Monologue d'un ...
Je l'aimais bien, avant.
Pas vraiment l'aimer au point de lui tirer le portrait en 24 x 32, ou de lui consacrer des petits soins personnalisés, non, mais nous habitions ensemble, en bonne compagnie. Il ne me faisait que rarement faux bond, me comblait bien souvent. Je l'aimais bien. Nous cohabitions sereinement, tout simplement.
Maintenant je ne l'aime plus. Il n'y a rien à faire, il est devenu un étranger à moi, un qui me flanque des frissons de dégoût quand je suis obligée de le soigner. Un que je hais devoir exposer sous les terribles lumières sans ombres. Dés-amour que je peux dater. Au jour près. C'était en décembre 1988. Il y a 19 ans déjà.
Quand il l'ont taillé avec leurs putains de ciseaux en acier soigneusement stérilisés. Encore une coupe, une troisième, violente, blessante. "Pour éviter le pire", ont-ils dit. Mais que savaient du pire pour moi ?
J'ai regardé ailleurs, dans la lumière qui n'épargnait rien, et surtout pas la douleur, perdue dans un autre bonheur, tentant désespérément de ne pas compter.
Chaque trou de l'aiguille.
Chaque double nœud solidement noué.
Ne pas y penser.
Que je n'étais plus qu'un bout de viande que l'on recousait à points serrés.
Ne pas y penser, aux chairs tuméfiées qu'ils recousaient avec leur bonne conscience toute médicale.
Comme un boucher coud la poche de viande farcie.
Et moi ? Qu'ont-ils glissé dans mes chairs à vifs qu'ils recousaient ?
L'image d'un sexe charcuté qui ne m'appartenait plus. Et qu'ils ont encore taillé quelques années après, encore une dernière fois, pour définitivement l'abimer dans mon coeur.
Je ne l'aime plus.
Merci aux "Monologues du vagin" et aux femmes qui ont mis des mots sur leur douleur qui est aussi mienne.
Causerie au bord du lit
Tu parles, tu parles. Encore.
J'ai toujours mes deux oreilles. Et un regard. Mais ça tu ne le vois pas.
Tu parles.Tu parles, tu parles. Tu ne peux pas me voir. Ni mon regard. Celui d'un poisson crevé d'une logorrhée de mots, le ventre gonflé de tes paroles vaines.
Tu délies ta langue, déverses ton trop-plein de banalités quotidiennes.
Tu... tu... tu... parles, gueules, hurles, ressasses, bavasses, palabres, monologues. Même ceux du vagin n'ont pas réussi à me faire parler, moi, moi, moi.... au coin d'un lit.
Tu me lasses, me crispes, me satures, me saoules, et j'enrage de ta voix en acouphène.
Tu m'éponges la patience et je dégoutte en silences pesants.
Plic Ploc
Je n'y suis plus pour personne.
En tout cas plus pour toi.
Je t'offre mon ultime silence en cadeau d'adieu.
Ouf.

