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Eau vive
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13 novembre 2007

(...)

Toi aussi (...)
Tu es donc retourné là-bas.
Elle me l'a dit, quand je m'apprêtais à partir.
"Il est revenu lui aussi."
C'était un soir, tu étais seul, et tu t'es assis à la même place que celle que j'ai prise aujourd'hui. Elle souriait en me disant cela. Tu as bu une bière toi aussi. Alors j'ai souri, malgré le chagrin, malgré mes yeux qui me brûlaient soudainement, malgré le froid qui avait enserré ma poitrine, j'ai souri. Parce que tu as fait ce qu'il fallait pour ne pas m'y croiser. J'ai mis un peu plus longtemps que toi pour ouvrir la porte qui brinqueballe. J'avais le coeur serré, les mains moites. Et un petit bouquet de fleurs pour elle.
Son visage s'est illuminé, nous nous sommes serrées très fort. Elle a à peine regardé celui qui m'accompagnait. Elle savait bien qu'il n'était là que pour me donner le courage de franchir le seuil. Pourtant il n'a pas été dupe. Quand nous sommes repartis il m'a demandé doucement si c'était là que j'allais avec un homme aimé. Oui. C'était là. Oui, c'était bien la première fois que je revenais.
Tu sais ce qu'elle a rajouté, quand je suis repartie ?
"Vous vous reverrez un jour."
Et j'ai eu envie d'éclater en sanglots de savoir que je t'aimais toujours autant.
Non, non, non, je ne veux plus jamais te revoir. Plus jamais m'écorcher le coeur à ton odeur, plus jamais croiser ta silhouette qui ne se fondra pas à la mienne, plus jamais ta bouche, ton regard, ta voix. Je ne veux pas devoir serrer mes lèvres sur des mots qui n'ont jamais été que pour toi. J'ai peur de te croiser et de m'apercevoir que l'oubli m'aura décolorée.
J'ai presque oublié ta voix, tu sais.
J'ai eu mal de franchir cette porte qui force l'oubli à se dissoudre dans un grincement familier.

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12 novembre 2007

Fatigue

Les genoux lovés au creux de la gorge, et les mains en noeud coulant autour des chevilles, elle avait fermé ses paupières sablonneuses, avait ligaturé ses cordes vocales éraillées. 
La tête enfouie au creux de l'épaule, elle respirait profondément, sentait son odeur fatiguée lui tapisser le nez, et déposer leurs molécules salées sur sa langue.
Les pieds recroquevillés sur eux mêmes, emmêlant ses orteils blanchis de froid, elle tentait de se dissoudre en elle-même. Figée en colimaçon dans sa coquille fragile, elle déposait ses dernières forces dans une bulle aux reflets ternes.

escargot1

11 novembre 2007

Sirupeux impétueux

Tu glisses tes mots lisses, si lisses, si lisses (...) sur ma peau, et tes raisons suavement policées glissent sur mes sens lissés de toute aspérité.
Je souris, te toise de mon regard et te laisse me saisir à bras le corps.
Tu me dis moqueuse ?
Parle donc vrai, si tu veux que je le sois à mon tour. Tu entortilles dans les méandres de discours suaves la seule idée impétueuse qui t'envahit quand tu croises mon regard. Non, ce ne sont pas de banals compliments, mais bien un sirop gluant d'hypocrisie qui dégouline alors de tes lèvres
Je te sens, te hume et tu prends ce frémissement de mes narines pour un signe de sensualité ? 
Moqueuse ...Comme l'adjectif me sied dans ta bouche ! Tu n'en as guère perçu la résonance glauque et gluante.
Je te sens, te dis-je, toi, au parfum de phéromones entêtants laissé en sillage à mon passage. 
Tes mots policés écorchent la douceur de mes courbes. Oui, tu écorches mon désir librement consenti de te laisser rejoindre ma couche, de laisser nos corps se croiser. Tu peux me pétrir et glisser tes paumes sous mes reins. Tu te contentes de croquer un leurre...
Je n'aime pas que tu me crois dupe.

7 novembre 2007

Canal du Midi

Dans le glacis vert céladon
de tes eaux figées.
Dans l'ombre
tremblante de ton Autan
caressant les feuilles d'or.
Mes yeux, vitres dépolies par l'oubli,
mes yeux cherchent son ombre.

Il est midi dans ton nom,
il est minuit dans ma vie.
Et dans l'émail de tes reflets
ma douleur se fige.

4 novembre 2007

Paume de minuit

A peine entrée dans l'établissement, drapée dans sa cape de satin rouge, les cheveux argentés et dressés en pics de diable, elle avait poussé un cri quand il s'était approché doucement d'elle. Le masque. Il lui avait fait peur. Elle avait soulevé le film de silicone, le front encore plissé de la première frayeur de la nuit. Non, elle ne le connaissait pas, avait souri, s'était présentée et était partie rejoindre des amis.
Les spots pulsaient des battements rouge sang.
Elle dansait, les yeux clos, des mèches fines collées sur son front perlé de sueur. Elle dansait. Seule. Elle aimait laisser son corps désaxer ce dos. Elle aimait laisser ses hanches tracer des ellipses, et courber sa tête qui tanguait alors au sommet de sa nuque.
Quand ses paumes se collèrent à son bras tout entier, elle recula. Elle avait été troublée par l'étrange mouvement de possession de la main inconnue. Mais les paumes se refermèrent doucement, enserrant son bras, maintenant sa taille. Il n'attacha pas d'importance aux mots qu'elle avait chuchoté, le souffle haletant sous la vague de désir qui avait pris naissance sous la main inconnue "je ne danse pas à deux", il avait souri, "non, il ne voulait pas danser, juste la préserver dans ses bras des danseurs trop brusques qui la bousculaient". Ils avaient collé leurs corps le temps de quelques danses. Elle refusait d'ouvrir les yeux sur le sourire sensuel de l'homme. Elle ne l'avait pas reconnu sans son masque effrayant.
Elle parvint à s'échapper, à se glisser dans des bras amis, dont elle ne sentaient que les doigts doucement posés contre son corps, qui suffisaient à la maintenir proche d'eux. Elle avait ri, plaisanté, fuyait cet homme qui la regardait en souriant, plus loin. Il allait bientôt choisir une autre proie.
Elle dansait, seule, les yeux clos. Son corps libéré des contraintes. Mais il revint d'un pas feutré, d'une main envahie par le désir de toucher sa chair derrière la peau. Sa paume. Encore tout entière. Elle vacilla, le regarda enfin. Dans ses yeux elle lisait un impétueux désir d'elle. De ses mains, de sa bouche, de son corps tout entier.
Quand vint l'heure, il la prit par la main et elle le suivit.

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2 novembre 2007

Notre banc

notre_bancQuand nous nous retrouvions... dis, tu te souviens ?
J'aimais tellement les odeurs de nos rendez-vous ! Tu crois que c'est ça, l'odeur du bonheur ? La fragrance acidulée, fraîche et vert pomme, des mélèzes après la pluie d'été ! et parfois cette bouffée un peu humide d'une mousse spongieuse. En automne tout craquait sous nos pas ! impossible de nous faire peur en surgissant en silence, à pas de loup, au détour de ce petit bois des villes.
Dis, tu te souviens ? De notre banc ? 

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