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Eau vive
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10 juin 2007

Drôle de je

À trop frotter ma peau, elle se desquame en particules électriques, et ses crépitements secs troublent le silence de la paix.
À trop frotter mon corps avide, j'ai égaré le goût du désir. La chair a déserté le squelette qui se joue en ombre chinoise d'une silhouette dégingandée.
À trop mordre ma bouche, ma langue blessée s'est réfugiée au creux sec du palais. C'est la saison morte, et les mots desséchés finissent en tourbe brune et acide.
À trop jouer de mon coeur, il est devenu sporadique et cogne sans discernement du temps.
À trop me mentir j'ai perdu ma confiance, au fond d'une vérité qui n'existait que dans mes rêves.

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24 juin 2007

Un regard étrange

Je m'étais assise à la tablée cosmopolite de cette auberge espagnole. Le casque et le blouson rangés, le sourire dépoussiéré des ailes de moucherons, la certitude d'être attendue et accueillie en amie. J'avais déballé le cake salé, distribué les arachides simplement grillées, le gingembre confit. Ils étaient de partout, de la Réunion et de l'Ariège, de l'Afrique de nulle part. Et moi, parmi eux.

Jetant son encre vers les cieux
Suçant le sang de ce qu'il aime
Et le trouvant délicieux
Le monstre inhumain
c'est moi-même !
G. Apollinaire

Une soirée étoilée des brandons d'un feu follet, une soirée aux musiques arabes, au parfum rougail, aux poètes disparus, au vin frais et aux glaçons chantants.
J'avais vu son regard, à l'homme à la barbe grise qui aime tant le tango argentin. Son regard, quand nous parlions de tout, de rien, de l'amour et du sexe, des livres et des hommes, de la vie qui va et de la mort qui vient.
Mais je ne savais pas qu'il m'avait vue, derrière mon blouson aux plaques rigides, qui empêche les routes de laisser les gravillons de se planter dans les chairs. Il m'avait vue. Nue comme au jour premier, monstre inhumain de transparence, cachée dans une encre qui se trace, qui s'efface. Et me l'a écrit ce matin.
Il y a des gens, à la barbe grise et au regard étrange et pénétrant,  dont je suis heureuse qu'ils ne sachent pas que j'écris ici ce qu'ils n'ont nul besoin de lire pour tant connaitre de moi.

20 juin 2007

Rien, vraiment plus rien qu'elle, ma colère

              J'ai la colère froide et dure. La colère qui tranche et laissera la plaie claquer en bulles rouges sang.
J'ai la colère noire comme une nuit à la belle étoile, et les mots en lance de sagaie. Je plante dans ta bonne conscience mes flèches. Qu'importe si tu en as mal. Qu'importe ! Lui, dort avec dans sa tête une tempête qui ne se parle pas. Lui, il n'a plus de mots, et sa vie est déjà lourde de trop de maux.
J'ai la colère qui te claque la porte au nez. Qui te tourne le dos, la tête haute, la tête si haute d'avoir trop attendu. D'avoir obéi à tes ordres de ne pas m'en mêler. M'emmêler... comme lui ? Dont la vie est un noeud coulant.
Entre toi et lui, j'ai maintenant du choisir. Tu as refusé de m'écouter toutes ces années.
Je m'en fous de passer pour une "madame je sais tout", pour une "donneuse de conseils", je m'en fous, tu comprends ? Il va mal, ton fils, il va mal à en crever. Je m'en fous de savoir que sont les responsabilités des uns ou des autres. J'ai la colère sourde et aveugle.
Je ne sais plus où le joindre, ton fils, qui dort parfois dans la rue, si plein d'alcool que les trottoirs lui sont devenus familiers.
Mais je sais que parfois, encore, il va dans un cyber café.

Un message l'attend, dans ce café branché. Un numéro de téléphone.
Je prendrai ma voiture et j'irai le chercher.
Avant, je passerai chez toi, prendre ces sacs poubelles où ses affaires sont entassées.
Tu pourras me fermer la porte au nez. Ta vie est construite, la sienne est en tas de briques.
Il a 18 ans. L'âge de mon fils.

28 juin 2007

J'suis pas un bon chef

Vous ne les lisez donc pas, mes mails appliqués à ne vous donner pourtant que l'essentiel ? Les notes expurgées du superflu sont encore trop touffues ? Vous estimez que devoir écrire des phrases en bon français, sans fautes d'orthographe, est trop vous demander ? Et que je veuille les corriger vous est offensant ? Vous naviguez sur les sites de voyages sans jamais planter votre ordi, et la météo est dans vos raccourcis. Mais vous ignorez tout de la dernière consigne que je vous ai transmise. Vous avez supprimé mon message, noyé dans les listes de blagues dont vous raffolez.

Je suis fatiguée de vous materner, vous absoudre, vous couvrir, vous (...) sacrément fatiguée.
Épuisée  que vous puissiez trouver pénible d'apprendre à utiliser un fichier Excel en suivant un mode d'emploi détaillé pas à pas. Usée de vos plaintes sempiternelles pour une imprimante qui coince, de vos oublis de vous lever le matin alors qu'un formateur vient expressément pour vous.  Lasse de ces erreurs d'étourderie redondantes qui me donnent deux heures de travail pour les récupérer. Et votre mine d'enfant contrit n'y change rien. Vous n'êtes plus un enfant. Je n'ai aucun moyen de vous punir, juste l'envie de vous dire - mais de me taire - que vous avez un salaire versé en contrepartie d'un travail que vous êtes censé faire. Ras le bol de tout cela. De vos certitudes que vous êtes inamovible, indéboulonnable. Moi aussi je le suis. Mais, quitte à travailler, je le fais au mieux. Je ne vous en demande pas tant, même moins. Mais au moins, ne soyez pas retranché dans votre affreux statut de fonctionnaire caricatural. Vous gérer me devient insupportable parfois.

Vous voulez que je vous dise ce que je pense de votre poste au travail ? Vous creusez le trou dans lequel on le glissera quand l'heure de votre retraite aura sonné. Comment osez-vous vous offusquer de ces mesures et dénier votre propre responsabilité ?

Je veux un poste à la photocopieuse.
Et plus d'équipe.

3 juillet 2007

Le cyclope

C'est un géant. Qui s'amuse de sa stature, de ses épaules, et de ses pieds qui butent sur les marches toujours trop étroites pour son 47 au bout des orteils. Il fait un drôle de métier, il est photographe d'évènements. Mais ce soir là, il était un ami parmi d'autres. Quand il  vous parle, ses yeux vous regardent sans bouger, mais sa main a une autre vie, et danse de son regard brillant de curiosité. Toujours pourvue d'un  appareil photo, elle vole, s'abaisse, se lève, et les déclics jouent leur samba. Il a plusieurs yeux ce géant là.

L'on s'habitue très vite aux éclairs incessants, ceux qui ne sont là que pour distrairent l'attention, sont le leurre propre à faire oublier le flash qui saisira l'expression, le mouvement du rire ou de la danse, la larme qui perle et s'évapore aussitôt. Des centaines de fois, son doigt appuiera. Pour quelques clichés dont l'éclat de vie sauront émerveiller.
Il y avait le saxophoniste, et les braises du barbecue dont les brandons éclaboussaient la nuit. Il y avait les assiettes de carton et les brochettes de chamallow pour les enfants. Une soirée comme tant d'autres, dans un joli jardin de banlieue.
Les flûtes furent amenées sur les tables de papier où des épis de blé, symbole de vie, étaient posés. Le géant déposa son appareil, souleva une grande bouteille de champagne, les conversations moururent dans quelques soupirs. "Pour vous, quelques bulles, pour fêter la belle nouvelle. Il y a quelques jours mon dernier scanner a montré que mon cancer était guéri. Buvez mes amis, à la santé, à la vie, à ma compagne qui m'a toujours soutenu."
C'était une belle soirée dans un jardin de banlieue. Certains se levèrent, dirent leur douleur, leur combat, leur fatigue. Tous unis par cette envie de partager. Un peu de réconfort, une flûte de champagne, quelques gâteaux entre deux chimio.

Alors, tu vois, petit papillon bleu, je voulais te dire que j'ai bu pour toi, parce que tu es toujours vivante, ici, à l'abri de mon coeur. Quand tu me parlais de ton groupe de paroles tu pétillais de joie : ils étaient si importants pour toi, là bas, ceux qui étaient là, quand ça n'allait pas. Avant que tu ne reviennes ici t'évader de ton cocon.
Papillon bleu, j'espère à mon tour pouvoir donner un peu. Tu vois, je garde tes derniers mots toujours vivaces "donne, l'amour ne doit pas se garder".

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27 mai 2007

Puzzle

Ils lui avaient dit "Il faut vivre". Il n'avait pas bien compris, sur le moment. Vivre, n'était-ce pas ce qu'il avait toujours fait ? Ils aimaient la vie, les longues marches sur la grève, les clairs-oscurs, les siestes, les livres, boire un thé sur la terrasse, parler, parler, parler... bien sûr qu'ils aimaient la vie ! 
Ce fut quelques jours après que leur injonction prit tout son sens. Quand ils furent tous rentrés chez eux, quand leur présence avait cessé de remplir les heures.
"Il faut vivre !"
Il faudrait que tout soit comme avant ? avant qu'elle ne parte sans le prévenir ? avant qu'elle ne le laisse ? Les voyages, même à la pâtisserie, c'était avec elle qu'il aimait les faire. Et maintenant, la seule valise qu'elle avait laissé était à la consigne, une valise de souvenirs qui s'entrechoquaient dans le noir.
Il avait trouvé la clé et le code. Il avait ouvert le bagage plein d'odeurs. Elle était là, dans ces foutus souvenirs, puzzle aux milliers de pièces. Il avait le temps, le temps démesuré de son absence pour composer l'image, rassemblant une à une les pièces. Il n'y avait pas d'heure où il ne regardait le tableau fracturé. Qu'aurait-elle fait, ou dit ? qu'aurait-elle pensé de cet article, de cet arbre ? Et il cherchait machinalement dans les morceaux épars.
C'était donc cela, vivre ?

Il s'était assis. Il attendait.
Vivre à en mourir, c'était ce qu'elle avait fait.
Lui, mourait de vivre sans elle.

13 juillet 2007

Maladie mortelle

Elle est parfaitement invisible aux rayons X. Et il n'y a guère de marqueurs à décompter, ni de cellules à greffer. Nulle chimiothérapie, radiothérapie, protocole et autre. Il n'y aura pas de rémission.
Les cellules sont atteintes d'un carcanserre malin, qui les fait se rétracter jusqu'à l'asphyxie. Une à une. Jusqu'à la mort.
Une à une.
Soixante milliards de cellules.
La maladie est mortelle, longue et douloureuse. Mitose cellulaire inversée qui hypertrophie de façon galopante, les anticoeur nauséeux au garde à vous, prêts à déposer les armes.
De toute façon, quand on a la santé, la maladie, on s'en fout, pas vrai ?
On a les joues roses, les dents blanches, la peau brugnon et les oreilles en dessin de foetus. Les doigts de pieds avec des crampes banales, les genoux qui s'articulent, la taille marquée et les fesses raffermies. Les lèvres souples, la langue rose, les paumes chaudes. Parfait pour pédaler. Et rire, boire, danser. Sans jamais vomir.
Mais le carcanserre malin est là, avec ses cellules insidieuses, bien ordonnées, qui crèvent une à une. Lentement. Parfaitement lentement.
Souriez, vous êtes vivant.

26 mai 2007

Rien de réel

Juste du silence. De l'oubli. Et la blessure, quand tu t'es repu de lire mes douleurs.
Je suis ici.
Solidement amarrée à mes encres.
Tu pensais que j'allais m'effondrer, comme statue d'argile ?
Je me modèle ici.
En mots devenus opaques de transparences superposées, en feuillets de verre nu.
Ma pudeur est ailleurs : tu croyais m'anéantir en bousculant mes mots ?
Tu pensais me démaquiller jusqu'au sang en me privant de mes phrases nues ?
Je me suis ancrée ici. Je m'en moque de la vase entre les lignes.

Je suis amarrée au rythme des tempêtes de ma vie. C'est ma bouée, ma poubelle des mers.
J'y nettoie mes encres les plus noires.

25 mai 2007

Le bec des mouettes

La vague avait déferlé. J'aurais dû être plus attentive au silence étrange de l'air qui se gonflait d'eau.
Maintenant j'attends. Le pourrissement de mes chairs, le ventre qui s'emplira des gaz et joueront de moi comme d'un culbuto. Je me décompose, le visage tournée obstinément vers le fond, les yeux brûlés du sel. Aussi froide que le brouillard d'un hiver éternel qui aurait dissout les saisons.  Ma peau se pare en éventail de rides profondes gorgées d'eau. Je flotte, plus légère de mes chairs où le sang de la vie s'est figé.
Bientôt, au gré d'une marée plus puissante, je rejoindrai le sable et les galets. Un pêcheur me trouvera peut-être dans son filet. Je serai alors bleue, comme ces poissons morts qui se laissent porter par le courant. Et l'on me mettra dans un tiroir noir et froid en attendant de savoir. Le scalpel sera indispensable; l'on regardera avec soin mes alvéoles pulmonaires. Je les entends, doctement dictant leur rapport. "Morte par noyade. Pas de traces de coups et blessures." Les crevures de mon ventre seront attribuées aux mouettes voraces, peut-être des rieuses, au bec noir, et quelques taches rondes et violacées aux ventouses d'animaux marins.
Je suis morte.
C'est étrange de flotter ainsi.

11 avril 2007

Il me plaît...

Frôle-moi, de ta paume ouverte.
Effleure ma peau, juste son duvet.

Approche ta bouche de la mienne.
Mais jusqu'au souffle, juste là.

Je ferme les yeux.

Je veux ...
te palper la chair, te frotter les os, te pétrir le corps, te masser les plis, te dresser les creux, te humer le goût, lécher tes humeurs, brosser tes poils, te caresser, t'enlacer, te serrer, te prendre en moi, t'y enserrer, te caler dans mes plis, te lisser à mes courbes, te déplier le sexe, ployer sous tes muscles, enchevétrer nos phalanges, glisser sur ta peau, rouler sur ton dos, embrasser tes fesses, mouler ta nuque à ma bouche, mordre tes oreilles, ouvrir ton corps au mien tout entier

Touche moi.
S'il te plaît...

12 avril 2007

Génèse

Au commencement, furent créées les lettres.
La parole était orale et volatile : il y avait des surdités à la surface de l'abîme, et l'esprit de la parole se mouvait au-dessus des eaux.
On dit :
- Que les lettres soient.
Et l'alphabet fut.
On vit que l'alphabet était bon ; et on sépara les lettres d'avec la parole.
On appela certaines voyelles, et on appela d'autres consonnes.
Ainsi fut le premier jour.

On dit :
- Qu'il y ait une liaison entre les lettres, et qu'elle relie les consonnes d'avec les voyelles.
Et on fit la liaison, et on relia les consonnes d'au-dessous de l'écriture d'avec les voyelles d'au-dessus de l'écriture. Et cela fut ainsi.
On appela le fruit de la liaison phonème.
Ainsi, il y eut une consonne, et il y eut une voyelle, et elles s'assemblèrent: ce fut le second jour.

On dit :
- Que les phonèmes se rassemblent et qu'ils apprennent à en créer de nouveaux, en semences semblables et différentes.
Et cela fut ainsi.
Ainsi il y eut un mot, puis une phrase.
Ce fut le troisième jour.

On dit :
- Qu'il y ait des mots qui vieillissent et se transforment, dont sens s'affaiblisse ou grandisse, et des sages qui en gardent la mémoire, pour en éclairer le sens premier.
On vit que cela était censé.
Ce fut le quatrième jour.

On dit :
- Que le souffle puisse se prendre, et que des ailes portent les phrases. Que les soupirs, les silences, les cris, et tout ce qui fait la vie puisse se tracer.
Ainsi il y eut les , les ; les : et les . les ? et les !
On vit que cela était fécond.
Ce fut le cinquième jour

On dit :
- Les mots ont produit de belles choses que j'entends. De la poésie et des chansons, de la philosophie et de la théologie. Tout cela est bon et doit vivre éternellement.
Et on créa les feuilles issues du bois et l'encre pour tracer en calligraphie les mots dits. Tout cela fut fait, et les livres naquirent.
Ce fut le sixième jour.

Ainsi fut achevée la genèse des mots. On regarda les œuvres à naître et les livres encore inachevés. On aperçut les lettres égarées et les chansons silencieuses.
Voici les origines de tout cela. Jusqu'à l'azertyuiop. Alors on partit à la recherche d'un nouveau langage.
Ce fut le septième jour.

26 avril 2007

La marotte du vent

Tu frayes ton chemin,
Petit vent malin,
A la tête des grands pins.

 

Mais t'ennuies dans les branches hautes,
Et descends, c'est ta marotte,
Des filles dévoiler les culottes.

Tu te tentes à la cornemuse
P'tit vent qui s'amuse

 

Et t'essayes au cornet à piston
Gros vent du siphon.

Moi je t'aime comme amant délicieux
Quand tu ébouriffes mes cheveux,

Vent parfumé à la barigoule
Qui me couvre de peau de poule.

6 juin 2007

Goutte de cire

Je m'en souviens, le temps n'a pas encore tout effacé de ma vie.
J'étais avec eux, nous étions d'une belle couleur grège, presque douce tant elle satinait la lumière. La main nous avait dressés dans un chandelier de bronze à la dorure piquetée : nous étions fiers, n'attendions rien. Nous regardions le temps qui s'écoulait en lumières et pénombres.
Un soir une allumette vint enflammer la mèche dans une odeur de soufre. Il y eu un léger grésillement, des lumières jaunes et orangées éclaboussèrent la nuit autour de la flammèche bleue. Il faisait si bon. Nous sentions que nous nous dilations, le coeur avide de mouvements.
Cette soirée là il y eut un ballet de petits insectes autour de nous. Et des ombres qui vacillaient. Nous vivions pleinement
Enfin ce fut mon tour.
Je sentai ma forme solide qui se noyait. Je sentai cette chaleur qui m'enveloppait.
J'ai fini par les quitter et me déposer lentement le long du corps tiède de ce qu'était ma vie, avant.
Deux doigts me saisirent doucement et jouèrent à me façonner en perle molle. Je n'eus pas peur, bien au contraire. L'on attachait donc de l'importance à moi, simple goutte de cire grège ? Je me coulai dans les sillons de la peau chaude, gravai les tatouages intimes des empreintes digitales en moi. Ce fut une vie de bonheurs éphémères.
Mais les doigts se lassèrent de me modeler, et je fus jettée au fond d'une poubelle noire et humide.
J'attends maintenant.
Le grand feu de la fin, qui me verra mourir en bulles translucides et irisées, dans un parfum nauséeux.
J'attends. Que me reste-t-il d'autre à faire ?

15 avril 2007

D'argile

Il y a le masque du temps en terre molle, et le vague, en empreinte.
Visage figé en sourires doux, pour ceux qui s'en rassurent.
Les craquèlements se colmatent du bout des doigts,
les yeux s'assèchent, il le faut.

Et le temps passe, sablier aux grains si lisses que rien ne l'enraye.
Et surtout pas les temps à venir.

Être, âme de statue d'argile sculptée d'une vie...
Être, sous ce regard qui me dé-compose, du coeur à la tête.
L'âme s'en fendille, et le sourire lisse les fissures du bout de la langue.

29 mai 2007

Nid vide

Son image s'était découpée en contre-jour, dans la rue étroite qui peinait à s'arrondir. Elle avait regardé la silhouette, ne pouvait plus détacher son regard de ce balancement un peu lourd, de cette nuque épaisse. La lumière disparaissait des murs de pierre, des trottoirs, il n'y avait plus que l'image en ombre chinoise qui se détachait du flou. Elle n'osait plus avancer de son pas rapide, de peur de le voir tanguer et disparaître. Elle ne respirait plus, écoutait les martellements qui oppressaient sa poitrine.
Pourquoi était-elle là ? tellement emplie de ce vide ? La vue, le goût, l'odeur, tout ce qui était, était encore imbibé de lui. Il l'avait dépouillée de ses sens, de sa fierté. Elle avait courbé la tête, s'accrochant à en pâlir les jointures à ce rien qui l'obligeait à vivre. Elle avait perdu ses désirs, avait égaré sa joie. Était-ce cela, vivre ? même pas survivre, qui l'aurait portée de sa rage.
La silhouette s'amenuisait au loin, elle tourna brusquement le dos et partit.
Ses mains étaient vides. Le temps où des doigts les enserraient, ce temps-là avait fini par fuir ses souvenirs. Elle tourna sa main vers le ciel ; regarda la paume, au creux tiède comme un nid. Une larme roula au dedans. Et sa langue en lécha le goût salé.

15 avril 2007

Dis, tu ....

Hurler, à s'en strier la bouche de craquelures de sang.
Hurler, à entendre les cordes vocales se fissurer.
Hurler, à voir les veines pulser sur le front.
Hurler à la vie qui crève de n'être que ce murmure inaudible.

Et le silence est revenu en battements rouges dans un coeur désemparé qui cogne, les paupières brûlantes du sable qui raye le jour, les mains blanchies de ne saisir que les secondes.
Le silence est là, maintenant, lourd et froid, le silence épais du temps qui scande sa valse à deux temps.

Tu m'entends, dit ?

26 avril 2007

Le temps décomposé

Ça tord les tripes, le manque.
Parce que j'étais comme un torrent, avant, un torrent tout bouillonnant, qu'un gamin a arrêté, par jeu, par simple jeu, avec de gros galets luisants, jusqu'à ce que ma source verdisse sous terre.
Pour ouvrir la brèche j'ai joué des mots d'aimant à démagnétiser, par petits bouts, en vers, sans sens. Mes sens à l'envers, c'était la réalité, alors. Je me croyais à l'endroit, et je glissais doucement dans le faussé. Allez, on frappe les trois coups, le décor est posé. L'apparence sauve.
L'apparence...
Cela a si souvent été ma réalité. Me raccrocher à l'apparence. Sauver les apparences. Et tellement croire à ce que j'attendais que je ne voyais pas l'abîme. J'avançais, étourdie par la lumière qui m'attirait. Comme les papillons de nuit. Mais je me croyais différente ; pas aveuglée, pas tournoyant jusqu'à m'y brûler ! Et je suis tombée, les ailes racornies.
Je crois avoir compris, aujourd'hui. La mue a été douloureuse, je n'avais de cocon, juste ma peau à arracher, en petits lambeaux. Mais surtout sans saigner. Cela est peu ragoûtant pour les autres.
L'apparence...
Oui, cela les fait sourire, mon allure dégingandée, et mes grandes enjambées. Cela leur plaît, mon sourire aux éclats et mes gestes encombrés de vent. Ma parole douce ou tranchante et ma dérision. Cela leur plaît que je sois si sérieuse et parle de sexe avec autant de précision que d'un tableau statistique. Et moi, je me déplais, c'est un peu con...je trouve.
C'est le manque. Je crève de ces mots en torrents silencieux qui m'obstruent la joie. Je crève de ne pas dire (...) parfois, juste quelquefois.
Mais tout ça c'est pure apparence, celle, trompeuse, de mes mots. En réalité je souris. Et je compose celle que vous voyez ici, même pas en temps composé, au présent.
Pour une absente, je trouve ça très drôle ! Pas vous ?

31 mars 2007

Soie sauvage

Dans les creux en fossettes des reins, un voile de sueur s'irise d'ombres.
Déplie tes doigts impatients
Suis le mont arrondi de mes fesses
descend au creux poplité du genou
saisis la cheville tendineuse
et dessine de tes lèvres la cambrure moite de mon pied.

Dans l'antre du nombril, une ombre fait chavirer ton regard.
Caresse-la de ta langue arrondie
fais-la rouler sur les sinuosités de mes hanches
et jusqu'au pli de l'aine, où les veines tracent des enluminures bleuies.

Attends, attends encore
ferme les yeux et hume les parfums
de sel
de salive
de sueur
ferme les yeux et trace de la langue
la route de soie sauvage
de ma peau grège.

Désir
-
émoi
-
aime moi
-

9 juin 2007

Leçon de choses

Extraite de mes vieilleries, voici la version N° 1 d'une note d'information capitale, publiée le premier juin 2006. La version n° 2, de l'année 2007 se trouve à la fin de la première...


N° 1, printemps 2006
Voici aujourd'hui une note de salut public. Vous me remercierez après, j'en suis sûre.
Tout d'abord, il faut bien différencier les situations.
* Vous êtes seul chez vous, enfants, maris, belle-mère... tout le monde est parti ? Bien, il est donc impératif que vous fermiez votre porte à clé ET que vous enleviez la clé de la serrure. Avant, vous avez mis un double sous le paillasson à l'extérieur. Les pompiers vous remercieront. Et votre budget aussi, parce ça coûte très très cher une porte défoncée.
* Si vous avez de la compagnie ce sera bien utile aussi, nous verrons cela plus loin.
Bien, alors, en premier lieu, la tenue. Oubliez votre chemisier en dentelle ou votre polo dernier cri. Allez donc vous rhabiller ; un vieux jean, même troué, et un haut noir. Ou celui que vous enfilez pour repeindre les plafonds, et qui est décoré d'une mosaïque de tâches du plus charmant effet.
Ah, n'oubliez pas les lunettes. Teintées, de vue, ou celle qui vous servent quand vous maniez le fer à souder, elles sont indispensables.
Pour éviter de tout lâcher pour tenter d'enlever la saloperie de morceau de truc desséché qui est tombé dans votre oeil grand ouvert. Je déconseille les lunettes de ski protection glacier, vous risquez de ne pas bien voir, là haut.
Bon, maintenant, passons au matériel annexe ; une échelle -
sans barreaux vermoulus,-, un escabeau, un piquet qui sert à maintenir le parasol, avec embout crochu, un sac en plastique (Auchan, Carrefour, Leclec, ça n'a pas d'importance. Les branchés prendront leur sac Gucci), et une ceinture (mais pas élastique).
Ah, j'ai failli oublier ; vous buvez 1 litre d'eau avant, pour ne pas vous déshydrater.
Un truc indispensable à ceux qui sont tout seuls, le téléphone portable. Il doit impérativement être fixé au pantalon. Pour appeler les pompiers. C'est le 112. Voilà, vous avez tout noté ?
Maintenant je vous explique comment procéder. Vous passez la ceinture dans les anses de la poche plastique, et vous serrez au premier trou. Bien. Maintenant vous enfilez la ceinture par la tête. Oh, le joli collier que voilà, tout à fait assorti à la tenue.
Maintenant je vous explique, pour le truc de parasol. Quand vous serez bien calé à 3 mètres de hauteur, et que ces foutues cerises sublimes (
ah ? j'avais oublié d'en parler avant ? Oui, il s'agit du mode d'emploi d'une cueillette de cerises réussie) seront pile-poil trop loin... ta la ! le pied de parasol !
Un hameçon. Pour faire venir à vous les branches les plus hautes.
Je devrais le breveter, le truc.
Pour les veinards qui sont tout seuls, personne ne vous verra, tirant la langue, les jointures blanchies de serrer comme un malade l'échelle en priant pour ne pas se casser la gueule...

Les autres supporteront les cris anxieux de la famille " fais attention, chou". Vous serez un héros.
Vous êtes donc au sommet de l'échelle, les lunettes sur le nez, le collier au cou, une main agrippée aux branches, l'autre poisseuse de jus de cerises que vous avez par mégarde écrasées dans votre main en les saisissant. Vous remplissez consciencieusement votre poche, et quand votre tête a du mal à rester droite (
à cause du poids), vous descendez la vider. Vous en profitez pour aller faire pipi en me maudissant de vous avoir conseillé de boire avant. Oui, mais c'est pour votre santé que je vous ai dit ça. Allez, remerciez moi.
Si vous avez un "chou" à proximité, il/elle s'extasiera de votre dextérité, en plein soleil, et vous fera chauffer un bon café (
ou vous pressera un citron, je ne vous oblige pas à vous intoxiquer au café, c'est une note de salut public, je vous l'ai déjà dit), pendant que vous vous douchez ; pour enlever les coulures de jus de cerises et les saletés qui se sont collées dans votre nombril.
Sinon, vous faites chauffer vous-même votre café, et arrêtez de vous plaindre, non, mais
.
Le soir, vous aurez un moment de gloire quand vous disposerez sur la table le plateau. N'oubliez pas le sourire modeste qui sera parfait avec "ce n'est rien, j'ai cueilli quelques cerises". Vous avez économisé
1) 9 € (voui, elles sont à 3€ le kilo, les choutes cerises).
2) une porte fracturée par les pompiers. Ben oui, si vous êtes tombé de l'échelle, pardi. Et que vous avez pu les appeler malgré vos multiples fractures, grâce à votre portable carrossé d'acier pour l'occasion, et qui est tombé avec vous. Et que vous aviez bien pensé à la clé sous le paillasson. Tout ça je l'ai appris grâce à mon fils ainé, le jour où il est venu par hasard me rendre visite, et qu'il m'a trouvée à 4 mètres de hauteur. Moi, il ne m'a pas dit "fais attention, m'man", il m'a passé un savon mémorable. Alors je suis prudente depuis. Obligatoire que je puisse me secourir toute seule, qu'ils ne me trouvent pas deux jours après, agonisante dans le jus de cerises... hi hi... j'adore l'image !
Et si vous êtes ad-mi-ra-ble, vous aurez même fait un clafoutis. En les dénoyautant, hein, pour un plaisir parfait. Mais bon, tout le monde ne peut pas être ad-mi-ra-ble, on vous pardonne quand même.
PS ; pour les taties Danielle de la cuisine. On me le fait pas, à moi, le gout si délicat de l'amande qui est dans le noyau et qui donne un gout exquis... Pfff... vous n'avez qu'à les faire infuser dans le lait, les foutus noyaux, et filtrer après... Sans noyaux le clafoutis, non mais !


N° 2, hiver prolongé 2007
Que vous soyez seul ou pas, aucune difficulté cette année. Vous mettez votre ciré de marin, un chapeau en plastique (
tenez, la poche de l'an dernier sera parfaite). Vous allez près du cerisier... mais non ! malheureux ! pas sous le cerisier, près du cerisier. Si c'est trop tard, regardez vos chaussures, j'espère qu'elles étaient en caoutchouc, la cerise écrasée ça tache. Donc, à une distance respectable de l'arbre, regardez toutes vos belles cerises, celles en tapis dans l'herbe, éclatées, gorgées de pluie depuis un mois. Celles qui décorent le ceriser comme un sapin de Noël qui aurait duré, piteusement, et qui pourrissent doucement, sans que vous n'en ayiez mangé plus que deux, à cause de leur goût de flotte.
Et là, vous levez la tête vers le ciel et vous vous autorisez à déverser un flot d'injures aux nuages noirs. Voilà, vous avez terminé votre cueillette. Les mains dans les poches.
JE HAIS LA PLUIE TOUS LES JOURS.
Signé ; celle qui roule en vélo, qui aime les cerises, la chaleur et le sec. Maintenant qu'il n'y a plus qu'une poignée de fruits au faîte de l'arbre, il fait beau,  fait doux... un vrai temps à croquer des cerises...

21 avril 2007

Un soleil de minuit

Quand tu seras endormi. Quand je verrai ton torse danser en soupirs réguliers. Quand ta peau sera si chaude que ton odeur sera celle du pain au sortir de four.
Doucement je t'apprendrai.
Du bout le plus léger de mon index, je suivrai le vallon qui partage ta poitrine. Je sentirai l'arc de tes cotes qui palpitera au rytme de ta respiration, et mes doigts le caresseront en notes silencieuses. Je serai l'archer subtil.
Sur ton nombril, grotte d'ombre, au creux de ton ventre, je poserai ma bouche en corolle et ma langue en prendra le goût. Lentement encore, je poursuivrai ma découverte de ton corps endormi. Mes lèvres sur ton aine, dans ce repli secret à la peau si fine et sensible. Juste posées, pour ne pas te réveiller.
J'aime tes testicules si fragiles, à la peau soyeuse et fine, déposées au creux de tes cuisses fermes. J'aime les aspirer doucement au creux de ma bouche, en découvrir les billes fermes, cachées au dedans.
J'aime ton sexe à la courbe endormie, aux veines tapies. Je le prendrai au creux de ma paume, tel bouton de rose, et sentirai son coeur qui éclate et se déploie. Ma main devra se faire soleil pour laisser cette fleur s'épanouir. Rose thé, aux pétales tendres, tige à l'ardeur grimpante, je serai ton soleil de minuit.
Je t'apprendrai, pendant que tes soupirs me diront que ton sommeil se réveille.

20 avril 2007

Le fou rire des limaces

Chuttt, écoute, ce sont les rires des escargots...
Chuttt, écoute, c'est le xylophone du cumulonimbus.
Regarde les dessins translucides des gouttes qui dévalent les vitres.
Elles se carambolent, c'est trop drôle.

Merde, merde, merde...
j'ai oublié
mon vêtement de pluie....
et ma coquille d'escargot
et mon préservatif géant de vélo
et un Kleenex format du ciel
et mon chapeau rigolo.

Mais j'entends les limaces naturistes qui ont un fou rire.

5 juin 2007

Sentences

Mon fils ainé a l'habitude de rajouter en bas de ses mails une petite phrase.
Celle du jour de la fête des mères m'a vraiment plu ! 

«Le loto, c'est un impôt sur les gens qui ne comprennent pas les statistiques..»

Je développe un tout petit peu, je suis sa mère quand même !
Au loto, 49 boules présentes, 6 seront tirées au hasard, ce qui fait au début pour chaque boule une chance sur 49 de sortir, ensuite 1 chance sur 48 (puisqu'il ne reste plus que 48 boules), puis une chance sur 47, etc... jusqu'à la sixième.
Au total, la probabilité de gagner au loto est de 1/(49/1 x 48/2 x 47/3 x 46/4 x 45/5 x 44/6) = 13.983.816 donc
1 chance sur 13.983.816 soit, approximativement,
 

1 chance sur 14 millions

A vous de voir, vous avez tout à fait le droit d'être un fervent actionnaire du budget de l'État. Comme à la Bourse, ce sont les petits joueurs qui se font plumer....


30 mai 2007

Le pieu

J'avais la démarche sûre du funambule qui sait que le vide est tout autour de son équilibre.
J'avais la tête fière de la reine qui monte à l'échafaud.
J'étais sûre d'être fragile, et convaincue de ne pas me briser.
Et le pieu de plomb qui raccrochait mes poumons à mon dos me maintenait droite.

Au détour de la route, au bord de cette rangée de garages bétonnés à l'allure d'un couloir de prison.
Au bord de l'abîme déjà.
Tes bras m'ont entourée de toutes leurs forces, et tu tremblais. 

Le pieu si lourd a crevé le nuage chargé d'orage contenu depuis trop longtemps.
Tu ne disais rien d'autre que ce manque, chaque minute, chaque jour, chaque instant, ce manque qui t'habite.
Je ne disais rien d'autre que des sanglots rauques et des yeux brûlés.
Et tu dis que tu m'aimes, que tu m'aimes, que tu m'aimes.
Chaque minute, chaque jour, chaque instant, cet amour qui t'habite.

J'avais la démarche lourde du forçat entravé de chaînes.
J'avais la tête brûlante de la fièvre maligne.
J'étais sûre d'être brisée, pantin désarticulé.
Et le pieu de plomb qui raccrochait mes poumons à mon dos traversa mon coeur.
Aimer ainsi, c'est me faire mourir, tu sais.

30 mai 2007

Dialogue de sourds

-- La plume est complètement desséchée, regardez, elle se rouille, quelle honte ! Quand je pense que vos enfants vous ont offert des encres superbes à Noël...
Ouvrez les yeux : c'est quoi, ça, ce creux du matelas, là, juste cette minuscule place. Vous dormez donc toujours en boule ?
Que faites-vous de votre vie, merde ? Vous trouvez ça drôle de regarder les heures, les jours, les mois, les années, comme un légume qui se flétrit sur le rebord d'un cageot ? Vous me faites honte.
Vous me répugnez de tant de passivité. Je vous ai connue autrement vivante, et combative. Je me souviens de la fatigue qui tombait sur mes épaules de vous suivre. Mais qu'est-ce que je fais encore là, à vos côtés ? J'en ai marre, vous comprenez, marre de votre sourire qui pue le faux. Marre de vos biscuits à la con. Marre des concerts où vous dansez les yeux fermés, comme si personne n'était autour de vous. Marre de ce mec qui vous a pourri la vie et que vous prétendez aimer encore. Marre, marre marre.
Je  vous aimais quand vous étiez vraie, et belle de vos sourires, belles de notre complicité. Je  vous aimais quand vous n'étiez pas comme un cadavre putride qui se compose des chairs d'apparence. Je lis votre blog, que croyez-vous ! Je vous aimais, avant.
Je crois que je vais m'éloigner, vous laisser choisir. Je ne peux plus rien pour vous.
-- (...)
-- Répondez ! Dites-moi quelque chose !
-- Merci.
-- Merci ??? Mais vous êtes malade ou quoi ? Merci de quoi ? 
-- Merci Ego, de m'avoir tenu compagnie.

31 mai 2007

Monsieur,

 je viens vous voir parce qu'il paraît que vous avez peut-être un décapsuleur. Celui qui laisserait ma siamoise se disperser hors des barreaux qui lui cisaillent la joie. Un décapsuleur d'âme, quelle chance vous avez si vous possédez ce trésor !
Je viens, contrainte et forcée. Je n'en ai même pas la force en réalité, c'est pourquoi je vous écris. Si vous me dites de m'allonger, je sombrerai dans le sommeil. Je fuis toujours dans le sommeil, vous savez. Je crois alors ne plus penser. Je n'en ai plus conscience, c'est ma paix profonde... Qu'en dirait donc Husserl ? Si la conscience de ma conscience n'est plus, suis-je encore humaine ?
Non, je plaisante, la philosophie est trop absconse pour moi. J'aime la littérature, toute simple et pleine d’odeurs, qui me fait voyager dans un autre moi, puis encore un autre.
Oui, je parle, je parle, de tout sauf des clés que vous entendez cliqueter dans ma poche… Que voulez-vous, il y a l’autre, derrière, l’autre que je n’aime pas, que je traîne en siamoise qui me broie l’intérieur. L’autre aime se taire. C’est pour ça que je ne vous parle pas, Monsieur, c’est trop difficile encore.
Ici, en quelques mots, je peux, tout écrire, tout dire en silence. Personne ne m’entend en réalité. Certains lisent les mots, mais ignorent tout du murmure de la voix qui s’éraille, des yeux qui se noient. Parce que c’est le seul problème que vous devez absolument résoudre. Je ne peux plus pleurer ainsi à la moindre question sur mes vacances, le week-end à venir et autre connerie de ce genre. Vous comprenez Monsieur ?
Vous savez ce qu’elle me dit ? Oui, elle. Que je dois absolument venir vous voir. Pour que vous me soigniez. Et que je dois être malade chez moi, pas au boulot. Que c’est anormal d’aller bosser et de pleurer là-bas, devant les autres. En réalité, je ne pleure pas tout le temps, évidemment ! mais elle dit que tout se voit sur mon visage. Elle oublie qu’elle voit tout, elle, parce que c’est elle, tout simplement. Et quelle entend tout de l’autre, la siamoise ! Vous lui direz ? qu’elle ne se fasse pas autant de souci ! Ça va passer, avant la fin de l’été.

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