Retour sans détour
J'ai tout préparé ;
. la tenue de pluie
. la clé USB
. les impôts à photocopier
. le paquet de biscuit
. la tasse décapée
. Les bâtons d'engrais pour plantes rachitiques
Tout est là, bien rangé, dans la sacoche du vélo. Départ à 7 heures, pointage 15 minutes après.
La réponse est toute prête.
- Mes vacances ? formidables ! Merci, je suis parfaitement reposée.
J'ai aussi révisé la prière à faire pour éviter qu'ils ne veuillent me raconter les leurs. Je m'en fous de leur voyage, de leur famille, je m'en fous de leur météo, je m'en fous de tout. Je suis l'autiste du boulot, le seul problème étant qu'ils ne le savent pas.
Je gravirai les escaliers deux à deux
- Oui, j'ai toujours la forme, merci. Mais oui, c'est certain, un jour je ferai comme vous, je prendrai l'ascenseur.
Je m'arrêterai au premier, pour prendre les foutus listings qui m'attendent. Avant je respirerai longuement, silencieusement. Je passerai devant son bureau. Vide. Ne tournerai pas la tête, ne courberai pas la nuque. Non.
Et j'irai dans mon bureau, désactiver le message d'absence, écouter les messages sur le répondeur. Regarder mon écran où a été effacé le "dossier personnel" avant de partir. Le nettoyage a été parfait. Aucune trace, surtout aucune trace de lui. Sauf ce vide qui me donnera un uppercut au coeur. Le vide ? une trace ? Allons, esprit rationnel, ressaisis- toi, ce n'est que du rien. Rien.
L'autre réponse est apprise par coeur.
Au cas où un crétin, une crétine, ne puisse s'en empêcher ;
-Tu vas faire comment, pour le café, maintenant qu'il est parti ?
- Je me suis mise au chocolat.
Voilà. Point barre. Sans pleurer, sans avoir la voix qui s'enroue. Sans bavure.
Et la vie continuera.
La gomme ! J'ai oublié la gomme ! Qui a une gomme ? une spéciale, un douce, une vraie, une qui effacerait mon chagrin tatoué ?
S'il vous plaît, une gomme.
Pour demain.
J'ai peur.
J'ai mal.