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Eau vive

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8 janvier 2009

Supputation

Je ne sais pas, en fin de compte. Peut-être m'as tu simplement crue "irritée", "contrariée", "fâchée" même ? je crois que tu aimes bien le mot, il te fait rire. Une fâcherie au coin du téléphone. Cela vaut bien les causeries, non ? Mais peut-être, quand même, as-tu été jusqu'à supputer un bref instant que je pouvais être "touchée" dans mon amour-propre ? Non, je suppute à tort. Tu n'écoutais que ma voix, en riant, et aucun de mes mots n'a réussi à atteindre ton cerveau de clown égoïste. Sinon peut-être te serais-tu soucié de moi. Au lieu de rire de ma voix "docte".
Mon amour-propre... (...)
Amour propre... attends, laisser un sourire se dessiner avec fierté sur mon visage. Attends encore un peu, je crois bien que je ris ! (...)
Non,  il valait bien mieux que tu ne devines rien.
Je suis en colère, mon ami. Ni irritée, contrariée, fâchée ou blessée . Non. Juste en colère. De cette colère froide qui peut parfois me prendre dans ses doigts gelés et me glacer jusqu'au moindre soupir.
En colère. Cette bure rêche qui blesse les peaux trop douces de ceux qui n'écoutent qu'eux. Ne t'approche pas de moi. Tu finirais écorché vif par les pics de glace qui m'enveloppent.
J'ai croisé ma jumelle aujourd'hui. Et lui ai souri. Un craquement se fit entendre ; certainement m'avait-t-elle reconnue. Elle me fut si sympathique que je n'ai pu résister à la prendre en photo.
Quant à toi, je n'ai même plus envie de supputer. Juste d'aller sous une douche brûlante y dissoudre cette coque rigide dont tes mots m'ont revêtue. J'ai la colère glaciale.

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4 janvier 2009

21 jours et plus si affinités

Ego ; c'est grâce à moi qu'Elle va trouver le bonheur... c'est grâce à moi qu'Elle sera toute contente... c'est grâce à moi...
Oreilles ; c'est quoi cette crécelle ? Insupportable ! En plus, il chante... On est mal partis !
Ego ; vous pouvez médire, mesdames... c'est quand même grâce à moi que tout va arriver... la la la la lalère...
Oreilles ; mais enfin de quoi parles-tu ?
Elle ; la ferme Ego, je te préviens !
Ego ; et bien, si vous y mettez autant de bonne volonté dès le départ .. le premier qui vous adresse la parole va fuir en courant !
Cerveau ; pour une fois, je suis d'accord avec Ego.
Ego ; oh là là, j'suis content, j'suis content ! Vous avez entendu ce que le Chef a dit ? Il me soutient... la la la la lalère...
Elle ;  tout le monde se tait ! Et vous avez intérêt à ne pas profiter de mon sommeil pour ragoter, c'est compris ?
Yeux ; mais enfin, Elle, ça a l'air important ! Si vous voulez que nous soyons en phase avec vous il faut nous tenir au courant.. Je ne vois qu'une chose... il s'agit de ce que vous écrit hier soir. Avec Monsieur Ego. En petit comité, quoi ! Pas un seul mot sur nous... Rien que du genre :
"Alors, Ego, qu'est-ce que tu en penses, de moi ? Et je dois dire quoi ? Hein, Ego ? dis-moi "
Et autre du même style... pitoyable, si je peux me permettre !
Ego ; ne vous laissez pas faire, Elle, ils essayent de vous saper le moral ! Mais moi, j'y crois, vous allez trouver (...)
Yeux ; trouver quoi ? Si vous voulez qu'on vous aide il faut nous le dire... Enfin, à moins que vous n'ayez décidé de la jouer façon "je découvre en aveugle..."
Elle ; voilà. Je me suis inscrite sur un site de rencontre. Je sais, pas de commentaire, ce n'est pas la première fois. Mais j'espère bien tenir le coup plus que 21 jours cette fois. Et Ego m'a aidé à rédiger l'annonce. D'autres questions ? Bon. Je ne veux plus en entendre parler. C'est clair ?
Cerveau ; très clair. Tout les organes vous soutiennent, Elle, je tenais à vous le dire.
Ego ; et ce sera grâce à moi qu'Elle...
Elle ; la ferme, Ego !

 

2 janvier 2009

Fourre-tout de riens

Je me souviens très bien de l'endroit où je l'ai laissée. Sous la verrière d'une gare aux poutres métalliques, au pied de l'immense horloge tachée de rouille que personne ne regarde plus. C'était exactement là que je l'avais posée, pleine à craquer de ces riens qui pèsent tant et plus. Et la foule tout autour, dans un grand soupir de respirations saccadées, la foule en fuite vers un temps jamais immobile.
La valise était là, lourde à en crever ses ferrures.
Partout où je vivais elle pesait à ma mémoire.
J'avais eu besoin de la voir, de la toucher, pour la saisir, la traîner, et enfin me dépouiller de tout ce fatras si lourd pour moi. En la remplissant jusqu'à la gueule. C'était une valise que je n'ai même pas choisie, comme dans un rêve aux allures prémonitoires ; beige sale, aux coins en métal martelé. Une dont je sais très bien que le modèle n'existe plus. Que seuls quelques greniers en recèlent, sous l'épaisseur de poussières collantes.
Je l'ai remplie en grondant de rage, ma valise à gros mots, à spleen, comme un fourre-tout pour riens trop silencieux. Si vous saviez comme les silences sont bruyants. Tenez, comme une gare quand le train passe sans s'y arrêter.  Et le silence partout autour de ce fracas métallique.
J'ai fini par aller la rechercher. Personne n'en avait voulu, personne ne s'y était trompé. On ne vole pas des riens trop lourds. Une valise d'égarements, posée là, dans une gare.

30 décembre 2008

Le chemin des silences

Je ne sais pas la vie, et la mort n'existe pas au bout de mes pas.
Je ne sais pas.
J'ai oublié l'alphabet, et écrit un monde en silences libres de ne pas vouloir vivre.
Ni mourir.

Pourtant, je sais.

La mort a le dernier mot, et ma vie le choisira.
La quintessence du mot, en goutte à goutte de lettres indiscrètes suintantes.
Les lèvres closes en un sablier effrayant.
Je chuchoterai ce mot qui tranchera l'outre des silences.
Et toi, toi qui dors dans un désert, tu m'entendras dans l'éclat qui troue le ciel noir.
Et toi, toi qui bois, et ris et aimes, tu me goûteras sur les papilles de ta langue parfumée.
Si tu le veux, je serai là, dans tes silences.
Je les prendrai par mon poing blanchi de rage et nous marcherons vers demain comme deux, qui ne savent rien.

29 décembre 2008

Bris

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27 décembre 2008

Si près de l'avant

Peu à peu, étirer les doigts jusqu'au bout de moi.
Saisir les mots recroquevillés sous une peur absurde.
Mais laisser intacte la fêlure, qui  a  tracé sa signature en filigrane. Oublier les silences qui gémissent,  parfois sans savoir pourquoi.  Pourquoi ?
Et laisser la paupière lourde  s'ouvrir à l'encre détrempée des souvenirs salés.

Écrire, juste quelques mots, pour vivre un après.
Comme avant.

25 décembre 2008

P.S.

Joyeux Noël à mon seul lecteur, j'espère qu'il fait beau à Nice....

25 décembre 2008

Pantoise

"Joyeux Noël, ne sachant que choisir nous avons décidé que tu déciderais. "
Trois enfants, qui tendent une enveloppe à leur mère.
Merci.
Je crois que je vais aller m'offrir des fleurs.
Je ferai faire un emballage cadeau.

24 décembre 2008

Immonde Patron

Bien sûr, tu ne l'avais pas lue, cette lettre qui t'était destinée. Et pourtant tu oses continuer à m'écrire., à faire sonner mon téléphone que je ne décroche pas.. au cas où... Au cas où quoi, Patron ? Que je sois seule et avec des hormones en détresse ?
Je suis seule, et cultive précieusement mon jardin d'amants rares et précieux. Toi ? Tu y massacrerais tout du haut de ton absolue suffisance. -Puisque tu dis m'aimer  - cela devrait suffire pour que j'écarte mes cuisses. Oh non, bien sûr, tu n'écris pas ceci, tu enrobes le tout de siruposités fort policées ! Juste un mot sur ma sensualité. Imbécile !  Tu me blâmes de mon silence ? Tu oses insuffler que mon indépendance m'enferre dans une solitude creuse, puisque loin de toi ?
Patron, tu es le second cette semaine, a avoir semé en moi le grain de piment oiseau qui enflamme et rend fou. Le second. L'autre, il n'avait aucune visée sur moi. Juste un Pdg croisé au boulot. Un gros, gras et très important Pdg. Quand, après avoir quelque peu ri en ma compagnie [ mon dieu qu'elle est charmante, et avec de l'esprit ] il a déclamé son souci, repris de hochements de têtes par les autres membres du patronat à la tribune, son souci du manque de personnel. "Oh, bien sûr, il y a en a tant, à  l'Anpe, mais aucun qui ne soit formé à notre spécialité. Vous comprenez ? "Je comprends, insolent patron. Que vos bénéfices et vos carnets de commandes qui vous protègent pour les cinq années à venir, malgré la crise, vous rend immonde. Que vous ne lèverez pas le petit doigt pour offrir une formation personnalisée à ces foutus chômeurs formés, mais pas assez. "Ah oui, pourquoi pas, nous allons y réfléchir". Il aura fallu qu'une main se pose sur mon coude, qu'une voix murmure à mon oreille "respire, respire", pour réaliser que j'étais blême, asphyxiée de rage muette.
Alors toi, Patron. Tais -toi ! Toi et lui, vous êtes bien du même monde, aveugle à l'autre.
Et que jamais plus tu n'oses reprocher à une femme seule, avec des enfants à charge et un salaire de cadre moyen, de ne pas t'avoir appelé, alors même que tu voyages dans le monde entier. Ton fric ne t'a pas permis d'apprendre la décence. Continue d'acheter ces maisons et ces appartements tous plus grands que mon logement. Continue à collectionner les voitures de luxe. Tu n'as pas compris que tout le monde ne vivait pas dans ton opulence indécente.
Tiens, tu veux savoir ? Si tu avais fait livrer des fleurs, au lieu de m'envoyer des mails vindicatifs sur mon silence... j'aurais peut-être accepté de dîner une dernière fois avec toi pour t'expliquer que mon sens de la vie est incompatible avec le tien.

16 décembre 2008

Les ragots d'Ego

Petit doigt, main droite : au secours je suis coincé ! Aidez moi...
Main gauche ; attends, j'y suis presque arrivée, je viens t'aider dès que c'est fini !
Cerveau : mais enfin, que se passe-t-il ici ? Vous dégagez des spasmes dans tous les sens !
Elle ; ce n'est rien, ce sont mes mitaines.
Main droite ; comment ça, "rien" ? Je suis coincée, j'ai le petit doigt complètement bloqué. Et le médium qui est collé au majeur dans cette foutue mitaine !  "Rien", c'est incroyable de vous entendre parler de nous comme ça. En plus il y a l'ongle d'index complètement cassé et il s'accroche à tous les fils des mitaines. Même que ça nous rentre sous les ongles, là où la peau est si fine et sensible. Déjà qu'on a mal commencé la saison...
Elle ; déjà des revendications ? On est en automne, je ne vais pas vous tartiner de ce truc gluant sous prétexte que mesdames les mains sont un peu rêches !
Mains ; Main droite, ça y est, j'ai dégagé tes doigts coincés, ça va mieux ? Quant à nos revendications...On n'est pas "un peu "rêches, on est toutes craquelées. Regardez, on saigne, là !
Elle ; saigner ! non mais, franchement, pour une banale éraflure vous y allez fort ! Des chochottes...
Plaquettes ; négatif, on a dû fabriquer de quoi colmater.
Mains ; merci, Plaquettes,  heureusement qu'il y en a pour prendre notre défense...
Ego ; et ben moi, je n'y m'y risquerais pas... si vous saviez tout ce que j'entends sur vous. Enfin... ce n'est pas joli joli...
Mains ; quoi ? Allez, déballe nous tes ragots, va donc jusqu'au bout, Ego, ça te changera...
Ego ; si vous étiez un peu plus attentives aux autres, vous verriez, quand ils vous regardent... Vous savez ce qu'ils disent ? "Regardez là, en train de poser". Oui, parfaitement, mesdames, vous posez. Toujours à faire des manières.  Vous vous croyez au théâtre !
Mains ; ohhhh, mais tu es odieux !
Ego ; j'observe, moi, je ne suis pas là pour vous faire plaisir, Mains,  juste pour l'aider, Elle...
Elle ; et tu crois que ça me fait plaisir de savoir que je "pose" ? Comme aide-de-vie, tu te poses là, toi ! Tu me sidères ! Allez, mes petites Mains poseuses, venez, je vais m'occuper de vous ! Lime à ongles, si si ! et même le polissoir... Et ce soir.... hein... qu'est ce que vous aurez ce soir ?
Mains ; de la crême d'amandes douces ? Noooon.... on défaille.... Ohhhh mon dieu on est au bord de s'évanouir de plaisir rien que d'y penser ! Elle, vous êtes un amour...
Ego ; c'est trop injuste, vraiment trop injuste ! Quelles manières ! Le mime Marceau réincarné en double... et bien, il ne manquait plus que ça !

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