allez, on garde le cap comme ça et on s'occupe un peu plus d'Ego, d'accord ?
Ego : merci, vous êtes vraiment tellement gentils de vous préoccuper de moi comme ça, en prenant sur votre temps libre en plus.. oh, je sens que je vais pleurer tellement vous êtes gentils...
Cerveau : (...) gros soupir (...)


Pied gauche, petite voix ; j’ai mal, si tu savais comme ça me lance, là, tu sais, juste sous le coussinet.
Pied droit, inquiet ; tu crois que tu vas tenir le coup ? Le médecin a dit que ça irait mieux dans trois jours..
Pied gauche, pas rassuré ; parce que tu y crois ? On voit bien qu’il ne la connaît pas. Trois jours… si Elle accepte de se tenir tranquille.
Pied droit ; là, je suis sûre qu’elle va s’arrêter de gigoter, parce que Elle a décidé de partir en moto ce week-end. Comme c’est toi qui passe les vitesses, Elle va devoir être rai-son-nable !
Pied gauche, soulagé ; rire, tu es génial, le droit, j’avais oublié !
Pied droit, rosissant ; il faut bien que je t’aide un peu, tu me fais de la peine, ptit gauche, avec ta plaie. J’en étais malade quand il a enlevé le bout de ferraille. Surtout avec toute la corne qu’Elle nous laisse…
Pied gauche ; tu l’as entendu, le toubib, quand il lui a demandé où Elle allait se fourrer les pieds pour se planter un truc pareil ?
Pied droit ; tu parles si je l’ai entendu… Même qu’Elle s’est mise à nous faire faire plein de sueur tellement Elle avait la trouille quand il a pris son scalpel en disant ça !
Pied gauche, chair de poule sur le gros orteil ; arrête, n’oublie pas que c’est moi qu’il a charcuté !
Pied droit, penaud ; je te demande pardon, c’est vrai … Mais cela t’a sacrément soulagé, après. Je te regardais, tu sais, je t’ai senti te détendre tout à coup.
Pied gauche, amer ; depuis le temps qu’on lui dit d’arrêter de marcher pieds nus n’importe où !
Pied droit, formel ; ça va lui servir de leçon, maintenant qu’Elle saute sur moi seul pour se déplacer. Ne t’inquiète pas, la solidarité joue à fonds, je lui en fais voir de toutes les couleurs ! Hop, une glissade, hop, un chavirage, Elle fait moins la maligne !
Pied gauche, goguenard ; mademoiselle a préféré attendre ! Mademoiselle croyait que ça « sortirait » dans de l’eau chaude ! Et moi, je sentais bien que c’était planté profond-profond…
Pied droit, hochant des orteils ; c’est vrai qu’Elle est tellement têtue que ça frise la stupidité.
Pied gauche ; enfin, heureusement que j’ai gonflé, sinon il aurait fallu que j’attende encore longtemps !
Pied droit, rigolant ; une petite gangrène, le gauche ? ou juste un curetage osseux. Non, une amputation, ne lésinons pas !
Pied gauche, en colère ; tu ne me fais pas rire du tout. Je te signale qu’on est deux. Un de ces jours ce sera toi…
Pied droit ; allez, rigole, mon ami, Elle te chouchoute maintenant… mais ton nouveau parfum…assez chimique là !
Pied gauche, radouci ; ça pue ! Il n’y a pas d’autre mot ! Et cette couleur mauve…L’autre fois Elle a failli m’ébouillanter d’ailleurs, dans la bassine ! Elle en a mis partout, de son eau permanganatée, tellement Elle m’a sorti en vitesse, limite ébouillanté !
Pied droit ; orteil bouilli au menu !
Pied gauche ; ah ça, ce n’était pas loin ! Bouilli et stérilisé !
Pied droit ; je suis content que tu ailles mieux, tu sais. Je me faisais beaucoup de souci pour toi..
Pied gauche, ptite voix ; sans toi je serai perdu. Merci, mon droit, mon ami fidèle.
Pied droit, tout rouge ; allez, on arrête et on dort maintenant. C’est fini de se dire toutes ces bêtises.

 


Pied gauche, brusquement ; moi, j’aimerais bien qu’Elle nous bichonne un peu plus.
Pied droit, outré ; oui, on est ses esclaves, en ce moment Elle nous traite comme des riens, les oubliés de son Elle.
ied gauche, rouge de colère ; on a qu’à lui en faire voir de toutes les couleurs ? Qu’est-ce que tu en penses ?
Pied droit ; d’accord, mais c’est toi qui prends l’ongle incarné alors.
Pied gauche, rétracté ; ah non, pas ça ! Elle est pire que tout quand Elle veut s’en occuper. La dernière fois c’était une vraie boucherie, après, tu la connais, pas délicate pour deux sous ! Non, trouve autre chose. Tiens, une ampoule, une avec la peau qui s’arrache.
Pied droit, tordu de douleur à l'idée; mais Elle en a tout le temps, mademoiselle à la peau sensible. Tu crois qu’Elle comprendra un jour qu’on existe ? Un peu de considération, ce n’est pourtant pas grand chose.
Pied gauche ; (…) ??
Pied droit ; (…) ??
Pied gauche ; un cor ? C’est pas mal comme idée, non ?
Pied droit, ironique ; tu rêves, là. Elle jette les chaussures au premier bobo de ce genre. C’est pour ça qu’on a toujours les mêmes. Usées en biais, même trouées sous la semelle, tu sais, comme ses bleues tout avachies...
Pied gauche, amer ; à qui le dis-tu ! Pourtant on mériterait du cuir souple et des jolies formes, avec des petits talons.
Pied droit, formel ; tu rêves toujours, mon pauvre ami…
Pied gauche, goguenard ; madame veut qu’on l’aime pour Elle, pas pour ses chaussures, comme si on était pas ce qui la reliait au sol. En plus ils s'en moquent de ses chaussures, eux, alors que nous, c'est quand même notre maison, pour toute la journée. Elle est stupide, je te jure, stupide !
Pied droit, hochant des orteils ; ne sois pas si méchant avec Elle. C’est de leur faute, à eux (...)
Pied gauche ; facile, là, eux, toujours eux, comme si Elle n’existait pas sans eux !
Pied droit, pensif ; mais non, ce n’est pas ce que je voulais dire ! Souviens-toi de son ex, oui, le dernier, celui qui nous aimait tant.. Tu te souviens ?
Pied gauche, en colère ; tu crois qu’on va pouvoir l’oublier celui-là ? Ah, ça, il lui donnait à la tonne des mots d’amour, tes pieds ceci, tes pieds cela, même que ça nous fatiguait, parce qu’on savait bien qu’Elle se sentait mal, tu sais qu'Elle nous recroqueville tous les orteils quand Elle a un peu peur. Elle ne peut pas nous mentir, à nous ! Si cerveau nous avait mis une alarme, Elle se rendrait bien compte de ce qui va pas, grâce à nous...
Pied droit, sagement ; ça, c’est autre chose, tu parles des derniers moments avec lui, quand Elle avait enfin compris qu'il fallait nous écouter. Non, je te parle de lui, mais la première fois. Quand ils sont partis sur leurs motos. Tu sais, quand ils s’étaient rencontrés, qu’Elle pestait contre sa moto qui démarrait mal ! Il l’avait suivie, après.
Pied gauche, radouci ; oui, au bord du lac ! Et Elle nous avait libéré des tennis, qu’on sente les galets ! J’aime quand Elle nous laisse caresser les galets ou le sable (…)
Pied droit, croustillant ; et bien, souviens-toi, ce jour là, il ne l’a pas embrassée … Il nous a massés. Il avait de bon côté quand même. Et ses petites chaussures roses, tu sais, avec la fleur dessus, ben c'était lui quand même. Et puis il nous les limait même nos ongles.. pas comme maintenant... Attends un peu qu'Elle en retrouve un, de eux.. Hé hé ! Pour sûr que ce sera un eux qui nous aime, je le sens bien !
Pied gauche, sèchement ; pourquoi ? On ne mérite pas d’être cajolés par Elle, peut-être ? Il va falloir qu'on attende une pièce rapportée pour avoir droit à un peu de considération ? Elle n'a pas le chromosome coupe-ongle et lime ? C'est à eux, ça , comme gène? Madame nous ignore. Tu vois, Elle est stupide !
Pied droit, chagriné ; tais-toi, tu ne La comprendras jamais. Elle ne sait pas s'aimer, c'est tout.

 


Pied droit, anéanti ; ça y est, Elle recommence, je n’en peux plus..
Pied gauche, épuisé ; tu parles de quoi ? parce qu’Elle passe sa vie à recommencer. Tout et n’importe quoi !
Pied droit, soupirant ; pour le reste ça m’est égal, je te parle de nous, évidemment.
Pied gauche, conciliant ; oui, bien sûr, heureusement que nous sommes là pour nous intéresser à nous.
Pied droit, avec un sourire triomphant ; ah, quand même, tu le reconnais ! Parce que tu me fatigues parfois à te préoccuper constamment du reste de son Elle, comme si nous n’avions pas assez de soucis comme ça. Tu as vraiment une âme d’abbé Pierre.
Pied gauche, vexé ; et bien oui, monsieur Pied droit qui se prend pour le centre d’Elle, je préfère ne pas me considérer comme le seul objet important d’Elle. Je ne suis pas son nombril, moi.
Pied droit, haussant le ton ; ne me parle pas comme ça où je me foule la cheville, tu feras moins le malin après.
Pied gauche ; quelle violence en toi…et en plus tu deviens auto-destructeur. Je te conseillerais bien d’aller voir un podopsy, mais l’idée de te supporter déversant tes aigreurs, là, à côté de moi, non merci !
Pied droit, rouge de rage ; stupide pédotruc, tu n’aurais rien à raconter, toi, tu penses avec autant de profondeur qu’une dent au comptoir de sa mâchoire !
Pied gauche, consterné ; quand je t’entends m’insulter, là, et que je ne sais même pas de quoi tu te plaignais il y a deux minutes…
Pied droit, en pleine réflexion ; mais de la fatigue, des mauvais traitements qu’Elle nous fait subir depuis qu’il fait beau ! Et l'automne n'est pas encore là...
Pied gauche, soupirant ; oui, c’est vrai qu’Elle exagère un peu…
Pied droit, frissonnant ; « un peu » ! Un peu seulement ? Mais je rêve….Elle n’arrête pas de marcher pieds nus n’importe où, au bureau, à la maison, au jardin…et aujourd’hui sur le trottoir…avec toutes les saletés qu’il y a par terre…
Pied gauche, blême ; …j’ai même évité de justesse un tesson de bouteille tout à l’heure !
Pied droit, triomphal ; ah ! tu vois, c’est bien ce que je disais, Elle recommence à faire n’importe quoi !

 


Estomac à centre de l'oreille interne ; vite, demande urgente pour la faire vaciller et entraîner une nausée. Urgent, je répète. Elle doit arrêter immédiatement.
Oreille interne à Cerveau ; chef, j'obéis ? ça a l'air grave.
Cerveau ; je m'en occupe, pas d'initiative pour l'instant. Vous connaissez Estomac, il fait des histoires pour un rien.
Oreille interne ; bien reçu, j'attends les ordres.
Cerveau à yeux ; qu'est-ce qu'Elle mange ?
Yeux à Cerveau ; nous, on voit un paquet d'arachides. De l'alimentaire, chef.
Cerveau, soupirant ; mais qu'est-ce qu'il lui prend à Estomac ?
Cerveau, terriblement inquiet soudainement ; dites les Mains, vous faites quoi, là ?
Les Mains ; on prend dans le paquet et on dépose dans sa bouche chef !
Cerveau ; (...)
Cerveau, pris de panique ; les Mains, ce sont des arachides ou des cacahuètes ?
Les Mains ; des arachides, confirmé, chef.
Cerveau, tonitruant ; mais vous les avez décortiquées avant de les mettre dans sa bouche ?
Les Mains ; non, Elle nous a pas donné l'ordre de le faire chef ! On n'y peut rien, nous !
Cerveau, bouillant de rage ; Oreille interne, déclenchez la nausée, et dépêchez-vous !
Oreille interne, vibrant de tous ses cils ; je tente, chef.
Cerveau ; ce n'est pas de "tenter" que je vous demande, mais de réussir !
Cerveau à Estomac ; ça va, vous tenez le coup ?
Estomac, voix pâteuse ; on en a vu d'autres, chef, mais Intestins demandent grâce...
Cerveau à Intestins ; la digestion a commencé ?
Intestins à Cerveau ; ce n'est que le début, mais les molécules qui arrivent d'Estomac sont énormes. Trop de fibres, bien trop. Elles absorbent toutes les particules de lipides, impossible de les extraire. On en manque, de ces foutues graisses.
Cerveau à Intestins ; tenez le coup, demain je lui enverrai un ordre irrépressible pour manger des beignets . Ça vous ira ? Vous préférez autre chose ?
Intestin à Cerveau ; le problème des beignets ce sont les glucides. Foie est fatigué de fabriquer de l'insuline, à cause des bonbons qu'Elle grignote toute la journée.
Cerveau, fatigué, épuisé ; Elle me fatigue, mais Elle me fatigue....
Cerveau à Foie ; Foie, vous vous débrouillez comme vous voulez avec votre insuline, demain je lui donne envie de manger des beignets. On a besoin de lipides, et Elle aime celles-là.
Foi à Cerveau, grommelant ; bien chef, je ferai de mon mieux.
Cerveau à Oreille interne ; bon, ça y est, la nausée arrive enfin ?
Oreille interne à Cerveau ; vous ne l'avez pas sentie ? Bien la peine que je vibre de tous les cils, tient ! De toute façon vous savez bien que rien -rien!- ne l'arrête quand Elle commence à attaquer des arachides. (travaillez, travaillez, et voilà comment il vous traite. Esclavagiste !)
Cerveau ; message à l'attention de tous. Elle recommence à manger n'importe quoi, que chacun rassemble ses forces, je vais tenter de lui occuper les idées avec un sujet délicat, mais, en attendant, bon courage à tous.

 


Cœur : Tu as vu ? Elle pleure.
Tête: Oui, je sais, Elle tremble un peu aussi.
Cœur: Tu crois qu'on peut l'aider ?
Tête: Non, tu sais bien que son chagrin est solitaire. Elle n'en parle pas, jamais. Elle l'écrit juste, avec quelques mots salés.
Cœur: Heureusement qu'Elle a ça. Pense à tous ceux qui se terrent dans le noir, qui s'enterrent dans le silence, qui n'ont pas l'écriture.
Tête: Oh, non, voilà qu'Elle sanglote maintenant. Je déteste qu'Elle secoue sa tête comme ça.
Cœur: Elle se sent seule, c'est bête quand même, Elle a eu de la visite pourtant.
Tête: Je sais bien, ça lui fait souvent ça, comme si Elle se sentait abandonnée. Elle repart dans son passé, ses souvenirs.
Cœur: Tu crois que Toi lui manque aussi ?
Tête: Chut, qu'Elle ne t'entende pas dire ça. Tu sais bien qu'Elle s'est interdit d'avoir mal de Toi.
Cœur: Oui, je sais bien, mais à force de jouer à la dure, Elle se casse toute seule. J'ai souvent pensé que tous ces petits bouts qu'Elle rigidifie peu à peu finiraient par la transformer en statue de marbre.
Tête: Statuette qui paraît si solide et se brise comme verre pourtant. Elle devrait accepter.
Cœur: Quoi ?
Tête : D'être humaine.

 


Pied gauche, en extase ; c’était divin, non ?
Pied droit, encore tout ému ; le mot n’est pas trop fort, Elle est adorable quand Elle le veut.
Pied gauche ; tu ne m’empêcheras pas de penser qu’il y a anguille sous roche…
Pied droit, pensif ; non !! tu crois qu’Elle va les ressortir de la boîte ?
Pied gauche ; ah, toi aussi tu penses aux escarpins ? Les gris?
Pied droit, coquin ; depuis le temps qu’ils sont enfermés, les pauvres…
Pied gauche, curieux ; il est revenu ?
Pied droit, haussant le cou de pied ; « il », tu penses au géant ?
Pied gauche ; ben oui, tu en connais d’autre pour qui Elle se faisait le pied joli, et prenait 10 cm de plus ?
Pied droit ; c’est vrai, maintenant que j’y pense (…)
Pied gauche, ironique (…) ça t’arrive de temps en temps ?
Pied droit, nerveux ; j’arrête de te parler si tu continues.
Pied gauche, radouci ; allez, sois mignon, ne te fâche pas, c’était histoire de plaisanter. Alors, tu crois qu’il est revenu ?
Pied droit ; non, tu ne te rappelles pas ? ils se sont dit adieu sur le quai de la gare, là-bas. On était en chaussures de randonnée, Elle avait préféré les garder pour le voyage, en souvenir ! Elle est vraiment rigolote de croire que les souvenirs aussi poudreux que ceux-là n’allaient pas fondre comme neige au soleil.
Pied gauche, rêveur ; moi, je l’aimais bien, ce géant des montagnes. Elle l’appelait mon yéti, et quand il nous attrapait, devant la cheminée (…)
Pied droit, dans un soupir ; (…) avec une seule main, hop, du talon au bout de l’ongle.
Pied gauche, en riant ; N’empêche, il nous les coupait drôlement bien, lui, nos ongles, un perfectionniste !! Et quand il nous massait la plante ou qu’il dépliait nos orteils…j’arrête, ça fait mal d’y penser…
Pied droit, se regardant ; Elle a fait un effort aujourd’hui, Elle nous a même limé les ongles. On ne fera plus de bruit dans les draps !
Pied gauche, grincheux ; ça, ils lui ont donné de mauvaises habitudes. Pas un pour nous ignorer, tu crois qu’Elle faisait exprès de choisir ceux qui nous aimaient ?. Remarque, je dis n’importe quoi, Elle nous a toujours laissés dans notre coin, Elle. Et eux, toujours à s’occuper de nous. Elle n’avait jamais le droit de couper le moindre bout. Et maintenant, évidemment, Elle n’y pense pas souvent. Je suis sûre qu’il va revenir, c’est la seule explication possible pour qu’Elle nous fasse beaux.
Pied droit, songeur ; tu te souviens quand Elle nous laçait les lanières sur la cheville ? Elle pestait !
Pied gauche, hoquetant de rire ; et après quand Elle marchait comme si le sol était instable…Qu’est-ce qu’on a pu rire !

Pied droit ; surtout quand Elle les enlevait, excédée, et finissait pas danser sur ses pieds à lui ! Combien chaussait-il, tu te souviens ?
Pied gauche ; pfuttt, c’était terrible, je me sentais minuscule ! Elle aussi d’ailleurs ! Elle disait « non, je ne suis pas petite » et il nous faisait quitter le sol pour qu’Elle soit grande ! Oui, on s’amusait bien avec lui… Mais Elle est partie, ce n’est pas pour lui, j’en suis sûre. D’ailleurs, regarde, Elle va nous mettre de la crème !!!
Pied droit, stupéfait ; waouh ! Tu as raison, pour lui, jamais de crème…
Pied gauche, perplexe ; bon, va falloir être attentif. S’il aime ses pieds, celui-là, on arrête de se tordre dans tous les sens, on se tient à carreau.
Pied droit, ricanant ; tu oublies comment Elle est, pied gauche. Elle ne va pas résister longtemps… dans des chaussures, Elle n’est jamais très à l’aise. Il a intérêt à savoir les lui enlever, qu’on respire, sinon...hop, Elle va partir en claquant des talons !


 

Pied droit, émoustillé ; tu as vu ? Elle va s’occuper de nous !
Pied gauche, incrédule ; de nous ? Non, mais ça fait des années que…
Pied droit, dubitatif ; peut-être qu’Elle va reprendre la danse. Tu te souviens ?
Pied gauche, pensif ; qu’est-ce qu’Elle nous bichonnait, à l’époque…
Pied droit, rêveur ; il valait mieux ! Elle nous en demandait de ces trucs ! Tu te souviens du goudron, ou de la dalle de béton ?
Pied gauche ; impossible d’oublier ! Allez, les pieds, pas de contestation, on assume, Elle n’avait que ça à la bouche ! Elle nous traitait comme des chaussures !
Pied droit, inquiet ; mais là, je ne me sens plus le courage, mais alors plus du tout. Elle me tordait dans tous les sens, c’était l’enfer parfois. Ça brûlait, ça faisait même des plaies. Quelle horreur !
Pied gauche, rassurant ; non, pas la danse, Elle avait dit qu’elle arrêtait. Tu la connais, Elle est têtue.
Pied droit, dans ses souvenirs ; remarque, moi j’aimais bien, après. Parfois, il y en avait un qui nous faisait un massage fabuleux…Et Elle ne bougeait plus. Allongée, trempée de sueur, c’était pas mal, la danse, ça la vidait de la tête aux pieds.
Pied gauche, orteil relevé ; (…) aux pieds (…) c’est vite dit. Tu sais bien qu’on bouge tout le temps, même quand Elle dort. Je crois qu’Elle danse dans sa tête, moi.
Pied droit, fièrement ; tu n’as pas tort, Elle me fait rire quand on bouge et qu’Elle croit qu’Elle ne pense à rien !
Pied gauche ; regarde, elle a pris une râpe ! Chouette ! Fais-toi tout petit, pied droit, sinon ça va la décourager.
Pied droit, outré ; mais je suis tout petit, ce n’est pas un demi-centimètre de plus que toi qui va la décourager, non mais !
Pied gauche, souriant ; qu’est-ce que tu es susceptible en ce moment !


Pied droit, posé ; vas-y. Depuis le temps que je t’attends. Tu es prêt, non ? Ça fait des jours qu’on en parle de ce rendez-vous.
Pied gauche, arqué ; c’est facile pour toi ! Toujours prêt à te poser. On y va, sans réfléchir, c’est bien toi, ça ! Tu crois que c’est le bon moment ?
Pied droit, en chaussette ; tu ne vas recommencer avec le bon moment. La dernière fois j’ai cédé. Mais ça n’existe pas le moment dont tu parles ! C’est aujourd’hui. Point.
Pied gauche, recroquevillé ; non, on n’y va pas. Je te jure, je sens même que je vais avoir une ampoule.
Pied droit, pointé ; et alors, depuis quand ça t’arrête, d’avoir une ampoule ? Tu veux que je rappelle les 17 km en plein hiver, avec des chaussures de ville, en montagne (…) quand même quoi ?
Pied gauche, cambré ; ah, je m’y attendais à ces km là, tu ne m’as jamais pardonné, c’est d’un facile ! Elle avait l’air si heureuse, et toi, égoïste, tu aurais aimé que je gèle, c’est ça ? Et bien non, monsieur jamais content, j’ai résisté. Mais là, ce n’est pas pareil. Rien qu’une fois, la dernière, allez, on reste là, j’ai la trouille là, tu le vois bien, j’ai l’ongle qui blêmit…
Pied droit, à plat ; j’y vais. Elle nous attend.
Pied gauche, relevé ; non, s’il te plaît, attends. Et s’il me trouve laid ? Regarde, j’ai l’ongle là tout racorni et rayé.
Pied droit, chaussé ; bon, alors, là, tu m’excèdes. Tu as toujours détesté t’occuper de tes ongles, c’est ton problème. D’abord il ne va pas y jeter un seul clin d’œil, à tes ongles, tu te prends pour qui ? Le centre d’Elle ? Tu n’es que son pied, et moi aussi. On y va, et pas de chichis, je te prie, avance.

 


Main gauche ; Regarde ce qu’Elle m’a offert, elle est belle, hein ?…
Main droite  Je sais, stupide, je l’ai vue, sans moi elle ne serait pas sur ta phalange !
Main gauche ; Tu es jalouse…
Main droite  Moi ? De toi ? Tu rêves, la gauche, tu délires, même !
Main gauche ; Oui, parfaitement, tu es jalouse parce que la bague, elle est pour moi…
Main droite  C’est que de la verroterie pour frustrée. Ça lui passera de vouloir ce truc bizarre en plein milieu de sa main.
Main gauche ; Ouh la la, tu es encore plus aigrie que ce que je croyais, droite.
Main droite  Moi, aigrie ? Mais sans moi, Elle n’est rien, ma pauvre, rien du tout !
Main gauche ; Tu te trompes. Je suis sacrément utile…Souviens-toi. Réfléchis un peu…
Main droite  (…)
Main gauche ; Oui, en janvier, quand ils l’ont opérée du coude…T’avais belle mine tiens, immobilisée dans ton attelle bleue. Alors, mademoiselle droite qui dit qu’elle est meilleure que l’autre…on ne dit plus rien, pour le coup !
Main droite ; d’abord ça n’a duré que six semaines, alors si tu crois que tu vas en tirer de la gloire pour 20 ans, tu te fais plus grosse qu’un bœuf, là…
Main gauche ; Je te signale qu’Elle sait très bien maintenant que moi, l’insignifiante gauche, et bien oui, que je suis capable de faire des tas de trucs…
Main droite ; et c’est pour ça qu’elle te remercie avec ce truc en verroterie…Laisse moi rire !
Main gauche ; allez, ne te fais pas plus méchante que tu ne l’es, ptite droite. Tiens, je te la prêterai si tu veux.
Main droite ; pas question ! Avec tout le travail que j’ai à faire, il ne manquerait plus que ce truc qui se coince partout. Si tu crois que je ne te vois pas !! Par exemple quand tu essayes de te glisser dans la poche de son pantalon…Accrochée par la couture, je te vois pester, tu sais !
Main gauche ; soyez sympa, et voilà comment elle vous parle. Tu mériterais un panaris…
Main droite ; Oh!
Main gauche ; là, tu te tais…Parce que tu ne fais pas grand chose quand ça t’arrive, pas vrai ? Et heureusement que j’existe, alors…
Main droite ; je n’ai jamais dit que tu ne servais à rien, mais reconnais quand même que je suis plus utile que toi ! Parce que, quand j’avais l’attelle… Tu arrivais à faire cliquer la souris et à taper sur le clavier, d’accord…mais pour écrire…
Main gauche ; si, à la fin j’y arrivais. Ce n’était pas facile, Elle ne m’avait jamais appris avant, alors que toi, évidemment…
Main droite ; oui, tu y arrivais, c’est vrai. Mais souviens-toi, quand Elle essayait de te relire…Les crises de fous rires…
Main gauche ; six semaines, c’était bref. Toi tu as 44 ans d’écriture dans les doigts ! Enfin, on ne va pas se faire un procès pour ça…Je te la prêterai, ma bague. Pour sortir, ça te va ?
main droite ; merci, la gauche, tu es un amour… Pardon, j’étais un peu jalouse, tu sais. C’est vrai, c’est moi qui fais les trucs les plus durs et Elle ne m’offre jamais rien !

 


7 août 2007

Noir

J'ai noirci les feuillets, encré les pages, tâché ma fiche d'identité en Chine indélébile, cultivé les grains de beauté et les bleus à l'âme qui noircissent l'humeur, j'ai râturé le livrets de famille de ces vies qui ne me convenaient plus, et repeint en blanc les murs.
Les pinceaux sont lavés.
Les feuillets brûlés.
Je dois trouver la lumière qui décomposera en un spectre arc-en-ciel les moments qui se figent en mélancolie terne.
Je dois allumer dans mes yeux les étincelles qui font flamber les heures et scintiller les braises.
Je dois sauter dans la flaque et éclabousser ma vie.
Et cesser de porter le deuil d'un amour mort de n'avoir jamais vécu.
Comme un pion de Go, me retourner, de noir à blanc.

5 août 2007

Blanc

J'ai tiré les meubles, décroché les tableaux, aspiré les poussières, lavé les taches, accroché de vieux draps au sol, installé l'échelle, remué la peinture, transvasé la quantité adéquate dans un récipient, enfilé ma tenue de combat, grimpé sur l'échelle, tiré les bras et la langue en même temps que le rouleau, juré quand la peinture a coulé tout doucement le long de mon pantalon jusqu'à faire une jolie flaque au sol, bu trois café, fumé des cigarettes au goût de peinture, eu tellement mal à l'épaule que j'en suis devenue gauchère, continué, jusqu'au recul disant c'est ok, lavé les récipients, le rouleau, le pinceau, nettoyé le sol au vinaigre, aspiré le recto des tableaux empoussiérés, planté les clous, vissé les vis, raccroché les tableaux, poussé les canapés.
Et je me suis assise. 

C'est blanc, c'est propre, c'est vide.
Comme ma vie.

J'irai faire du roller, dégouliner de transpiration, mordre ma langue, rire aux éclats, masser mes pieds endoloris au bord de la route, boire un verre, grignoter des chips, avoir plein de potes pour rigoler un coup, parler de la dernière sortie moto, de la prochaine auberge espagnole.

Et je m'assiérai sur mon lit, le soir.
Mon lit blanc, propre et vide.
Comme ma vie.

Et peut-être des larmes viendront-elles y déposer leurs cristaux blancs.

2 août 2007

Plic-Ploc

Vieillerie de vacances (écrite en 2006, ça ne nous rajeunit pas mais c'est toujours d'actualité ! )


C'est formidable maintenant.
Ces carreaux de faïence bleue nuit et cette lumière qui s'allume automatiquement. Très beau, très clean et propre. Très adapté aux fauteuils roulants. Très design, jusqu'aux lave-mains. Tout est parfait. Et le Comité Hygiène et Sécurité est très content.
Oui, mais moi, je préférais les anciennes.
Les normales, avec des portes comme à la maison, sans clignotant rouge pour expliquer que l'on ne doit pas tenter d'entrer dans ces toilettes, elles sont déjà occupées. Avant, quand on tentait d'ouvrir la porte, on entendait une petite voix humaine, un soupçon angoissée, qui balbutiait "c'est occupé", en oubliant même de poursuivre ce qu'elle faisait juste avant.
Maintenant je sais, dès mon entrée dans le lieu d'aisance (je vous assure que ça le mérite), si je peux me précipiter ( j'ai un peu tendance à attendre le dernier moment) ; "stop", on attend, on ne touche pas. Il y a des humains derrière, en petite tenue parfois si rigolote (je pense à chef à moi, et je me sens mieux après, en réunion houleuse). La rangée de portes, toujours bien closes (on n'expose pas ce genre d'endroit, on n'en parle pas, vous savez bien), grâce aux vérins qui automatisent leur fermeture.... et qui me demandent d'oublier que les muscles de mes bras ressemblent à de la guimauve. Je me muscle donc tous les jours. Plusieurs fois par jour ; parce que j'écoute les conseils du ministère de la santé. Je bois. Plein d'eau. Donc je fais pipi. Sans arrêt.
Je préférais les anciennes, je vous dis. Que je pouvais ouvrir d'une poussée du genou ou du coude, voire des fesses. Et desquelles je ressortais propre et sèche. Parce qu'avant, jamais je ne m'étais indûment tacheté le pantalon de quelques gouttes indisciplinées. Avant, quand je devais moi-même pousser l'interrupteur qui me permettait de ne pas être confrontée à une cuvette dans l'obscurité. Je vous explique.
Maintenant, plus besoin de d'éteindre en partant ; économie ou hygiène, il y a un minuteur. Que la personne précédente a certainement enclenché. Et que je n'ai donc pas ré-activé. Puisque c'était allumé quand je suis rentrée.
Et là, alors que je suis concentrée à évacuer l'urine dé-concentrée par toute l'eau que je lui ai donnée en goutte-à-goutte; le black-out.
Dans 6 m2, le noir total.
Alors même que je suis dans une posture ... donc, je vous laisse imaginer (pas vous, les filles, je sais que vous savez). Et le point orangé du minuteur à allumer, là-bas, tout au fond, prêt de la porte, qui me nargue. Maintenant je sais comment fonctionne un minuteur. Donc je ne panique (presque) plus quand j'ai oublié d'allumer la lumière déjà ouverte (pas de remarque sur les flux électriques et mon verbe "ouvrir" comme un robinet, on est là pour parler, pas pour disserter). Je réussis même à attraper, toujours dans le noir, le bout de papier qui est comme toujours coincé bien collé à son rouleau d'origine sous le dévidoir dont la taille est prévue pour un troupeau d'éléphants. Ce qui va me permettre de ne pas devoir, quand la lumière aura enfin été allumée, éponger le goutte-à-goutte de mon eau dégouttée précédemment. Par terre ou sur mon pantalon. Les garçons, je ne vous demande pas comment vous faites, je sais. Hélas.
Voilà, et là, je ne vous ai parlé que de son usage fondamental et premier. Maintenant il y a le reste.
Parce que si vous voulez boire votre litre et demi, d'eau évidemment, vous devez remplir votre bouteille, le matin. Ceux qui payent pour avoir de l'eau sous plastique, ne lisez pas, ça ne vous concerne pas. Donc vous vous dirigez vers les vasques design. Aux superbes mitigeurs. Très jolies, les vasques. Mais pour deux mains à laver, seulement deux mains. Donc, maintenant, vous vous dirigez tous les matins vers les toilettes, la bouteille de verre sous le bras gauche, et l'indispensable demi-bouteille en plastique à la main gauche. Important, la main gauche, parce que vous aurez besoin de toute la force de votre bras droit pour ouvrir la porte au vérin suffisamment résistant pour contenir un troupeau d'éléphants qui tenteraient de s'échapper du lieu.
Tous les matins, donc, vous jouez donc à transvaser de l'eau, de la petite bouteille vers la grosse. Sans en renverser à côté, hein, parce que le plan est design et il n'y a pas de rebord pour contenir un débordement. Ça ne se fait pas de tremper ses chaussures de bon matin. Pour moi, en tout cas, maintenant, j'y fais attention. Quoique, elles avaient fini par sécher avant la fin de la journée, la première fois. Ça détend de jouer avec l'eau. Je vous assure, c'est très zen le remplissage des bouteilles.
Il y a un seul truc rigolo, c'est qu'ils avaient oublié les femmes de ménage. Qui ne pouvaient plus remplir leur seau. Mais on ne va pas demander aux architectes de penser à ces choses si bassement matérielles, hein ?
Elle sont si belles, les nouvelles toilettes.
Et puis ils leur ont mis à disposition un petit tuyau d'arrosage, pour leurs seaux. C'est très rigolo. Et aussi ils leur ont donné une grande grande rallonge électrique. Pour l'aspirateur. Parce qu'ils avaient oublié que ça se nettoyait, les lieux d'aisance. Et pourquoi donc y installer des prises ? les messieurs n'allaient pas s'y raser !
Je chipote, je le sens bien. Que voulez-vous, ce doit être la nostalgie. De la cabane au fond du jardin.
Oh, j'ai oublié de vous raconter un truc rigolo. Ce sont les toilettes pour handicapés. Immenses. J'aime bien y aller aussi.
Et la première fois que je m'y suis retrouvée dans le noir absolu, et que j'ai sautillé, le pantalon aux genoux, jusqu'à l'interrupteur... je suis passée devant le sèche-mains électrique, qui est très bas, bien sûr, dans ces toilettes là... juste à la hauteur ... de mes fesses. Je vous assure que j'ai ri après, parce que c'est drôlement chouette de passer ses fesses sous l'air chaud. Surtout dans le noir, quand on ne s'y attend pas. Bon, j'ai un peu hurlé sur le moment, mais après plus jamais.
Pour vous montrer à quel point je suis insupportable, et bien je râle même contre les miroirs qu'ils ont installés dans chacune des cabines à pipi. Maintenant, bien à l'abri des regards, et bien, je me vois en gros plan. Avec un spot bien éclairant (enfin, quand j'ai pensé au minuteur). C'est inhumain, ça. Personne pour entrer et admirer le spectacle de ma langue poussant la joue... là... mais, c'est un bouton ça... Et voilà comment je ressors avec un truc tout rouge et hideux, un peu sanguinolent, au milieu du visage. Alors qu'avant, et bien je ne l'aurais même pas vu....le bouton qui a pris des allures de volcan à la lumière rasante.
Elle sont très belles, les nouvelles toilettes.
Mais je préférais quand même les anciennes.

31 juillet 2007

Goutte à goutte

Le poing s'est refermé, l'os brisé a transpercé la paume.
Et je souris.
Très doucement, un voile rouge au fond de la gorge,
le poing serré en goutte à goutte des espoirs brisés.
J'ai perdu.
Et dans l'arène, le silence a tranché sur mon sort, le pouce disparut dans la main.
Le jeu est fini.
La tête haute, la nuque raide de ma fierté paralysée, le pied enlisé dans cette terre de lumens, le poing serré.
C'est la fin.
Et je souris.
Mes yeux se plissent tendrement, les phalanges blanchissent sans bruit.
Ne dis rien, non, rien.
Mon regard est vide,
et je souris,
le poing brisé.

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