Vivoter
Parmi eux, vitrifiant leurs nuits de frissons transparents, grapillant les grains soyeux pour remplir de velours leurs jours, parmi eux, vivant comme s'ils allaient mourir demain.
Vivoter. Ôte toi de là, ma vie, vite, Oviv est morte, vive l'eau vive. Ou alors je suis immortelle.
Je ne mourrai pas demain, je ne mourrai jamais : survivante à ma vie passée, c'est déjà beaucoup.
Alors je continue, en eau vive stagnante, odorante cancoillotte sur tranches de jours étalées au couteau. Je poursuis, parce qu'il n'y a que les poissons morts qui se laissent porter par le courant, érotiquement amante sur canapé fané à tapoter après, sombrant en comas artificiels de mots jusqu'à salir ma bouche, ma couche, rêvotant mes nuits d'amnésies en oublis, hurlant pour effrayer les amants perdus et les aimants déboussolés.
Rien en tambours héroïques, symphonie d'outre-vie, rien en silences non plus. Je les entends, les battements sourds de cet organe recouvert d'une cagoule. C'est cela, j'ai le cœur encapsulé de stretch. Il est frileux, le lâche ! Il s'étire un peu puis revient sagement à sa place. J'ai l'amour élastique, qui reste preste et vivace tant que personne ne le voit. J'affadis les lumières et refroidis les ardeurs, sectionne les mains douces et remballe les dons.
Mais peut-être que cela cessera un jour. Peut-être.
Après tout je vais peut-être mourir quand même pour de vrai ? Qui sait ?