La princesse aux petits mots
Et si je les avais oubliés ? Je me le jure, m'abjure, m'en inquiète. Cela pourrait sembler être du B.A.- BA. Mais je me pose la question.
Je le regarde parfois, au creux des heures où tout est aboli, les yeux grands ouverts dans la pénombre de mes cils Je le regarde, bercée de plaisirs, et me pose la question.
Saurais-je encore le dire ? Ou le chanter ? Le crier, murmurer, souffler, m'y essouffler.
L'écrire même me semble saugrenu, c'est tout dire. Sans rire.
Je vais devoir en faire des lignes, des courbes et des déliés ? Bien appliquées. Sans pâté. A la plume, celle qui écrase les fibres et boit l'encre comme une goulue. Peut-être ont-ils besoin de cela. De s'éclater en gouttelettes sombres ?
Ou alors de se tracer sur son dos emperlé de sueur salée ? Et puis non, même ça, je ne veux pas. Ce serait indécent.
Des mots si plein de sens, gorgés de tant. Tracés en éphémère chemin sur une peau de passage. Non, vraiment non.
Il va falloir inventer. Leur trouver un nouveau sens.
Mentir peut-être.
Et si je me transformais alors en pantin de bois ? Ce serait faire feu de moi. Allume une cigarette et consume toi. Tes mots perdus, laisse-les. Ils n'ont plus envie de se dire. Cela peut arriver, qui signe la fin d'une ère.
Alors je partirai. Parce qu'ils m'étaient familiers, si doux au palais.
J'étais la princesse aux petits mots.
Et j'ai des bleus dans ma mémoire.