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Eau vive
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12 décembre 2007

Grain de sable

Paupières : quelqu'un peut regarder si il n'y a pas une saleté ? ça me brûle quand je bouge.
Index droit : j'arrive ! c'est dans quel oeil qu'il faut que j'opère ?
Paupières : les deux. Et ne fais pas le guignol, soit dé-li-cat. D'ailleurs attrape les loupes et le miroir grossissant avant. Elle n'y voit rien de près, j'ai pas envie qu'Elle nous le fasse façon massacre à la tronçonneuse alors que nous sommes si fines et fragiles...
Yeux : je me demande si Index est bien propre ...
Index droit : j'allais me passer au savon avant, non mais ! Je suis pro-pre. Pas désinfecté, mais propre. Vous êtes toujours un peu gnognottes quand il s'agit de vous toucher, vous !
Yeux : dis-donc, tu te souviens de ce que qui s'était passé quand tu avais pris une aiguille, pour le kyste ?
Index et Pouce droits : nous avions parfaitement réussi l'ouverture du kyste, monsieur, parfaitement !
Yeux : oui, et vous aviez nettoyé comment, après ?
Index droit : j'y suis pour rien, moi ! C'est pas moi le chef...
Cerveau : je vous rassure, sur ce coup Elle n'avait rien demandé à personne, et surtout pas à Leucocytes. Les pauvres, ils étaient tout tourneboulés. Vous savez très bien qu'Elle m'en fait (...)
Elle : dites, les organes, ça vous dérangerait de vous occuper de Paupières et d'arrêter de palabrer sur moi ? Promis je passe la tête sous l'eau après, avec Yeux grand ouverts.
Yeux : Aïe aïe aïe, je déteste ça ! C'est comme si je recevais un coup de Karcher ! S'il vous plaît soyez délicate, juste un filet d'eau suffira...
Cerveau ; vous savez qu'il existe un produit qui s'appelle sérum physiologique ? En mini-dosettes stériles ?
Elle : et puis quoi encore, c'est juste de quoi engraisser les industries pharmaceutiques. Bon, je rajouterai un peu de sel dans l'eau avant de vous rincer, ça ira ? Je deviens drôlement gentille, vous avez intérêt à ne pas l'oublier et à vous tenir à carreaux. Sinon...
Yeux : sinon quoi ?
Elle : tu as oublié ? ça m'étonne...
Yeux : Non ! Pas comme avant-avant quand même ... noooon !!! 
Mémoire : je fouille dans le "avant-avant"... ça remonte à il y a 30 ans, non ?
Yeux : je m'en souviens comme si c'était hier, moi...
Mémoire : j'ai trouvé ! le jus de citron ! j'ai mal pour toi....
Elle : j'étais fauchée, j'avais un citron sous la main... vous pensez bien que je n'ai pas oublié l'épisode... à pleurer de rire ... ou à rire jaune...  Mais c'est fini tout ça ! De l'eau salée maintenant. A qui on dit "merci" ? à qui ?
Cerveau : à personne, c'est le B-A BA de prendre soin de votre corps.
Ego : ne fais pas ta forte tête Cerveau, et dis lui merci, elle a besoin d'être rassurée !
Elle : ah tiens, un revenant, Monsieur Ego sort de sa planque ! Tu dormais ?
Ego ; je sens que je vais hiberner, moi, comme ça personne ne me dira plus de méchancetés...
Paupières : heu... quelqu'un peut s'occuper de nous ?

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11 janvier 2008

Tourbillon

C'est fait. Tranché, pesé, soupesé, fantasmé, projeté, goûté, choisi. Enfin ! J'ai pris ma décision, en fermant les yeux comme poupée de son, en écoutant très fort les chuchotements de ma peau, les mots d'esprit de sel, de ceux, de celui que..... Je n'avais plus le choix, drame cornélien, dilemme théâtral dont le dernier acte s'éternisait. Racine en a fait des drames terribles, sanglants et écrit des vers attachés à des proies exsangues.
Moi, non. J'étais juste épuisée.
Lui, mais pourquoi le choisir, lui ? Parce que, tout conte (oui, pas "compte", "conte", comme "de fée". Non,  pas "défait", même si, à la limite, on pourrait dire "de fait" ), bref, tout conte fait, pourquoi pas... 
Non et non, je ne reviendrai pas dessus.
C'est toi que j'ai choisi. Toi, toi, toi et toi. Pas lui. Point.
Et puis si vraiment je me suis trompée, et bien... Non et non, ce ne sera plus lui, ni l'autre. Rien. Que mes copains, mes copines, et rien d'autre. Parce que le théâtre en alexandrins, de bon matin, de tôt midi et de tard le soir... je ne peux plus. En fin de conte (je ne me répèterai pas, relisez la ligne 7. Je sais, je vous materne, c'est moi qui ai compté les lignes du conte pas compte), j'ai choisi parce que c'est trop fatigant la dualité. Et puis je suis nulle comme actrice, alors le remake de Jules et Jim, je préfère l'offrir en version originale...

Jeanne moreau - les tourbillons de la vie
Extrait tiré du film "Jules et Jim" de François Truffaut (1961) , avec Jeanne Moreau, Henri Serre, Oskar Werner. D'après le roman de Henri-Pierre Roch.

14 août 2007

Les mots épais

Les espoirs avaient perdu leur odeur de poire verte
et les sens égaré leur piquant saveur piment.
elle
- insipide papier mâché, carton bouilli -

Les sourires flambaient et crépitaient
en joyeux brandons carminés
elle
- étincelles en éclats de rires soyeux -

L'orgueil,
la rage,
la colère,
la hargne,
l'instinct,
elle
lame à blanc fichée dans la nuque frêle
poing serré aux phalanges blanchies
gestes si doux, si lents,
danse envoûtante
elle
fière et forte et fragile
de ses mots dévorés et éructés
de ses mots épais de silences
elle
se taisait et écoutait
- sans fin -
l'écoutait.

9 août 2007

Femmes, lisez donc avant de craquer...

Cette note est destinée aux Femmes exclusivement [individus de race humaine, sexe femelle, n° d'identité commençant pas 2. Au fait, pas un commentaire sur le "et pourquoi le 2 et pas le 1", j'ai ai assez bavé dans un autre blog. 2 parce que 2. Point barre].
Parce que les hommes [enfin non, les hommes perspicaces] pourraient l'utiliser pour mettre à profit ses recettes. Et ça... j'aurais "un peu de mal" à le supporter. [option "c'est un euphémisme".]
Bref - j'adore les digressions, il faut vous y faire -, voici, Femmes mes consoeurs, le Reader-Digest pour comprendre comment va se passer une éventuelle aventure avec un homme marié [ou concubiné, pacsé, fliqué, bagué, pris en main, accompagné, bref un qui a déjà un individu de sexe femelle dans sa vie quotidienne.]
1] Marié ou libre ?
Si vous n'avez aucune indication sur le sujet posez directement la question, que diable ! Il y eut Honoré, par exemple. J'avais été séduite par sa personne, et il s'était bien gardé de m'alerter sur le sujet de son état matrimonial jusqu'à qu'une ampoule clignote dans ma tête et me fasse lui poser la question. "Oui, je suis marié"... Et pourtant ce monsieur était fort libre, croyez moi ! y compris les week-ends... Je n'ai pas été tendre avec lui... une vengeance envers ce mensonge par omission que je n'avais pas pardonné. Il lui aura fallu un an pour craquer. Et il ne m'aura jamais touchée. Juste regardée. J'étais charmante, je vous assure, oui, et plus encore. Une vraie peste adorable. Si vous croisez un chef d'entreprise, ou un artisan à son compte,  votre méfiance doit s'aiguiser encore davantage qu'à l'accoutumé.
2] L'erreur d'appréciation ou Le voyage du Titanic
Vous le savez, il n'est pas libre, mais vous décidez qu'une aventure est toujours bonne à prendre, au moins vous garderez votre liberté chérie. Et vous acceptez donc le verre, puis le restaurant. Et vous succombez. Délicieux n'est-ce pas ?
La différence avec un amant "normal"... c'est la suite.... vous avez prévu la bouée dans votre sac à main ? Et un kit de survie pour les nuits d'hiver seule sous la couette, du style canard rose avec deux piles LR4 ?
3] Les enfants, c'est sacré
L'amant marié est adorable. Jamais vous n'aurez plus mauvaise conscience qu'avec lui. Tout d'abord il prendra sa voix la plus douce, rauque d'émotion, pour vous expliquer que son mariage est sacré. Pour les enfants. Ce sont eux l'important. Comme dans trois cas sur quatre, vous êtes vous mêmes divorcée... vous recevez là la première flèche de la culpabilité. Il y a donc des gens qui acceptent de sacrifier leur bonheur à leurs enfants... Pas vous.
4] Vous êtes exceptionnelle
"Comment pouvez-vous aimer un homme comme lui, si banal, si lâche ? Vous qui méritez que l'on vous aime à la lumière ! " Et  ce crétin d'Ego [la ferme Ego, la ferme] vous laisse croire que c'est vrai ! Fatale erreur... L'amant marié est en train de vous manipuler de la façon la plus perverse qui soit. Il vous embobine, mes chéries. Vite fait, bien fait. Tenez, souvenez-vous de vos discours avec vos enfants, combien vous les encouragiez "oh qu'il est fort mon chéri, et sa maman est si fière de lui... et patati et patata" Sincèrement, ça valait tout ça le fait qu'il accepte enfin d'enlever ses foutues roulettes à son vélo ? Non, mais il vous a cru.. Et voilà... il vous a mis là où tout être humain rêve d'être, sur un piédestal.... Embobinée, je vous dis.... Vous êtes exceptionnelle. Et embobinée.
5] Les mails et lettres d'amour
Vous n'allez pas en croire vos yeux enamourés, cet homme là vous écrit les plus beaux mots d'amour que vous n'ayez jamais lus [avant de relire Rimbaud ou Verlaine bien sûr]. Il est perclus d'amour pour vous, tout comme votre grand-père est perclus de rhumatismes. Bon, je vous le traduis ? Il peut écrire ce qu'il veut, c'est facile pour lui, ça le détend. Mais oui, vous avez bien lu.  Entre la tarte aux poireaux du dimanche, la belle-famille et son confit-foie gras, les sorties avec leurs copains [ceux du couple], vous êtes la seule personne à le regarder comme s'il était une merveille. Or il n'est rien d'autre qu'un mâle. Banal, et qui trompe sa femme. Vous voici donc sa muse. Bref, il se détend en vous écrivant des mots que vous relirez 100 fois, y compris la nuit, dans votre lit, toute seule. Des lettres merveilleuses  rien que pour vous [copie par mail si nécessaire]. Elle seront signées de sa seule initiale, il ne faudrait pas qu'un jour elles tombent dans des mains mal intentionnées quand même ! Le piège s'est refermé. Manque de chance, vous avez perdu la clé en ouvrant la première enveloppe.
6] Leurs emploi du temps [celui de sa femme et le sien]
Bientôt vous saurez à quelle heure elle part au marché. Et si ses enfants ont rendez-vous chez la dentiste. Il se précipite pour vous appeler, des sanglots dans la voix. Vous ferez son jogging avec lui et vous l'entendrez haleter de sa respiration au rythme de sa foulée. Vous aurez l'impression d'être à ses côtés, tant il vous décrit si bien le moindre brin d'herbe sur lequel il aurait adorer vous enlacer, là, maintenant. Parfois il sortira de Midica, incapable de résister davantage au besoin irrépressible qu'il a de vous entendre. Tant pis, il achètera la latte pour le sommier de leur lit plus tard. [Oui, je sais, une Femme normale aurait fait un bond. Comment, il ose parler du lit dans lequel il dort avec elle ? ] Mais voilà, vous n'êtes plus normale, vous êtes amoureuse d'un homme marié.... Et vous commencez à attendre... Son emploi du temps vous a phagocytée. Il y a un rendez-vous auquel il ne déroge jamais. L'appel du soir, avant de quitter son bureau. Pendant une demi-heure il vous parle de sa journée. Comme si vous étiez sa femme.... VOUS N'ÊTES pas sa femme, ne l'oubliez pas. Et quand il raccroche [je file, on mange chez des amis ce soir ] vous vous sentez épuisée. Mais pour rien au monde vous ne sortiriez de chez vous à cette heure là.
7] Les cadeaux
Généralement l'amant marié choisit avec soin ce qu'il va vous offrir. Un galet [il m'a fait penser à toi, mon amour] qu'il aura cherché pendant des heures lors de son week-end au bord de la mer, ou alors une sulfure italienne, lui qui aurait rêvé de vous amener à Florence. Ce pourra être une de ses chemises [comme ça je serai toujours avec toi mon amour], soigneusement repassée par sa femme. Bref l'homme marié choisit vos cadeaux en fonction des traces qu'il pourra laisser chez vous.
8] L'histoire dure, et dure, et dure.....
Vous avez compté sur vos doigts. Les deux mains suffisent pour les nuits dérobées. Un seul week-end, celui où belle-maman [la sienne bien sûr] a été opérée de la hanche. Vous vous regardez dans votre miroir. Et vous regardez votre reflet dans les yeux de vos amis. Deux ans ? Cela fait deux ans déjà, et ils ne connaissent toujours pas l'homme que vous aimez ?

Et voilà, Femme, ma con-soeur [en deux mots c'est bien plus parlant], le piège étant posé, refermé, la clé jetée au loin, il ne vous reste plus que deux solutions.
----- sonner à la porte de son pavillon pour rendre à sa femme lettres, cadeaux, photos. Vous pourrez rajouter qu'elle n'a pas à se faire de souci, ils n'utilisaient pas de préservatif, mais vous n'avez aucune maladie. Pour la mycose vous avez suivi toutes les deux le même traitement, c'est drôle, non ? [façon comédie de boulevard, très défoulant mais très immoral.]
----- dignement décider d'aimer un homme qui est libre de vivre sa vie et qui sera fier de vous présenter à ses enfants et ses amis. Ou même de n'être aimée de personne mais pas à demi. Vous pleurez un bon coup, avant. Vous enfilez la robe qu'il préfère. Et vous vous dites adieu.

27 février 2008

Araignée de nuit

Je ris avec eux, bien sûr que je ris. Même si parfois je me moque discrètement de leurs propos. Ils sont ainsi, banals consuméristes de chair triste. Ils soupèsent des yeux, calibrent, marchandent de propos très légèrement graveleux, sans trop, surtout sans trop... afin de ne pas faire fuir la proie tout entière révélée à leur désir primaire.
Et je ris moi aussi. Moi qui voudrais tant qu'elles se respectent davantage, mes sœurs, femmes comme moi.
Mes sourires sont amers devant leur bassin qui frétille, leur langue qui pourlèche le vernis de leurs lèvres fardées. Je soupire et jauge pourtant de mon regard féminin le balancement du fessier, le rebondi aguicheur de seins habilement dévoilés. Je ris et me vomis. Je suis le chasseur et la proie.
Et quand leurs mains se posent sur moi...
Et quand je ne sais plus dire non, pour ne pas toujours creuser mon matelas d'un seul côté, pour ne pas oublier, pour l'hygiène amer d'un corps qui se desquame, quand cette heure inéluctable sonne le glas...je laisse ma peau se scarifier sous leurs caresses vaines. Je ne jouis pour personne qui serait semblable à vous, mon amant d'un soir. Cela me souillerait plus sûrement encore que l'écho de mon rire à vos côtés lors de cette soirée où les femmes n'étaient que viande de supermarché.
Quel morceau étais-je à vos yeux dégoulinant de désir ? Du rond de gîte ? un filet mignon ?
Vous hésitez ?
Je vais vous le dire, je suis ce morceau que l'on nomme araignée...

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20 août 2007

Lettre à la mère

- "Merci"
C'est ça que tu voulais entendre ? "Merci ?" Et bien voilà, c'est écrit. Mais j'aurais préféré crever que de te le dire. Tu as rompu l'équilibre que j'avais grain à grain, atteint.
Petit équilibre fragile, petits grains de folie certainement.
Tu as osé. Rompre le pacte tacite du silence.
Quand il est mort, nous avions fait la paix, juste avant. C'est étrange comme j'étais soulagée qu'il meure. 
- "Je suis fier de toi", c'était bien qu'il me dise ça, j'en avais besoin. Et rien d'autre surtout, il savait qu'il fallait se taire pour me préserver.
Mais toi, comment as-tu osé, hier ? Qui t'a permis de crever le sac acide de tes certitudes sur moi ? Moi, je croyais avoir pardonné, et tu as dissout en quelques mots le vernis de mon pardon illusoire. Non, je te t'ai rien pardonné, rien de rien, tu m'entends ?
J'ai raccroché le téléphone, sans hurler ce "tais-toi"  qui m'étouffait, ce n'est que ma politesse qui a empêché le cri de résonner jusqu'à me faire perdre la raison. La politesse d'une fille à sa mère.
- "Au revoir maman", oui, j'ai bien dit ça. J'ai tu ma certitude que je n'aurais jamais dû revenir un jour vers vous. Ces dix ans où mon silence m'a éloigné de vous, mes prédateurs, mes géniteurs, ces dix ans où j'ai créé ma famille.
Vous vous souvenez, quand je suis "revenue", parce que tous insistaient, parce que mes enfants avaient "le droit" d'avoir des grands-parents ... Ce jour là, où la politesse exquise a fait disparaître dix ans de silence. Comme si vous m'aviez vue la veille.
Et tu viens de rompre le pacte du silence.
Ce serait donc grâce à vous, que je suis "arrivée" là où je suis ?
C'est bien ça, que tu m'as expliqué, hier ?
Il faudrait donc que je te dise "Merci" pour votre geste, il y a 33 ans ? "Merci" d'avoir payé les deux mois de loyer d'une chambre de bonne que je n'habitais plus, puisque vous m'aviez coupé les vivres ? Sais-tu où j'ai vécu, maman, à 18 ans ? après que  vous ayez noblement décidé que seul l'hôpital était bon pour moi ? Et après, après le dortoir chez les fous, après les lanières autour des poignets ? Après ?  J'étais dans la rue. Où voulais-tu que j'aille ? Et il faudrait donc que je te dise "Merci" ? pour avoir payé deux mois de loyer ? 
"Merci" ? parce que vous avez payé l'hôpital ? après que j'ai vomi mon estomac rongé par l'acide que j'avais avalé ?
"Merci" ? pour avoir fait de moi un humain qui se trouvait indigne de l'humanité ?
"Merci" ? pour avoir fait germer en moi l'image de chiendent qui me colle  la peau ?
Je croyais avoir pardonné. Je te jure que je croyais, maman.
Mais il ne fallait pas rompre le pacte du silence qui me maintenait dans le pardon.
Il est des craquelures qu'il ne faut pas gratter du bout des mots.
Tais-toi, maman, tais-toi.
C'était un trois janvier, à 17 heures, il y a trente trois ans. Et je n'ai jamais pu pardonner qu'ils m'aient réveillée.
J'avais besoin d'oublier que je vous devais la vie.
P.S. ; je te le dois quand même, ce "merci". Grâce à toi je sais que je ne sais pas pardonner.

16 août 2007

Ego se fait enguirlander

Elle : viens ici Ego, et ne joue pas au martyr s'il te plaît. Il  va falloir que tu assumes maintenant.
Ego ; oui, je vous écoute. Je dois assumer quoi ?
Elle ; cesse cette ridicule position de "pauvre petite victime" immédiatement. Tu n'es qu'un manipulateur en réalité.
Ego ; un manipulateur ? moi ?
Elle ; écoute moi bien, la brique (...)
Ego ; voilà, vous recommencez à me traiter comme un vulgaire un jouet, et je serais un Lego de quelle couleur aujourd'hui ?
Elle ; décidément tu es un faux-cul de première !
Cul ; ne me comparez pas à cette entité, Elle, c'est insupportable ! Je suis votre fondement (...)
Elle : la ferme ! Tout le monde se tait !
Cerveau aux Organes ;écoutez-moi tous, et surtout n'intervenez pas ! Il va y avoir des décharges d'adrénaline, tenez-vous sur vos gardes; et que tout le monde se taise par pitié.
Ego ; je peux savoir sur quoi vous vous basez pour tenir des propos pareils ?
Elle ; j'ai eu une sacré crise de larmes tout l'heure (...)
Yeux   ; oui et même que (...) pardon, je me tais  (...)
Elle ; (...) et j'ai fini par réaliser que c'est à cause de toi que je pleurniche sur mon sort. Tu n'es qu'un Ego démesuré, un qui se planque pour faire le petit mais qui a un orgueil énorme en réalité.
Ego ; ah bon ? Expliquez-moi, je dois être stupide, en plus.
Elle ; je t'explique, je t'explique. En fin de compte, je pleurais sur qui ? Sur moi, pour changer. Sur moi ? mais pas vraiment en réalité, je pleurais sur toi, oui ! "le pauvre petit Ego tout petit petit et que personne ne l'aime, et qu'il ne mérite pas qu'on s'occupe de lui" et bla et bla et bla...
Ego ; et alors, en quoi est-ce que je mens ?
Elle ; tu ne mens pas, tu te prends tout simplement pour le centre du monde. Il faudrait donc que nous (oui, toi et moi) soyons fabuleux pour que l'on doive nous aimer ? Imbécile ! On ne vaut pas plus que les autres. Pas la moindre raison valable de me flanquer de telles crises de larmes. Si tu jouais ton rôle tu laisserais ton orgueil de côté et tu verrais que nous sommes des milliers comme ça. Et que nous ne valons guère mieux que les autres.
Ego ; oui, mais moi je suis obligé de me cantonner à vous, Elle, c'est ma place. Les autres, ça ne me regarde pas....
Elle ; ta place ? Et bien justement, reste y à ta place. Et ne gonfle pas comme une grenouille qui se croit plus grosse qu'un boeuf, tout en prenant une voix de chochotte.
Ego ; vous pensez ce que vous voulez, après tout c'est vous la chef. Moi je pense qu'on est vraiment chouette et qu'on mériterait  (...)
Elle ; et voilà, ça recommence ! Mets là en veilleuse, je te le redis, parce que ça va mal aller pour toi. On n'est pas plus chouette que d'autres et on n'a rien à revendiquer. Si personne n'a envie de faire un bout de chemin avec nous ça devrait au contraire te faire réfléchir au lieu de pleurnicher comme si on était la huitième merveille du monde.
Tiens, pour le coup, tu vas aller réfléchir tout seul dans ton coin aux sept vraies merveilles du monde. Tu reviendras avec les lieux, les dates et leur histoire. Pas avant.
Ego ; mais je n'ai pas accès à Internet (...)
Elle ; et en silence !

19 février 2008

Monsieur le Président,

    je voudrais s'il vous plaît, un devoir de mémoire pour ...
les femmes à qui l'on fait la haine, les enfants mendiants, les mineurs silicosés, les homos persécutés, les Tutsi et les Hutus aux membres sectionnés,  les petits contaminés d'avoir voulu grandir, les hommes à qui on a fait croire qu'aimer un pays c'était tuer les étrangers, les handicapés enfermés dans nos villes, les fillettes vendues comme chair à désirs pédophiles, les algériens torturés, les cancéreux amputés, les tibétains martyrisés...
   Je voudrais un devoir de mémoire pour les mendiants dormant sur des cartons, les coréens affamés, les chômeurs de longue durée, les alcooliques qui tremblent le matin, les sidéens qui crêvent d'avoir fait l'amour, les mexicains qui fuient la misère, les drogués en manque, les juifs persécutés, les palestiniens spoliés…
Un devoir de mémoire pour  les rousses brûlées sur les bûchers, les noirs condamnés à céder leur place, les chinoises avortées de force, les russes internés, les verts de peur, les sans-papier...

   Je voudrais, s'il vous plaît, un devoir de faire.
Un devoir pour l'humanité de se pencher sur son berceau, de faire ce qu'il faut faire, là, maintenant, au présent.
Pour éviter de devoir dans le futur faire acte de contrition, acte de mémoire.

8 août 2007

Le retour

Coeur : c'est incroyable, j'attendais une vague déferlante, je m'étais arc-bouté pour résister au choc, ne surtout pas me briser, et je suis juste recouvert d'un écume grise. Vous croyez qu'il faut que je me tienne sur mes gardes encore longtemps ?
Yeux : nous aussi, on attendait. Les flots, la crue. Mais on se contente d'un voile salé.
Cerveau : écoutez, je n'ai pas davantage d'informations à vous donner. Je n'ose pas vous dire de relâcher votre attention. Vigilants, restons tous vigilants. Quand Elle a détourné la tête, Elle ne tremblait pas, était sûre d'Elle, ça c'est un fait.
Tête : confirmé, Chef. Pourtant il venait de poser sa main sur sa tête et lui disait qu'il l'aimait. Elle aurait pu craquer, mais Elle a juste souri et est partie sans un mot.
Cerveau : incroyable...incroyable... Il me manque des éléments pour comprendre.
Eau'z : je crois que c'est moi, Elle m'avait oubliée....
Cerveau : Eau'z, depuis le temps !!! Content de te revoir !
Ego : et voilà, je vais encore une fois être mis en veilleuse....
Elle : merci Eau'z, j'avais besoin de toi. Ego, ne sois pas jaloux, il est là pour nos aider, tous.
Ego : je n'aime pas quand vous devenez mystique, Elle, ça contrarie mon côté rigoureux (...) qui a rigolé ? (...)
Elle : les organes, je m'adresse à vous tous, regardez, Eau'z a retrouvé des couleurs !
Eau'z  c'est à cause de Papillon bleu. Elle est venue me toucher du bout de ses ailes et m'a dit que vous aviez besoin de moi pour vous accompagner un bout de chemin.
Conscience : je n'ai jamais très bien compris à quoi tu servais, Eau'z, tu peux m'expliquer ?
Eau'z : mon rôle a a toujours existé, mais l'on me donne différents noms suivant les cultures, les croyances. Pour son amie Papillon bleu, par exemple, je suis son ange gardien, Eauzielle. Mais comme Elle ne croit pas aux anges, je suis simplement son éclaireur. Mon rôle est de lui apporter un peu de lumière pour qu'elle avance protégée.
Yeux : tu ne crois pas que tu y vas un peu fort ? Les pas ne mènent pas toujours droit vers un précipice. Et puis nous sommes là !
Eau'z : non... pas de précipice... et pourtant... souvenez-vous, quand Papillon bleu lui avait dit d'accepter d'aimer cet homme... avant de mourir..; Elle l'a écoutée... et maintenant Elle a mal... Alors Papillon bleu m'a redonné des couleurs, pour que je répare un peu son coeur....
Coeur : oui, je me souviens... en attendant l'ambulance, Elle pleurait, et il était venu. Elle avait décidé d'accepter de l'aimer, alors qu'elle n'aurait pas dû. Il y avait un mur au bout de cet amour là.
Ego : mais Elle avait besoin d'être aimée, pourquoi aurait-elle dû se priver de cet amour là ?
Eau'z : parce que le coeur de cet homme ne pouvait pas s'agrandir, et qu'Elle avait autant besoin de donner que de recevoir.
Elle : cet amour appartient au passé. Je le garde précieusement, car il n'y a pas plus belle aventure que d'aimer. Mais aujourd'hui je sais que ma vie doit avoir le partage en retour. Eau'z est là pour m'aider à voir plus loin que mes yeux.
Yeux : déjà qu'on a besoin de lunettes... c'est du suréquipement, ça !
Elle : pffff, vous me fatiguez, les organes... tous des égocentriques.
Ego : mais enfin, je n'ai rien dit !

22 août 2007

Retour sans détour

J'ai tout préparé ;
. la tenue de pluie
. la clé USB
. les impôts à photocopier
. le paquet de biscuit
. la tasse décapée
. Les bâtons d'engrais pour plantes rachitiques
Tout est là, bien rangé, dans la sacoche du vélo. Départ à 7 heures, pointage 15 minutes après.   
La réponse est toute prête.
- Mes vacances ? formidables ! Merci, je suis parfaitement reposée.
J'ai aussi révisé la prière à faire pour éviter qu'ils ne veuillent me raconter les leurs. Je m'en fous de leur voyage, de leur famille, je m'en fous de leur météo, je m'en fous de tout. Je suis l'autiste du boulot, le seul problème étant qu'ils ne le savent pas.
Je gravirai les escaliers deux à deux
- Oui, j'ai toujours la forme, merci. Mais oui, c'est certain, un jour je ferai comme vous, je prendrai l'ascenseur.
Je m'arrêterai au premier, pour prendre les foutus listings qui m'attendent. Avant je respirerai longuement, silencieusement. Je passerai devant son bureau. Vide. Ne tournerai pas la tête, ne courberai pas la nuque. Non.
Et j'irai dans mon bureau, désactiver le message d'absence, écouter les messages sur le répondeur. Regarder mon écran où a été effacé le "dossier personnel" avant de partir. Le nettoyage a été parfait. Aucune trace, surtout aucune trace de lui. Sauf ce vide qui me donnera un uppercut au coeur. Le vide ? une trace ? Allons, esprit rationnel, ressaisis- toi, ce n'est que du rien. Rien.
L'autre réponse est apprise par coeur.
Au cas où un crétin, une crétine, ne puisse s'en empêcher ;
-Tu vas faire comment, pour le café, maintenant qu'il est parti ?
- Je me suis mise au chocolat.
Voilà. Point barre. Sans pleurer, sans avoir la voix qui s'enroue. Sans bavure.
Et la vie continuera.
La gomme ! J'ai oublié la gomme ! Qui a une gomme ? une spéciale, un douce, une vraie, une qui effacerait mon chagrin tatoué ?
S'il vous plaît, une gomme.
Pour demain.
J'ai peur.
J'ai mal.

12 juin 2007

Attention troupeaux

La sortie-moto avait été remarquablement organisée. Tout le monde a bien été compté le matin, et, au retour, il y avait autant de gros cubes qu'au départ. De toute façon on s'arrêtait tous les 50 km pour se recompter. Au cas où... Remarquez, quand le premier s'arrêtait ça allait, mais le dernier il avait parfois du mal à ne pas caramboler les autres...ça prend de la place les cubes à l'arrêt. Ce n'est pas bien rangé comme dans un jeu de Rubick'machin. Bref, il fallait toujours se compter. Parce que, à faire 300 km dans des gorges somptueusement vallonnées, pleines de virages, de boue et de gravillons, on aurait bien pu en semer un(e) dans un pré. Et puis, surtout, il  avait très souvent des panneaux pour prévenir les automobilistes d'être prudent. Parce que c'est étrange, mais on sentait bien une certaine peur chez certains quand ils voyaient tout plein de feux qui se rapprochaient très-très vite dans leur rétro. Moi, quand je roule toute seule ils sont nettement moins rapides à se pousser pour que je les double (si, monsieur, je les double avec ma 125, parfaitement que ça m'arrive !). De toute façon, il n'y avait pas de pétaradante mais que des grosses bruyantes. Tout ça pour vous dire que le chemin avait été bien balisé (et il valait mieux, parce que, à part le chef de meute, personne ne consultait la carte Michelin fluorée du trajet), bref, le chef (qui s'appelle Marlène) avait bien fait mettre des panneaux partout : "Attention aux troupeaux". Les voitures ont été très prudentes.
Moi, j'étais passagère. J'ai même pu regarder parfois les champs, quand on avait peur qu'il y ait des radars.
Et j'ai appris à différencier les champs de colza (ils sont jaunes, ils sentent la vanille au soleil et ils sont hauts) des champs de bouton d'or (ils sont jaunes, ils sentent la vanille au soleil, mais ils sont moins hauts et il y a plein de pâquerettes au milieu). Si si. J'aurais pu être instit, pas vrai ? Et puis ça a permis aux copains de reconnaître une citadine d'une fille de la campagne. Surtout quand j'ai confondu un chevreau et je ne sais plus quelle autre bestiole. Ils n'ont qu'à rouler moins vite s'ils veulent que je reconnaisse les trucs à poils dans les champs, non mais !
J'aime bien les grandes ballades en moto. Surtout parce que je suis passagère et que j'aime bien me serrer contre des messieurs en blouson de cuir. Parce que je change de moto, ça permet de savoir avec qui je vais décider de faire une très-très longue ballade la prochaine fois. Les pilotes sont tous très rigolos quand vous enfourchez leur bécane. Chacun vous prévient que "là, c'est du vrai moteur, qu'il y en a là-dedans", et que j'allais sentir la différence.... Ils sont mignons, les motards, et presque pas du tout susceptibles quant à leur cylindrée.

18 octobre 2007

La vérité, toute la vérité

Bien, inutile de s'étendre en politesses, si vous avez souhaité me recevoir - à 14heures 15 très précisément - c'est pour parler de mon souhait de libérer mon poste actuel. Oui oui, je sais, c'est la seconde fois que je fais cette démarche. Qui dit "seconde" pré-suppose donc qu'il n'y en aura pas de troisième... Nous connaissons tous cette subtilité de langage dans notre métier ! Bien, donc voilà, je suis toute à vous !
Pourquoi je veux quitter ce poste que je n'occupe que depuis trois ans ? Alors que ma rigoureuse administration a décidé que je devais encore le tenir pour deux autres années ? "Durée optimum", j'aime beaucoup ce terme.
Je vois que vous n'avez pas été dupes ! Vous n'êtes pas au comité de direction pour rien, je vous le concède, et vous avez bien compris que c'est uniquement dans un souci de respecter un langage politiquement correct que j'ai inscrit sur le document, en lettres majuscules "Je souhaite un poste dans lequel je n'aurai plus d'équipe à gérer".
Bien bien, vous insistez donc connaître mes motivations réelles ?
Voici donc la vérité, toute la vérité.
Mon horoscope a été on ne peut plus clair.
Si je reste à ce poste je vais connaître sept ans de misère sexuelle.
C'était écrit noir sur blanc.
Je peux envisager de former mon successeur quand ?

22 octobre 2007

L'âme de cire

Son coeur orangé projetait leurs ombres qui palpitaient sur les murs de la pièce.
Il faisait bon tout autour d'elle et des éclats d'or irradiaient les visages proches.
Poupée de cire dont le buste se courbait mollement au fil des heures, elle flambait sans autre raison que de voir leurs sourires danser devant elle. N'était-elle pas là pour celà ?
Quand ils quittèrent la pièce, la porte en claquant souffla la flamme. Une goutte traça un sillon qui se figea lentement en un paysage dentelé. Un parfum âcre en dernier soupir, et la lueur mourut dans des volutes grises.
Elle s'éteignit et durcit son âme de paraffine.
La vie demain reprendrait.
Il le fallait, elle avait encore quelques flammes à éclairer dans leurs yeux.

29 août 2007

Au passant,

    c'est étrange. Vous êtes déjà là.
Tiens, elle a écrit. Avez-vous eu au moins cette pensée ?
Non, pas "elle", d'ailleurs, plutôt "Oviv", sans consistance, objet virtuel, lien internet, blog. Alors vous ouvrez la page du jour. Étrange mot que "page", pour ce qui n'est qu'un écran...
Consciencieusement, minutieusement. "Clic" et vous voici. Guère plus difficile que ça.
Opération copie  maintenant. Combien de secondes cela vous a-t-il pris ? Moins de 60 en tout cas, je le sais. Les stats, on appelle ça comme ça. Elles me donnent l'information.
Vous m'archivez sous Word, monsieur le passant ? Vous avez donné un titre à ces dizaines de pages ? "Blog Oviv "? Vous les conservez mes mots, ça, j'en suis presque sûre. Pas moi. Si canalblog disparaît, je perds mes mots. Mais vous,  vous les aurez. Ils seront quelque part en France, puisque j'ai le nom de votre ville, aussi. 
Comment faites-vous, passant, chez vous ? Un petit mouvement précis de la souris quand vous arrivez sur la note du jour, pour sélectionner le texte de la première à la dernière ligne ? Par CTRL+ A ? Mystère. Hop, copié-collé. Le texte est enregistré. Et cela dure depuis des années. Depuis mon second blog. Celui de l'oiseau. Jusqu'au précédent. En éphéméride. Parce que vous m'avez écrit juste une fois, celle où vous avez craint de ne plus me retrouver dans mes méandres d'écriture. Vous vouliez "s'il vous plaît" ma nouvelle adresse.
Cela vous suffit donc de lire ? de tout savoir de ma vie, et rien en même temps ? Combien de blogs téléchargez-vous ainsi ? D'ailleurs cela m'arrive d'en rire. Quand je vois votre IP passer en moins d'une minute à chaque texte que j'écris. J'ai donc eu envie de vous dédier cette lettre, parce que le monologue me fatiguait, que vous sachiez quand même que ce n'est pas anodin, votre démarche de passant muet....
- Si son disque dur fond, il y a une dépression au bout.
- Ah bon, tu ne crois pas qu'il imprime ?
- Si ! Pour être si consciencieux dans ses téléchargements, il doit imprimer.
Vous voyez, je me fais mon cinéma. Parfois, je suis en colère contre vous, je vous traite de voyeur. Parce que vous ne vous intéressez pas à moi, juste à mes mots. Mais jamais vous ne me dites rien d'eux. Jamais. Je n'ai aucune idée de ce qui vous plaît, vous déplaît, vous met parfois en rage. Corrigez-vous les fautes d'orthographe qui m'ont échappé ? Vous savez, passant, ce n'est pas un livre, un roman. C'est un blog, un endroit où l'on peut avoir un contact avec la personne derrière les mots. Pour lui donner vie.
Aujourd'hui je suis en colère contre vous. Et j'ai eu envie de supprimer ce blog pour vous apprendre à tendre un peu la main vers l'autre. Parce que c'est comme une drogue pour vous, j'en suis sûre. Mais je ne le ferai pas, c'était une pensée stupide, j'ai juste moins envie d'y écrire depuis quelque temps, mais cela me passera, je l'espère.
Il y a quand même quelque chose qui me fait rire, c'est de savoir que vous téléchargerez ces mots et les mâchouillerez en ruminant. Sans un bruit.

3 septembre 2007

Fantoche

Tu crois que je pourrais encore abandonner ces résistances au parfum de rouille amère ? et enrouler dans une tête de loup les éclaboussures de mes émois perdus ?
Tu crois que je saurais égarer la clé de cette boîte à mémoire noire des douleurs accumulées ? et dormir sans brûler ma peau à ton corps étranger à mon ventre ?
Je ne sais plus, je ne sais pas.
J'ai perdu le fil de l'histoire au gré des contes défaits. Mon sourire s'est coulé d'étain et mes yeux de cuivre. Je ne sais plus m'émerveiller et être la belle endormie au sourire aux anges.
Je me suis égarée en cherchant la source où diluer mes peurs, et j'erre au bord de la vie, le talon d'Achille endurci, la nuque trop lourde.

Mais toi, vois-tu qui je suis ?
Tu ris de mes cris, la nuit, et de mes silences qui s'étranglent.
Tu ris de mon corps qui balance ses hanches, et de ma peau qui se consume.

Je suis un pantin qui désarticule sa mort à venir.
Regarde, là haut.
J'ai accroché le bois et noué les ficelles de ce fantoche qui me maintenait dans l'illusion.

31 août 2007

Fantasme à quatre

Je la regarde.
Elle se glisse doucement dans la fente tapissée de velours anthracite.
Puis gémit, impudique et lascive,
avec quelques tremblements de son corps,
dans un souffle tiède qui l'enveloppe.
Aspirée par quelque démon intérieur, la voilà qui s'enfuit en un pas chassé aérien.
Mais elle revient, fièrement, bruyamment.
Se jette à corps perdu dans la lumière.
Je la saisis alors.
Oui, elle est bien imprimée.
Recto-verso.

Mon imprimante est une perverse polymorphe.
Ou alors mes hormones ont un fantasme A4.

11 septembre 2007

Silences

Dans la boîte aux parois lisses
- le grain aigüe raye -
vaisseaux en zébrures rouges qui lacèrent le regard.

Et ce bruit
-
ce bruit qui cogne, cogne
-
cacophonie des mots
-
démons d'avant
-
avant le premier,
avant le dernier
mourants accrochés à la putréfaction de leurs chairs
choeurs chaotiques
oubliant la vie,
la vie si lisse et souple, si belle et douce, si pugnace et tenace, si proche et lointaine, la vie qui harcèle, la vie qui lacère
-
la vie vocifère
et se terre
au fond de la boîte
la boîte aux parois si lisses
si lisses
-------

15 octobre 2007

Métronome

Ton ombre tiède s'est dissoute au détour d'un soir d'été, laissant au creux de ma paume un amour qui se conjuguait au singulier. J'ai le goût de poussière de ton absence collée au palais. Ce n'est rien, n'est-ce pas ? Rien de bien grave.
Je vis, tu sais.
Tellement fort ! et très entourée, gaie et riante, tellement ...mal de me scarifier ce sourire taillé à la lame du paraître. Je me mens de toute cette force dévastatrice qui m'emporte, et j'y crois, oui, j'y crois, plus fort, plus fort encore que tes mensonges qui se sont collés à ma bouche. Tu ne m'as pas dépouillée de ma vie, tu as juste volé à mon coeur le goût de battre plus fort. Il bat, pendule stupide qui découpe le temps et scande son requiem mécanique.
Tac tac toum.
Tac tac toum.
Je vis, tu entends ? je vis.

2 septembre 2007

Chimote du soir

Il y avait les feux follets échappés des braises au parfum de couenne rôtie, et, tout à côté, la couverture rebrodée de pivoines rouges.
Il y avait cette vapeur salée des chairs qui se frôlaient et dansaient au rythmes balancés de l'Afrique et du Brésil. Et les pieds engourdis de taper le sol.
Il y avait cette confiture de lait, cette Chimote, sublime dulce de leche, dans laquelle mon doigt plongeait avec délice.
Il y avait ces femmes au ventre gonflé de désirs inassouvis, dont le regard s'arc-boutait aux yeux des hommes.
Et celui d'un homme qui se cachait derrière un calashnikkon et fabriquait des pixels de regards de braise.

Il y eut la cuillère à pot, pour gourmandise à satisfaire toutes affaires cessantes. Et le pot de dulce de leche tapissa ma langue et mon palais de sa sublime douceur caramélisée. Et l'homme regardait.
Il y eut la bougie aux phéromones, celle qui éloigne les moustiques, sauf les mâles.
Et il y eut un petit livre ancien, le petit-livre-train que je garde précieusement depuis 50 ans, depuis mes 50 ans, parce que c'est écrit dessus : "les histoires d'amour c'est comme les voyages en train". Alors j'ai appuyé sur le nez de la locomotive, j'ai bien entendu son "pouêêêt".
Je reconnaîtrai son bruit, j'en suis certaine.
Il n'y eut pas de locomotive, ni de TGV, mais cela tangait comme sur l'Océan. Peut être que les sirènes des cornes de brûme font ce bruit, pour les instants d'égarement ?
Mais j'en ai déduit que ce n'était sans doute pas une histoire d'amour comme celle du petit train. Mais une jolie petite histoire comme une bouteille à la mer. Une qui se termine en surprise-party dont on revient indemne, une qui se consume sans cendres à glisser dans des linceuls couleur d'amours défuntes. C'est certain. 
Alors j'ai été voir ma girafe qui se désarticule ; elle se tenait plus droite que jamais, c'est un signe, ça. Je l'ai embrassée sur le bout du nez et j'ai chaussé mes lunettes à double-foyer pour vérifier la date de péremption des objets soigneusement emballés. Tout était ok.
J'ai allumé mes lampions ultra-violets, pour mon bain de minuit au clair de lune. Et j'ai souri.

18 septembre 2007

Planète taire

Appelle ça comme tu l'entends. Que m'importe de savoir s'il s'agit d'inconscient ou d'intuition ? L'important n'est-il pas ce que je pressens ?
Je ne sais pas où les racines de ma raison puisent leur substrat.
Je ne sais pas plus s'il s'agit de déraison ou de protection.
Oui, je suis une "évitante", comme ils disent... je fuis.
Et je me terre là où je n'ai plus peur : chacun ses lumens, tu sais. Si je me trompe, cela reste malgré tout ma vérité, celle qui me permet de m'affronter, chaque jour.
Tu crois que je ne lui accorde aucune chance, à cet homme là ?
Tu te trompes.
Je suis prête à accepter d'aimer, et d'être aimée. Mais les années défuntes ont eu deux effets sur ma vue.
Le premier s'appelle la presbytie, je la soigne avec des verres amincis.
Le second, c'est la clairvoyance, drôle de cornée de claire-vue des émotions.
Je ne peux plus croire aveuglément. C'est l'âge, celui de ma raison. Ou de ma déraison, comme tu l'entends.
Cet homme, qui dit m'aimer, pourquoi veux-tu que je le crois de m'aimer, moi ? "Je t'aime".
Il a dans le coeur un flou que je reconnais. Celui des hommes qui aiment, qui aiment, qui aiment.
Ils aiment souvent, ils aiment toujours : leur femme, leur maîtresse, leur amante. Ils aiment. Hier, une. Aujourd'hui, moi. 
Tu as raison, seul est l'instant. Demain n'existe jamais. C'est une tendance, pas une réalité.
Mais voilà, aujourd'hui, moi, je ne crois plus vraiment aux mots d'amour. Ils ont dû perdre leur sens, au détour d'une source qui s'est tarie de trop couler.
Voilà, je ne veux pas de mots d'amour, juste des instants qui me le disent en silences précieux.
Où est le dictionnaire de ces mots qui m'atterrent ? de ces mots à me taire ?
Je veux écrire d'autres mots, ceux d'un amour à vivre en silences. 

8 juin 2007

Elle va expirer

Elle a écrit ça ;

"Voilà, voilà, voilà, j’arrive…

J’ai le pois chiche du taureau dans l’arène et je ne vois que du flou rouge et mouvant . J’ai la hargne du corps huilé sur le ring avec ses poings serrés dans des uppercuts rouges. J’ai la morsure au bord d’une gueule Shark et le gout de l’océan mêlé à celui du sang dans ma bouche. J’ai l’instabilité sanguine d’un Tony Montana à la dérive d’une obsession. J’ai le magma en fusion. J’ai le rouge. Je suis dans le rouge.

Je me souviens bien des mots à mon encontre il y a quelques temps déjà. Je me souviens bien de la bouche bée de chacune des blessures ouvertes par tes dires. Je constate que je n’oublie rien. Rien. Jamais. Parce que ça ressort aujourd’hui, tu viens toi-même de les pointer du doigt ces mots là. et ces phrases sont prêtes à ressortir. Saches que même d’occasion elles auraient l’effet dévastateur sur toi, à cet instant. Alors je me tais. et ça brule tout l’intérieur et ça sent la soufrière.

J’inspire, et ensuite longtemps, j’expire."


Le souci, c'est que le toi, c'est moi. Et qu'elle m'attend. Je ne vois que deux solutions ;
1) faire le clams, mais je crois qu'elle a un couteau à huître dans sa cuisine.
2) garder mon casque sur la tête. Parce qu'elle parle comme elle écrit. Et que ses mots cognent forts.
J'y vais. Bon, après une dernière cigarette. 


8 octobre 2007

L'absent

Il y eut ce craquement brutal. La lame de métal gris se fendit et le cerclage poli qui découpait sa paix en feuillets rougis perdit sa rondeur coupante. Dans un bruit de hache, bois mort qui éclate dans un nuage fin de poussière jaune pâle.
Le silence retomba.
Et le temps avançait. Une seconde après la nuit, une seconde après le jour. La paix se fraya un rayon dans l'obscurité, la paix aveugla le sommeil des nuages. Le temps de l'aurore, en une foutue seconde immortelle qui se fige pour annoncer la vie.
Le silence se troubla.
C'était un souffle épais, moite et gluant. De cette vapeur fugace qui naît et s'échappe pour mourir sur les bouches des vivants.
Elle dépouilla son apparence des squames ternes et huila son corps de caresses odorantes.
Il était là.
Elle ferma ses paupières fripées, ouvrit sa paume, huma le parfum perdu et chavira dans l'ivresse. 
Puis elle pleura et sourit.
La violence la secoua de sanglots, de rires, de cris étouffés.
Il était là.

16 juillet 2007

Dans votre maison...

  Je ne crois pas en votre dieu, mais aujourd'hui, dans cette église belle et paisible, aux arches si féminines, je vous offert quelque chose. Une offrande, je crois que c'est ainsi que les croyants la nomment.
Je vous ai offert tout l'amour que je porte. C'est un amour tout simple, très pur je vous l'assure. Cet amour qui n'est pas à votre encontre, mais que je porte pour un simple humain, comme moi. Un homme qui n'a pas le coeur assez grand pour en avoir besoin. Alors je vous l'ai offert, dans cette belle église, et mes larmes ont été silencieuses. Puissiez vous en faire bon usage et en donner à ceux qui en ont besoin.

8 juin 2007

Plume sèche

Tu griffes la page de la pointe d'acier, mais elle ne saigne pas, crisse un peu de ses fibres arrachées et te laisse désemparé. Tu la froisses dans un bruit de feuilles mortes, mais elle ne résiste pas et te lasse. Tu la jettes loin de toi et ce n'est qu'un son mat qui te rassure si peu. Alors tu la déchires, en bandelettes fines, une à une dans des soupirs feutrés. Mais la page en lambeaux ne t'as pas apaisé.
Déjà épuisé, tu te lèves et tu hurles à la blancheur du ciel que tes mots doivent aller plus haut, flamber leurs douleurs près du soleil. Et tu attends la nuit pour crever de ton hurlement ce plafond d'un bleu si noir.
Tu attends, la voix éraillée, les yeux emplis de sable de ne plus vouloir se fermer. Tu attends. Ta gorge suinte d'un acide qui la ronge et ta bouche se craquelle de soupirs brûlants.
Tu attends, et tes doigts crispés enfoncent leurs ongles dans la chair tendre de tes paumes, et tes muscles cristallisent ta haine en aiguilles.
Hurle, va, si tes lèvres blanches en savent encore l'écho assourdissant.

Tu te rassoies devant le clavier aux touches noires. Et tu frappes. Comme un fou, tu scandes tes silences en sons mats et étouffés. C'est ta symphonie, ton ultime récital. Tu n'as pas encore compris que tu étais devenu sourd à la vie qui bat son tempo.

26 septembre 2007

J'oublie

De heurts en silences, la porte s'est close,
et les lèvres blêmissent de mots poreux.
Sous les seins gonflés, voilés d'impudeur terne,
le désir se brise en écume molle.

J'oublie

D'espoirs en chuchotements, mes yeux se sont crevés.
et je poursuis, de galets en reflets de pierres de lune.
La voix diaphane verdit en rocailles,
bourgeons givrés de folies glaciales.

Et le désir, drapé de deuil, spirale froide et noire,
s'enfouit au sein d'une pensée amère.

J'oublie

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