(...)
Toi aussi (...)
Tu es donc retourné là-bas.
Elle me l'a dit, quand je m'apprêtais à partir.
"Il est revenu lui aussi."
C'était un soir, tu étais seul, et tu t'es assis à la même place que celle que j'ai prise aujourd'hui. Elle souriait en me disant cela. Tu as bu une bière toi aussi. Alors j'ai souri, malgré le chagrin, malgré mes yeux qui me brûlaient soudainement, malgré le froid qui avait enserré ma poitrine, j'ai souri. Parce que tu as fait ce qu'il fallait pour ne pas m'y croiser. J'ai mis un peu plus longtemps que toi pour ouvrir la porte qui brinqueballe. J'avais le coeur serré, les mains moites. Et un petit bouquet de fleurs pour elle.
Son visage s'est illuminé, nous nous sommes serrées très fort. Elle a à peine regardé celui qui m'accompagnait. Elle savait bien qu'il n'était là que pour me donner le courage de franchir le seuil. Pourtant il n'a pas été dupe. Quand nous sommes repartis il m'a demandé doucement si c'était là que j'allais avec un homme aimé. Oui. C'était là. Oui, c'était bien la première fois que je revenais.
Tu sais ce qu'elle a rajouté, quand je suis repartie ?
"Vous vous reverrez un jour."
Et j'ai eu envie d'éclater en sanglots de savoir que je t'aimais toujours autant.
Non, non, non, je ne veux plus jamais te revoir. Plus jamais m'écorcher le coeur à ton odeur, plus jamais croiser ta silhouette qui ne se fondra pas à la mienne, plus jamais ta bouche, ton regard, ta voix. Je ne veux pas devoir serrer mes lèvres sur des mots qui n'ont jamais été que pour toi. J'ai peur de te croiser et de m'apercevoir que l'oubli m'aura décolorée.
J'ai presque oublié ta voix, tu sais.
J'ai eu mal de franchir cette porte qui force l'oubli à se dissoudre dans un grincement familier.

