Eau vive

Je vous avais écrit quelques mots... vous souvenez-vous ?

10 mai 2010

Simiesque

- Vous savez, c'est la seule différence que nous ayons avec les singes.
- Oui, docteur, je sais, la pince.
De l'Irm au toubib, puis à la médecine du travail, tous trois ont décidé qu'une consultation de rhumatologie était superflue. Direct au chirurgien.
- Oui, docteur, je crois avoir saisi.
Ma main droite, la pince si humaine, paraît il. Non, il ne paraît pas, il est.

Vous savez, si je ne peux plus faire de moto, c'est un autre problème que vous aurez à gérer avec moi. La moto, pour moi, c'est l'évasion hors de ce labyrinthe sans issu, à la manière de celui des Idées noires. Un labyrinthe dans la tête, qui tourne en rond sur lui-même. Quand je roule je n'ai plus la place de penser, je ne regarde que le bitume.

Tourner une clé, écrire, remonter des chaussettes, boutonner un pantalon, couper, ouvrir, serrer, pédaler, vélo figé à une même vitesse, ne pouvant plus en actionner son levier. Et les boîtes de conserve se fendent la poire devant l'ouvre-boîte en forme d'instrument de torture. Je laisse ma pince devenue inutile aux humains encore loin des singes.
Ma main droite. Toute bête comme chou.

- Docteur, je vous assure que la vie où je vis est celle où un casque enserre mes tempes. Cela paraît stupide, et vain, voire même futile. Mais je crève d'ennui sans ce vent là.

Regarder les semis pousser et tourner les pages d'un livre.
- Vous souvenez-vous, monsieur le chirurgien, de votre conseil, l'an passé, avant l'Irm ? Je vais vous la répéter, cette phrase ; "surtout évitez toute opération, le résultat peut être pire... "
Il semblerait que je n'ai plus le choix.
Demain, vous me direz.


24 février 2010

Amants cacahuètes

Parfois, il se croit Hercule portant ma vie en équilibre. Parfois, il oublie que si je l'aime depuis tant d'années, c'est que c'est un choix que j'ai fait.
Mais il le sait pourtant...

J'ai grignoté tant d'heures aussi fugaces et éphémères que des cacahuètes. Avec les hommes de passage. Plaisirs camouflés en petites graines craquantes et écœurantes jusqu'à la nausée. Toujours ce même goût, ce même relent.
J'ai choisi le régime sec et me satisfais d'un leurre.
Il est mon amour allégé, celui qui camoufle sous une apparence 100 % light plein d'additifs toxiques.
Lui, mon homme, dont je me nourris - anorexique à l'appétit frugal - de quelques regards, de quelques instants même pas volés.
Je m'en balance. Je ne vois plus ses fesses fermes qui enroulent en souplesse la route devant moi.
Nos vies toujours en parallèles, mais l'espace où les droites se rejoignent.

13 février 2010

Platane

Quand le virtuel se dissout, c'est Msn, désabusé, qui a fini ses jours pendus à quelques octets. Il a tracé ses derniers mots, en pixels poignants.
La messagerie oublie qu'elle n'est qu'une bête boîte à lettre, elle qui ose se prendre pour le clocher d'une église que les fidèles désertent.
Quand tout cela prit fin.

Je vis toujours. Sans plus jamais susciter de désir par mots à décrypter, en essence vide tout sens. Feu de joie, pour fêter l'enterrement d'une fille de joie.

Tant pis, tant mieux.
Je ne sais plus, juste savoir ce que je ne veux plus.
Peut-être tes hanches qui s'en balançaient, ou ton regard qui se mouillait.
Tout est vide, hormis l'infini à venir.

Et la coque craque telle l'écorce du platane.

02 février 2010

Grandir

Je sais maintenant ;
formater,
partitionner,
débugguer,
télécharger les drivers manquants,
pirater gratuitement les versions chères à Bill,
lire des formats inconnus grâce  des logiciels abscons,
conserver précieusement les mots de passe  décrackés.

Et faire des crackers au parmesan.

Chaque jour, apprendre à faire.

Et ne plus pleurer de rage et d'impuissance de devoir demander, puis redemander, gentiment, attendre, patiemment, jouer à la naïve éperdue de reconnaissance. Merci.

Accepter avec un plaisir tout empli d'amitié un petit coup de scie sauteuse sur une plaque.
Après avoir soigneusement planquée la mienne.

L'instruction est ma voie de liberté.
Seule, et avec les autres, le don du partage gratuit.
D'un cracker au parmesan.

26 janvier 2010

Exquise

Je suis exquise.
Qu'on se le dise, se le sussure et me le murmure. Tatouez-moi dans les chairs ce mot subtil qui me colle à la peau.
Exquise.

Exquise quand... je murmure "Niqué, ton petit", au tarot. Avec un sourire carnassier.

Exquise quand...  je baisse les yeux pudiquement en réponse à cette dame au sourire siliconé qualifiant d'un ton un peu méprisant mon humeur à tout trop prendre à cœur :
"Oui, que je nettoie les wc, ou fasse des calculs statistiques avec mon tableur, que je cuisine ou récure mon nez, je le fais toujours comme si ma vie en dépendait. Connasse. "

Exquise quand... on ne répond pas à mon mail professionnel. Le rappel est en copie au chef de service. Et cela marche toujours aussi bien. Bandes de flemmards qui s'écrasent devant leur hiérarchie.

Exquise quand... un ex-amant se moque publiquement et tellement gentiment de moi. Quand, offusquée, je tourne les talons et entend "ne pars pas, que vais-je faire sans toi ? ", je réponds de ma voix la plus sensuelle, de mon sourire le plus humide ; "Une branlette".

Je suis exquise.
Et j'emmerde les faux culs, les vrais cons, les imbéciles même pas heureux.


16 janvier 2010

Cadeau de nouvel an

Elle m'a appelée, sans me brusquer, délicatement précédée du code habituel envoyé par Sms "Tu dors ? " Elle avait un cadeau pour moi au bout de la voix ! Avait trouvé dans son " Reservoir Dogs" l'homme qu'il me fallait.
Une vrai chasseresse, pour moi qui ai l'âme plan-plan qui s'attache davantage aux queues des casseroles.
Il l'avait contactée, elle avait répondu.
Quand je suis allée dans le chenil pour voir sa fiche... c'est simple, j'aurais répondu sèchement-poliment que sa requête n'allait pas dans le sens de ma quête. Mais elle, elle est terrible, pas du style à se laisser rebuter par une photo cul-cul nu. Pas du tout.
Elle sait bien que l'âme se cache derrière tout ça.
Mais moi, je suis intransigeante-abrupte-intolérante, et leurs fessiers musclés piqués dans le catalogue Redoutable [ pour la page, je ne sais pas, je lis Lagaffe aux toilettes ], et bien je le leur laisse. Bref, ce monsieur "qui-est-vraiment-pour-toi-tu-verras-cultivé-intéressant-et-tout-et-tout" l'avait contactée.
Mais elle est futée, ma cop'. Très. En trois questions elle lui a su qu'il mentait. Sur son âge. Treize années passées à la trappe. Une broutille : il était donc pour moi.
Un menteur ? un qui n'est pas capable de savoir de combien d'années de vie il peut être fier ? Non, non, trop intolérante je suis. Si je revendique d'avoir l'âge de mon arthrose, ce n'est pas pour tenter de décrypter celui des autres. Enfin, quoi, merde ! S'il t'a contactée, ma belle, c'est que c'est un simple vieux qui est attiré par de la chair fraîche !
Et moi, en moment, avec la chair fraîche, je fais des conserves. De cochon. Tu as raison, nous sommes presque en concordance lui et moi....

Continue ta prospection... sait-on jamais ? Ça nous a permis de passer un bon moment au téléphone en considérations hautement philosophiques !

10 janvier 2010

Passion fugace

C'est magique, un vrai cadeau du ciel, auquel on ne croyait plus. On le regarde, le souffle court, les yeux humides de tant de... Et tout autour s'enveloppe de ouate. Rien n'est plus pareil, dans cette vie si familière.
C'est étrange, fascinant, et le regard s'attache à cet éblouissement en cristaux, à cet homme là, en manteau.
Cet homme en blanc.
Avec lui, ça crisse sous les pas, mais ça glisse au moindre faux pas. Qu'importe, la beauté fulgurante l'emporte. On veut encore y croire.
Au fil des jours tout se transforme. En flaques boueuses, en plaques acérées, miroir fracassé. Le verre cassé, ça porte bonheur ?
On regarde avec prudence. On oublie la féérie. Et parfois on se casse la gueule.
La neige n'est qu'une passion à vivre.
Belle mais dégueulasse au final.

04 janvier 2010

Son

Accroupie près de lui. Lui, en reflet de l'écran bleuté, où les drivers aux noms incongrus, bien rangés dans leurs colonnes, me font sourire.
Lui, là, dans ma maison, sur ma chaise, mon bureau, mon écran. Lui, là. Et la tendresse, la douleur, l'amour encore. L'envie de rire, de frotter son crane rasé qui râpait ma paume. L'envie de déposer ma tête, juste un instant. En fermant les yeux. En oubliant.  Non, ne pas fermer les yeux. Ne pas oublier. Chercher un café. Une raison. Fuir.  Et revenir, à peine un peu plus loin. Juste un peu. L'écouter, noter les hiéroglyphes informatiques.
Le regarder, si semblable à leur père, avec sa tête qui se rapprochait de l'écran pour mieux en cerner les mystères. Avec ses lunettes qui glissaient un peu. Vous ne trouvez pas qu'ils se ressemblent ? Et le garçon de passage qui fronce les sourcils. Il doit savoir. Ce passé décomposé avec cet inconnu que je ne présente pas. Il doit comprendre. Cet homme là, dont je ne dis pas le nom. Jamais.
Mon ordinateur a retrouvé sa voix.
Et ma raison me rend muette.

17 novembre 2009

Son âme ronde

Ma main sur ses arrondis, comme une amante, lissant de crème blanche ses flancs.
La lumière s'y reflète comme un ruisseau qui vagabonde, fuyant le rectiligne, se courbant en ondulant.
Je lui parle, caresse ses plaies, suit du bout des doigts les cicatrices qui la parent. Parfois je m'y cloue de tout mon corps, écartelant mes bras pour mieux la vivre en moi.
Je vis une histoire d'amour avec les murs de ma vieille maison. J'entends les échos des générations qui l'ont façonnée tour à tour, je panse les coups qu'elle a reçus. Je l'aime. Comme un ancêtre, comme une vieille femme dont le parfum un peu poussiéreux m'apaise. Je l'aime pour toutes ses rondeurs, ses éclats de cellulite, ses fractures.
Je la console de mes gestes qui la dénudent. Je veux la laisser belle pour ceux qui l'accompagneront. Je dois partir. Je dois fuir  un jour cette vie si rectiligne où je me cogne.
Et laisser cette maison dont l'âme ronde me sourit.

27 octobre 2009

Vestiaire

Ce matin je l'ai vu, qui se dandinait sans aucune décence dans le soleil levant. On ne voyait que lui.
Il s'est maquillé comme une folle ; son corps mince drapé de blanc cru, parsemé de quelques éclats dorés pour rajouter dans le clinquant. Mince et effilé, il a même un petit air efféminé. Tout en haut de sa tête, certainement pour fêter Halloween avant l'heure, il portait une perruque blonde flamboyante, qui ondoyait au moindre souffle. Quelle allure !
Lui qui incarne la sagesse a revêtu aujourd'hui une tenue de folle.
Mon bouleau a mis sa tenue d'automne.