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Eau vive
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5 mars 2008

Autophage

J'ai le coeur qui a faim, et ça gronde dans mes cotes comme un train fantôme de fête foraine. C'est assourdissant, un coeur qui a faim. Ça se contracte et se tord, sécrète de l'acide pour mieux digérer la bouchée à venir. Ça attend patiemment. Le coeur qui a faim est raisonnable. Il ne prend qu'une bouchée, une seule, pour éviter la nausée fielleuse; il a dû mourir, dans une autre vie, d'une overdose.
J'ai le coeur boulimique, entre deux anorexies. Ce doit être l'instinct de survie qui lui creuse l'appétit, de temps en temps, avant que les ventricules ne percent la paroi amincie.
J'ai le coeur dévoreur.
Faut qu'ça saigne, faut qu'ça tranche, faut qu'ça palpite encore.
J'ai le coeur autophage, qui ne se dévore que peu à peu, pour ne pas mourir trop vite.

Et ça fait mal.

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4 mars 2008

Pseudo

Je n'ai jamais regretté l'oiseau qui laissait ses plumes au gré de son blog d'alors, celui qui fut mon port d'attache pendant plus d'un an, et quand j'ai quitté son nid c'était avec le sourire doux de celui qui part pour un autre voyage.
Le temps a passé, les escales ont parfois été très brèves : j'ai créé, puis effacé, parfois détruit d'un seul clic, du blog secret à l'éphéméride de notes. J'avais besoin de lancer mon encre dans des baies à découvrir.
Aujourd'hui un étrange sentiment me prend par la nostalgie : j'ai le spleen. Mais cela va bien au ciel bas et lourd de cette matinée.
Je ressens avec une étrange tristesse la perte de ce doux animal marin qui s'attachait à mes mots de ses ventouses en corolles nacrées. Je ne pourrais plus écrire en signant d'un nuage noir mes bulles de lettres. J'aimais tant son pseudo que j'ai eu la stupidité de l'utiliser sur un site très dynamique de ma région... Et j'ai appris à me méfier depuis que je traîne sur le net... Google... ce crétin de Google retrouve tout à partir d'un simple petit mot. 
Cette Miss a effacé toute trace d'Azertyuiop susceptible de faire découvrir l'autre, non pas la dynamique organisatrice de sorties dans ma ville (p'tain Google, à cause de toi je surveille le moindre de mes mots, merde alors !), mais la bloggueuse aux mots trop noirs pour être compris comme n'étant que des espace-temps de douleurs.
Je n'écrirai plus jamais ce doux pseudo que je déposais au pied de mes notes, boule de ouate au creux de mes mots.

  Nostalgie

2 mars 2008

Panée

J'ai cédé à l'attrait vermillon de désirs crus.
J'ai concédé à mon instinct l'odeur veloutée de pêche de vigne.
J'ai subi le choc de ses mains effleurant la charpente de mes épaules. Dessinant ma taille de ses paumes, creusant le creux de mes reins d'un simple doigt impatient.
Et j'ai respiré si fort qu'une montgolfière a poussé entre dans mes poumons.
Mon sexe a battu la cadence en silence, d'un désir palpitant au creux de mes chairs gonflées.
J'attends.
Le corps tendu à tout rompre, faisant vaciller ces digues qui ont dix mille ans. Bâties à la sueur de mes plaisirs disparus, moellons alignés au niveau à bulle de tant de désirs factices.
J'attends.
Avec pour compagnie le chant des oiseaux à l'aube vraie, une heure avant celle que les cristaux digitaux affichent stupidement. Et mon sexe avide d'être empli de plaisir se joue de fuir. Pour mieux jouir.
Son odeur et ses mains auraient donc suffi ?  Lui, banal amateur de chair fraîche, et moi, acide amère qui se fait rouler dans la farine par deux mains expertes. Pile. Face. Je suis panée. Pour une vieille de dix mille ans le paradoxe me plaît.

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