Dialogue de sourds
-- La plume est complètement desséchée, regardez, elle se rouille, quelle honte ! Quand je pense que vos enfants vous ont offert des encres superbes à Noël...
Ouvrez les yeux : c'est quoi, ça, ce creux du matelas, là, juste cette minuscule place. Vous dormez donc toujours en boule ?
Que faites-vous de votre vie, merde ? Vous trouvez ça drôle de regarder les heures, les jours, les mois, les années, comme un légume qui se flétrit sur le rebord d'un cageot ? Vous me faites honte.
Vous me répugnez de tant de passivité. Je vous ai connue autrement vivante, et combative. Je me souviens de la fatigue qui tombait sur mes épaules de vous suivre. Mais qu'est-ce que je fais encore là, à vos côtés ? J'en ai marre, vous comprenez, marre de votre sourire qui pue le faux. Marre de vos biscuits à la con. Marre des concerts où vous dansez les yeux fermés, comme si personne n'était autour de vous. Marre de ce mec qui vous a pourri la vie et que vous prétendez aimer encore. Marre, marre marre.
Je vous aimais quand vous étiez vraie, et belle de vos sourires, belles de notre complicité. Je vous aimais quand vous n'étiez pas comme un cadavre putride qui se compose des chairs d'apparence. Je lis votre blog, que croyez-vous ! Je vous aimais, avant.
Je crois que je vais m'éloigner, vous laisser choisir. Je ne peux plus rien pour vous.
-- (...)
-- Répondez ! Dites-moi quelque chose !
-- Merci.
-- Merci ??? Mais vous êtes malade ou quoi ? Merci de quoi ?
-- Merci Ego, de m'avoir tenu compagnie.