Eau vive

Je vous avais écrit quelques mots... vous souvenez-vous ?

15 octobre 2009

A bicyclette

Les yeux parés de givre et le nez humide, mitaines qui enlacent les doigts, bonnet doux aux oreilles, et les glands secs qui crépitent sous les roues du vélo, le temps d'un matin comme dans une forêt noire.
Tout autour, le ciel de drap marine troué de brandons brûlants, les lampadaires dépliés dans un halo mousseux, heures froides et blanches et noires, où le temps s'emmitoufle.
Repliée autour de la chaleur de ma peau, à l'affût de la morsure d'un vent coulis qui brûlerait mes bras de frissons glacés, tout devient alors comme quand vient la nuit, quand la main tâte le drap un peu trop froid, que le corps se roule en boule,  bouillotte de chair nue.
Là-bas tout au loin, très loin, le rose et le violet, encore tout délavés, dessinent la naissance de l'astre.


14 octobre 2009

Châtaignes

Cheveux

07 octobre 2009

Sans un geste

C'est la première fois que je mangeais avec elle. Deux travailleurs lors de leur pause méridienne.
Elle qui file sur son vélo, délaissant les dossiers d'accueil de SDF. Elle, confrontée au pire de notre société.
Je regarde ma fille, cette inconnue si familière, et une vague de tendresse fière m'envahit devant cette jeune femme éblouissante.
Depuis qu'elle a trouvé sa voie, elle avance à pas de géant. Son mémoire ? Il n'y a pas que le jury à l'avoir trouvé remarquable. En le corrigeant je reconnaissais son parcours : philo, sciences de l'éducation, bénévolat, engagement politique, tout y était en filigrane. Elle n'a connu de pause que le temps d'un week-end,  le CCASS l'ayant engagée dès la remise de son diplôme. Elle dit avoir de la chance, et eux pensent de même.

Je crois qu'elle a tant appris à écouter, à se détacher des émotions primaires, que je me suis sentie apaisée devant cet enfant qui n'en n'est plus un.
J'hésitais à franchir ma honte, à lancer ma bouteille d'encre à la mer, moi qui suis sa mère.
J'avais honte. Honte d'avoir été si fière de l'avoir présenté à eux tous, la fratrie réunie. Honte d'avoir cru que...
Maman, ne regrette rien, tu as le droit d'avoir besoin que l'autre te parle. Un couple, ça ne se construit pas que lors de week-end, ça se parle, ça se projette. Ne regrette pas.
Dans ses yeux il n'y avait aucun jugement. Dans sa voix juste le reflet de son propre couple, avec leurs mots tout autour.

Aujourd'hui, ma fille, tu m'as pris dans tes bras pour bercer mon chagrin. Sans un geste.

04 octobre 2009

Quatre petits bonheurs

La salle est tellement vide que le silence s'y sent mal à l'aise. Le bruit des pop-corn écrasés sous les semelles des spectateurs a perdu son écho.
Game over, c'est vraiment la fin.
Il me faut garder le meilleur, puisqu'il paraît que c'est un excellent moyen pour oublier l'imparfait. Lister les moments gracieux qui maquillent les souvenirs de couleurs apaisées.
Lister, en s'appliquant.
j'ai eu 15 ans, le temps d'un rencard pour aller au cinéma. Un vrai rencart, comme avant.
j'ai écouté des chansons ringardes avec nostalgie.
j'ai connu l'ivresse de me sentir toute petite au creux des bras d'un géant.

 

Et puis c'est tout ?
Après tout, oui. C'est quand même sacrément restrictif de tenter la liste.
Mais je garde un vrai bonheur, le goût retrouvé des mots. Lui qui n'en voulait pas, s'ils étaient de nous, je n'ai trouvé que cette façon de lui parler sans le déranger. Écrire ici.
Game over pour nous... joie des mots retrouvés.
Merci, ma muse.

28 septembre 2009

Vent coulis

Petit vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette.
Quand j'ouvre grand mon cœur il s'engouffre et vient chambouler toutes mes pensées bien ordonnées.
Ce petit vent malin sait trouver le soupirail que je ne ferme jamais. Je n'ose pas le verrouiller, de crainte d'avoir des petites pensées  parsemées de moisi.
Tant pis, mes idées sont toutes décoiffées, ma raison tourneboulée et des feuilles jonchées de mots désordonnés parsèment mon en-dedans.
J'entends des bruissements, ça danse et tourbillonne, c'est si gai.
Et aussi les notes de ces musiques qui me berçaient enfant, et les clapotis de l'eau dans les grands coquillages salés. Parfois aussi, la plume d'une mouette qui me caresse la mémoire.
Tous ces moments de bonheur chauds comme un lagon.
Vois-tu, quand le vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette...  j'entends... ces mots d'amours défuntes au parfum de brin de lavande sèche. Ces mots si pauvres qu'ils me sont infiniment précieux. Des mots doux et sucrés, poivrés de cet autre qui me les murmuraient.
Ces mots, pour moi seule, comme un écho qui fracasse mes silences.

Tu vois, l'Homme, le vent dans ma tête, je l'aime. Parce que je ne serais pas moi-même si je devenais si grande et responsable et raisonnable. Parce que je deviendrais alors aussi triste qu'eux tous.


25 septembre 2009

Minette

Minette chez toi se balade. Elle a choisi ta maison pour grignoter un petit supplément de croustillance. Et frôle parfois tes mains ouvertes vers elle, pour t'en remercier.
Minette, elle est Minette parfaite, dis-tu.
Douce sous ta paume, silencieuse et frugale, qui ne demande rien, consent simplement à te regarder du coin de ses yeux félins. Faisant quelques pas de chat et s'en allant sans un bruit. Presque apprivoisée, jamais tout à fait là, ni tout à fait loin.
Minette ne trouble pas ton état délicieusement volatile de fumeur de pétard et ronronne au rythme des musiques qui swinguent. Jamais elle ne demande plus que ses croquettes. Il ne lui viendrait pas à l'idée de batifoler de pièce en pièce, Minette est si discrète, le petit coussin du canapé lui convient.

Ne m'appelle pas Minette !

Je n'aime pas tes croquettes, tes pétards, tes mains avides de me prendre. Je n'aime pas ronronner quand il le faut et pirouetter avec grâce. Je n'aime pas devoir être furtive et ne laisser d'empreinte que sur un coussin. Je vais lacérer tes fauteuils, laisser des traînées délicieusement ammoniaquées sur tes plantes vertes. Je vais enterrer tes boulettes, mettre des mites dans tes céréales biologiques et un sucre dans ta moto. Je vais faire mes ongles sur ta peau, devenir allergique aux croquettes, perdre mes cheveux sur tes tapis, griffer tes habits. Je vais faire le gros dos et lancer des éclairs de colère avant de cracher ma rage, je vais déposer des têtes d'oiseaux tout écrabouillés sur ton oreiller.
Puis j'irai chez ton voisin.

24 septembre 2009

Passeport biométrique

 La  main posée, bien appuyée sur la vitre froide, je regardais la lumière verte. Elle retourna l'écran de son ordinateur pour me faire découvrir les sillons si bien tracés. Elle les trouvait belles, mes empreintes.
Pour toujours je suis devenue celle à qui l'on donnera son nom, par les dessins creusés au bout de mes doigts.
Tracés dans des bases de données, mes sillons se sont magnétisés, attachés à tout jamais à l'heure où je suis née dans ce monde.
Dans des bandes magnétiques, ils ont trouvé leur port d'attache.

Je suis désormais biomaîtrisée.

21 septembre 2009

Attendre

Le temps a perdu son piment qui m'enflammait. Depuis que j'ai égaré ma montre au fond d'un tiroir, le temps est  là, à côté de moi, sans plus jamais m'envahir de flammes à retard.
Je lis dans la lumière du ciel comme le temps d'un  cadran qui n'est plus jamais solaire. Je lis dans mon corps reposé l'heure de me lever.
Partout tout autour, écrans,  ondes, enseignes, téléphone... partout l'heure que le monde règle au méridien près s'offre à moi. Cela me suffit à remettre à l'endroit mon temps qui parfois se tricote à l'envers.
Je n'attends plus, gardant le simple souvenir de ces douleurs lancinantes qui vrillaient mon impatience.

Mais, parfois... comme j'aimais ces élancements de secondes si lourdes, à l'heure du rendez-vous.  J'ai rendez-vous, rendez-vous avec vous.
Il n'y a plus de vous, plus de lui, plus de ce temps exquis qui ronge si lentement les moments d'avant.
Je regrette alors ces regards vifs en ritournelle vers ces foutues minutes immobiles.
J'ai perdu cette petite douleur, sel et poivre tout à la fois, merveilleuse saveur du parfum d'un met qui, doucement, si doucement,  m'offrait un rêve à vivre.

18 septembre 2009

Ogresse

Il est fier de refuser les frites "maison" [ résolument trop grasses, trop fines elles ont perdu leur moelleuse texture de pomme de terre pour ne conserver qu'une peau croustillante aux traces parfois huileuses. Et un peu écœurante. Tu as eu tort de me les recommander, j'ai un palais de princesse malgré mon appétit d'ogre.  ]
Monsieur ne prendra qu'une grillade. Et de la purée.
Et mon rire en écho silencieux.
Tant pis, pour moi ce sera foie gras, joues de porc exquisément fondantes, dessert et café gourmand. Je n'ai plus honte de manger parce que d'autres vivent un régime perpétuel. Et ce délicieux vin rouge, au goût de pierre calcaire chauffée de soleil... il était ma foi très bon.
Monsieur est au régime. Depuis que je le connais, au moins dix fois m'a dit avoir perdu du poids. Moi... je ne le vois que grossir. Remplir ses joues et bomber son ventre.
Cela me peinait de manger devant lui. Avant.
Maintenant que j'ai enfin compris que sa vie était un perpétuel mensonge entre son corps et lui, qu'importe ! 
Il soupire d'envie de me voir finir mon foie gras sans sourciller, de dévorer ces délicates joues de porc,  de crever le dôme du fondant et me pourlécher ...
Il oublie que je ne mange de viande qu'au restaurant. Et que j'ignore les petits-déjeuner.  Il ne peut le croire et vit comme une profonde injustice ma minceur gourmande.
Et mon corps que je lui refuse.
Monsieur, tu as oublié que cette lettre d'amour que je t'avais écrite date  d'une année antérieure à celle à la quelle nous vivons. C'est du passé, cela a été trop imparfait. Comment peux-tu encore espérer ?
Ma gourmandise est mon plaisir, cesse donc de fantasmer sur ma bouche.
Je n'aurai plus d'orgasme avec toi que chocolaté.

16 septembre 2009

Horreurscope

Il est du signe chinois chien.
Il sait accueillir ceux qu'il aime en remuant la queue.
Et mord quand il est inquiet.

Elle est du signe chinois coq.
Les ergots plantés dans le fumier elle chante afin que nul n'oublie qu'elle existe.
Et passe à la casserole avec un bon vin rouge.