21 octobre 2009
Un bonheur à l'envers
Je le sais bien, qu'il est radin. C'est mon chef, et il a ce travers - qui s'accentue - c'est vrai. Vous pestez de me voir amener une poche de croissants chauds, qu'il dévore avec cette concupiscence étrange du double bonheur de la gourmandise et de la gratuité.
Mon chef a un oursin dans la poche. C'est rigolo et tellement étrange ! Je continuerai à sacrifier quelques euros, pour embaumer parfois nos cafés de viennoiseries. Que voulez-vous, je sais combien il gagne, et combien sa femme gagne... Mon salaire est multiplié par quatre. Ou même par cinq.
Mais moi je n'ai pas mal de quelques euros dépensés en échange d'un café gourmand. C'est lui qui connaît cette étrange jouissance de ne pas donner. De se sentir riche sans aucun soupçon de culpabilité.
Chef à moi vole les sachets de sucre dans les bistrots. Depuis que je n'achète plus son kilo de sucre il est fier de remplir ses poches de ces petits tubes laissés sur une table. J'ai un peu honte, alors, mais il rit quand les autres se moquent avec mépris de lui.
Mon chef a chaud de sa main enfouie loin de la monnaie au fond de sa poche.
Il a chaud de ne rien offrir.
Comme un bonheur à l'envers.
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Oviv, façon