Plic-Ploc
Vieillerie de vacances (écrite en 2006, ça ne nous rajeunit pas mais c'est toujours d'actualité ! )
C'est formidable maintenant.
Ces carreaux de faïence bleue nuit et cette lumière qui s'allume automatiquement. Très beau, très clean et propre. Très adapté aux fauteuils roulants. Très design, jusqu'aux lave-mains. Tout est parfait. Et le Comité Hygiène et Sécurité est très content.
Oui, mais moi, je préférais les anciennes.
Les normales, avec des portes comme à la maison, sans clignotant rouge pour expliquer que l'on ne doit pas tenter d'entrer dans ces toilettes, elles sont déjà occupées. Avant, quand on tentait d'ouvrir la porte, on entendait une petite voix humaine, un soupçon angoissée, qui balbutiait "c'est occupé", en oubliant même de poursuivre ce qu'elle faisait juste avant.
Maintenant je sais, dès mon entrée dans le lieu d'aisance (je vous assure que ça le mérite), si je peux me précipiter ( j'ai un peu tendance à attendre le dernier moment) ; "stop", on attend, on ne touche pas. Il y a des humains derrière, en petite tenue parfois si rigolote (je pense à chef à moi, et je me sens mieux après, en réunion houleuse). La rangée de portes, toujours bien closes (on n'expose pas ce genre d'endroit, on n'en parle pas, vous savez bien), grâce aux vérins qui automatisent leur fermeture.... et qui me demandent d'oublier que les muscles de mes bras ressemblent à de la guimauve. Je me muscle donc tous les jours. Plusieurs fois par jour ; parce que j'écoute les conseils du ministère de la santé. Je bois. Plein d'eau. Donc je fais pipi. Sans arrêt.
Je préférais les anciennes, je vous dis. Que je pouvais ouvrir d'une poussée du genou ou du coude, voire des fesses. Et desquelles je ressortais propre et sèche. Parce qu'avant, jamais je ne m'étais indûment tacheté le pantalon de quelques gouttes indisciplinées. Avant, quand je devais moi-même pousser l'interrupteur qui me permettait de ne pas être confrontée à une cuvette dans l'obscurité. Je vous explique.
Maintenant, plus besoin de d'éteindre en partant ; économie ou hygiène, il y a un minuteur. Que la personne précédente a certainement enclenché. Et que je n'ai donc pas ré-activé. Puisque c'était allumé quand je suis rentrée.
Et là, alors que je suis concentrée à évacuer l'urine dé-concentrée par toute l'eau que je lui ai donnée en goutte-à-goutte; le black-out.
Dans 6 m2, le noir total.
Alors même que je suis dans une posture ... donc, je vous laisse imaginer (pas vous, les filles, je sais que vous savez). Et le point orangé du minuteur à allumer, là-bas, tout au fond, prêt de la porte, qui me nargue. Maintenant je sais comment fonctionne un minuteur. Donc je ne panique (presque) plus quand j'ai oublié d'allumer la lumière déjà ouverte (pas de remarque sur les flux électriques et mon verbe "ouvrir" comme un robinet, on est là pour parler, pas pour disserter). Je réussis même à attraper, toujours dans le noir, le bout de papier qui est comme toujours coincé bien collé à son rouleau d'origine sous le dévidoir dont la taille est prévue pour un troupeau d'éléphants. Ce qui va me permettre de ne pas devoir, quand la lumière aura enfin été allumée, éponger le goutte-à-goutte de mon eau dégouttée précédemment. Par terre ou sur mon pantalon. Les garçons, je ne vous demande pas comment vous faites, je sais. Hélas.
Voilà, et là, je ne vous ai parlé que de son usage fondamental et premier. Maintenant il y a le reste.
Parce que si vous voulez boire votre litre et demi, d'eau évidemment, vous devez remplir votre bouteille, le matin. Ceux qui payent pour avoir de l'eau sous plastique, ne lisez pas, ça ne vous concerne pas. Donc vous vous dirigez vers les vasques design. Aux superbes mitigeurs. Très jolies, les vasques. Mais pour deux mains à laver, seulement deux mains. Donc, maintenant, vous vous dirigez tous les matins vers les toilettes, la bouteille de verre sous le bras gauche, et l'indispensable demi-bouteille en plastique à la main gauche. Important, la main gauche, parce que vous aurez besoin de toute la force de votre bras droit pour ouvrir la porte au vérin suffisamment résistant pour contenir un troupeau d'éléphants qui tenteraient de s'échapper du lieu.
Tous les matins, donc, vous jouez donc à transvaser de l'eau, de la petite bouteille vers la grosse. Sans en renverser à côté, hein, parce que le plan est design et il n'y a pas de rebord pour contenir un débordement. Ça ne se fait pas de tremper ses chaussures de bon matin. Pour moi, en tout cas, maintenant, j'y fais attention. Quoique, elles avaient fini par sécher avant la fin de la journée, la première fois. Ça détend de jouer avec l'eau. Je vous assure, c'est très zen le remplissage des bouteilles.
Il y a un seul truc rigolo, c'est qu'ils avaient oublié les femmes de ménage. Qui ne pouvaient plus remplir leur seau. Mais on ne va pas demander aux architectes de penser à ces choses si bassement matérielles, hein ?
Elle sont si belles, les nouvelles toilettes.
Et puis ils leur ont mis à disposition un petit tuyau d'arrosage, pour leurs seaux. C'est très rigolo. Et aussi ils leur ont donné une grande grande rallonge électrique. Pour l'aspirateur. Parce qu'ils avaient oublié que ça se nettoyait, les lieux d'aisance. Et pourquoi donc y installer des prises ? les messieurs n'allaient pas s'y raser !
Je chipote, je le sens bien. Que voulez-vous, ce doit être la nostalgie. De la cabane au fond du jardin.
Oh, j'ai oublié de vous raconter un truc rigolo. Ce sont les toilettes pour handicapés. Immenses. J'aime bien y aller aussi.
Et la première fois que je m'y suis retrouvée dans le noir absolu, et que j'ai sautillé, le pantalon aux genoux, jusqu'à l'interrupteur... je suis passée devant le sèche-mains électrique, qui est très bas, bien sûr, dans ces toilettes là... juste à la hauteur ... de mes fesses. Je vous assure que j'ai ri après, parce que c'est drôlement chouette de passer ses fesses sous l'air chaud. Surtout dans le noir, quand on ne s'y attend pas. Bon, j'ai un peu hurlé sur le moment, mais après plus jamais.
Pour vous montrer à quel point je suis insupportable, et bien je râle même contre les miroirs qu'ils ont installés dans chacune des cabines à pipi. Maintenant, bien à l'abri des regards, et bien, je me vois en gros plan. Avec un spot bien éclairant (enfin, quand j'ai pensé au minuteur). C'est inhumain, ça. Personne pour entrer et admirer le spectacle de ma langue poussant la joue... là... mais, c'est un bouton ça... Et voilà comment je ressors avec un truc tout rouge et hideux, un peu sanguinolent, au milieu du visage. Alors qu'avant, et bien je ne l'aurais même pas vu....le bouton qui a pris des allures de volcan à la lumière rasante.
Elle sont très belles, les nouvelles toilettes.
Mais je préférais quand même les anciennes.