06 octobre 2009
20 cm
Intestins grêle : j'avais peur que la couture ait été mal recousue, mais non !
Rectum ; confirmé ! Toute moulée, la crotte est passée.
Il : ce n'est peut-être pas la peine de le crier sur les toits...
Estomac ; ben si, parce que moi je n'en peux plus de la diète forcée depuis 4 jours. "Il faut attendre le reprise du transit" qu'ils disaient...
Il : comme je te comprends, Estomac, moi aussi je n'en peux plus de la diète. J'ai faim !
Cerveau : pas d'affolement, vous avez du sérum glucosé qui suffit tout à fait au bon fonctionnement des organes. La faim ,c'est psy-cho-lo-gique.
Il : je pense que le glucose a affaibli tes neurones, Cerveau, tu dis n'importe quoi : j'ai faim. Le sucre ça ne nourrit pas son homme. Je veux un cassoulet.
Neurones : c'est vrai qu'on se sent un peu faibles nous aussi, chef....
Cerveau : je ne vous ai rien demandé, vous, hop, au boulot !
Intestins grêle : un cassoulet ? Mon dieu-mon dieu-mon dieu... je me sens mal, soudainement. Dire que je me remets à peine de mon amputation.
Cerveau : ne sois pas inquiet, avant qu'on lui autorise autre chose que de la compote tu seras parfaitement cicatrisé ! Tu sais bien que le morceau qu'ils ont enlevé était en piteux état. C'est un mal nécessaire.
Intestins grêle : je n'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir... Vous savez qu'ils l'ont emmené se faire dépiauter cm par cm en laboratoire ?
Ganglions ; nous aussi, hop, il en a profité pour enlever ceux qui étaient enflammés. C'est drôle de voir partir un bout de nous.
Intestins ; vous vous souvenez, quand il nous a mis en pleine lumière ? C'était bizarre ! Je ne sais pas comment les humains font pour supporter tout ce froid et ces couleurs aveuglantes.
Cerveau : c'est normal, ils cherchaient un crabe planqué au milieu.
Intestins grêle : un crabe ? Mais Il n'en mange pas !
Cerveau : pffff... j'oublie toujours le manque de culture courante des organes... C'est l'autre nom du cancer, le crabe.
Il : bon, ça va, pas la peine de crier sur tous les toits ce mot là. J'ai déjà le trouillomètre à zéro.
Intestins grêle : je suis sûr que non, je vous assure que c'était juste 20 cm d'abîmé, pas plus. Il m'en reste encore plus de 5 mètres, vous savez !
Il : bon, plus qu'à attendre le chirurgien. Je refuse que l'on vide mon bassin. Elle est là, la preuve. Je veux manger un vrai quelque chose ce soir. Pas un bouillon avec 4 yeux qui flottent dessus. Cerveau, j'ai la trouille. Mais j'ai faim.
Et je ne veux pas de crabe au menu.
05 octobre 2009
Fardée
Mes doigts maquillaient l'outrage des chagrins d'une palette de mots choisis.
Penser, s'arrêter, dormir, rêver.
Et réaliser que je n'ai aucun plaisir à travestir en bulle irisée une histoire terne. Elle me pèse, comme ont pesé toutes ces aventures où j'ai entrebâillé les persiennes de mes espoirs. Ne voyant que le soleil, la chaleur exquise, la joie en éclats. Le merveilleux qui se conjugue à deux.
Je ne voulais voir que le beau, le chaud qui coule et brûle les peurs dans un grand feu de joie.
La petite voix qui parle en moi m'aide souvent à partir avant. Avant de me briser pour de vrai. Je devance l'inévitable, pressentant l'impasse. En partant, de crainte de me tromper, j'offre quelques mots, comme une clé, que l'autre peut décider d'utiliser pour me retrouver. Mais la clé n'a pas servi.
La petite voix ne se trompait pas.
Alors j'ai ouvert grand les yeux, arraché ce voile opaque qui maquillait le vrai, brûlant ma rétine aux vapeurs d'un bonheur qui s'évaporait, tenté de comprendre quelle erreur me faisait désirer celui qui ne vibrait que de ma peau à caresser.
Ma peau.
Je hais ma peau velours, ma peau de soie, ma peau qu'un amant de passage avait proposé de découper en échantillons à tester pour que jamais je ne sois seule. Je hais mon apparence encore belle, mes enfants responsables, mon jardin de curé, mon travail raisonnable.
Je hais cette image de femme fardée, moi qui ne voudrais que me délaver des outrages des amours défuntes.
Et vivre à en crever, sans crever de vivre.
04 octobre 2009
Quatre petits bonheurs
La salle est tellement vide que le silence s'y sent mal à l'aise. Le bruit des pop-corn écrasés sous les semelles des spectateurs a perdu son écho.
Game over, c'est vraiment la fin.
Il me faut garder le meilleur, puisqu'il paraît que c'est un excellent moyen pour oublier l'imparfait. Lister les moments gracieux qui maquillent les souvenirs de couleurs apaisées.
Lister, en s'appliquant.
j'ai eu 15 ans, le temps d'un rencard pour aller au cinéma. Un vrai rencart, comme avant.
j'ai écouté des chansons ringardes avec nostalgie.
j'ai connu l'ivresse de me sentir toute petite au creux des bras d'un géant.
Et puis c'est tout ?
Après tout, oui. C'est quand même sacrément restrictif de tenter la liste.
Mais je garde un vrai bonheur, le goût retrouvé des mots. Lui qui n'en voulait pas, s'ils étaient de nous, je n'ai trouvé que cette façon de lui parler sans le déranger. Écrire ici.
Game over pour nous... joie des mots retrouvés.
Merci, ma muse.
30 septembre 2009
Générale d'opérette
Si j'étais vraiment raisonnable...
Ils sont tous là,
rangés si bêtement dans leur champ tiré au cordeau où se déroule une drôle de guerre.
Si j'étais vraiment responsable...
Je les prendrais à revers, eux qui se sont figés en rangées stupides si bien ordonnées.
Puis je les ferais parler.
Je les ficellerais sur un axe et les triturerais, les torturerais jusqu'à l'exsangue.
Je suis payée pour cela.
C'est mon métier, de les faire avouer.
Mais moi, je vois la misère et la violence tout autour d'eux, eux qui sont perdus dans un monde qui n'est pas le leur. Soldats de plomb dans une guerre qui n'est pas la leur, pas la mienne.
Je ne suis pas raisonnable, ni responsable...
Alors je joue avec eux, tant qu'ils ne savent rien de leur destin.
Je les dessine en
belles courbes à double axe, en pyramides inutiles, en diagrammes colorés qui parlent en couleurs de ce monde que je n'aime pas...
Ce monde de chiffres où je suis générale d'opérette.
29 septembre 2009
Rire
Ce n'est pas de faute, je le sais bien.
Quand tu aimes me parler avec tes mains, j'entends en rime putain.
Tu ne sais pas alors combien je deviens sous tes paumes vulgaire catin.
Alors j'écris.
Pour ceux qui ne poseront jamais leurs mains sur ma peau satin.
Pour eux qui ne connaissent pas mon sexe écrin.
Je t'ai dit le besoin des mots, écho de tes mains.
Des mots velours.
Des mots presque d'amour.
Pour voiler de volupté les humeurs de tes doigts et me parer de décence.
Pour apaiser mes douleurs crues teintées de cendres.
Et tu as ri.
Ri.
28 septembre 2009
Vent coulis
Petit vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette.
Quand j'ouvre grand mon cœur il s'engouffre et vient chambouler toutes mes pensées bien ordonnées.
Ce petit vent malin sait trouver le soupirail que je ne ferme jamais. Je n'ose pas le verrouiller, de crainte d'avoir des petites pensées parsemées de moisi.
Tant pis, mes idées sont toutes décoiffées, ma raison tourneboulées et des feuilles jonchées de mots désordonnés parsèment mon en-dedans.
J'entends des bruissements, ça danse et tourbillonne, c'est si gai.
Et aussi les notes de ces musiques qui me berçaient enfant, et les clapotis de l'eau dans les grands coquillages salés. Parfois aussi, la plume d'une mouette qui me caresse la mémoire.
Tous ces moments de bonheur chauds comme un lagon.
Vois-tu, quand le vent coulis dans ma tête, parfois, pirouette... j'entends... ces mots d'amours défuntes au parfum de brin de lavande sèche. Ces mots si pauvres qu'ils me sont infiniment précieux. Des mots doux et sucrés, poivrés de cet autre qui me les murmuraient.
Ces mots, pour moi seule, comme un écho qui fracasse mes silences.
Tu vois, l'Homme, le vent dans ma tête, je l'aime. Parce que je ne serais pas moi-même si je devenais si grande et responsable et raisonnable. Parce que je deviendrais alors aussi triste qu'eux tous.
25 septembre 2009
Minette
Minette chez toi se balade. Elle a choisi ta maison pour grignoter un petit supplément de croustillance. Et frôle parfois tes mains ouvertes vers elle, pour t'en remercier.
Minette, elle est Minette parfaite, dis-tu.
Douce sous ta paume, silencieuse et frugale, qui ne demande rien, consent simplement à te regarder du coin de ses yeux félins. Faisant quelques pas de chat et s'en allant sans un bruit. Presque apprivoisée, jamais tout à fait là, ni tout à fait loin.
Minette ne trouble pas ton état délicieusement volatile de fumeur de pétard et ronronne au rythme des musiques qui swinguent. Jamais elle ne demande plus que ses croquettes. Il ne lui viendrait pas à l'idée de batifoler de pièce en pièce, Minette est si discrète, le petit coussin du canapé lui convient.
Ne m'appelle pas Minette !
Je n'aime pas tes croquettes, tes pétards, tes mains avides de me
prendre. Je n'aime pas ronronner quand il le faut et pirouetter avec
grâce. Je n'aime pas devoir être furtive et ne laisser d'empreinte que
sur un coussin. Je vais lacérer tes fauteuils, laisser des traînées délicieusement ammoniaquées sur tes plantes vertes. Je vais enterrer tes boulettes, mettre des mites dans tes céréales biologiques et un sucre dans ta moto. Je vais faire mes ongles sur ta peau, devenir allergique aux croquettes, perdre mes cheveux sur tes tapis, griffer tes habits. Je vais faire le gros dos et lancer des éclairs de colère avant de cracher ma rage, je vais déposer des têtes d'oiseaux tout écrabouillés sur ton oreiller.
Puis j'irai chez ton voisin.
24 septembre 2009
J'veux pas
Non, ça ne se discute pas.
Je ne veux pas.
Pas non plus en ar-ti-cu-lant en bon français châtié..
J'veux pas qu'elle déprime pour un homme, que ma roue crève, et que les haricots verts soient trop cuits.
J'veux pas que le blanc jaunisse sur le mur, que mon foie agonise par manque d'excès, ni que les tomates se fripent.
J'veux pas me faire arracher les dents, que son prof soit dérangé, et que tu sois malade pour de vrai.
Je ne veux pas, te dis-je.
Même en te parlant gentiment.
J'veux pas qu'on me polisse le corps jusqu'à le dépolir, et des bestioles dans mon jardin.
J'veux pas avoir des ampoules aux pieds, et des champignons ailleurs que dans les sous-bois.
J'veux pas perdre mon pull si doux, un chef qui se la pète, ni que tu t'en ailles à l'hôpital.
Je ne veux vraiment pas. Non et non.
Même si je ne le dis pas.
J'veux pas que le monde soit fou, les klaxons dans la rue, les femmes qui ont peur.
J'veux pas oublier le goût de mes bonbons colorés, mes papiers d'identité et mes souvenirs d'enfant.
J'veux pas pleurer toute seule, la machine qui lave tout en rose et ma moto en panne.
J'veux pas, tu sais, j'veux pas te dire tout ça.
Si tu savais tout ce que je ne veux pas... si tu savais...
Tu m'offrirais quelques minutes de je veux dans tes bras ?
Passeport biométrique
La main posée, bien appuyée sur la vitre froide, je regardais la lumière verte. Elle retourna l'écran de son ordinateur pour me faire découvrir les sillons si bien tracés. Elle les trouvait belles, mes empreintes.
Pour toujours je suis devenue celle à qui l'on donnera son nom, par les dessins creusés au bout de mes doigts.
Tracés dans des bases de données, mes sillons se sont magnétisés, attachés à tout jamais à l'heure où je suis née dans ce monde.
Dans des bandes magnétiques, ils ont trouvé leur port d'attache.
Je suis désormais biomaîtrisée.
23 septembre 2009
Pardon mon ami,
je te demande pardon de reculer en pas de chat quand tu t'approches de moi. Cela t'a bien fait rire le jour où je me suis retrouvée acculée au mur de mon bureau. Il paraît que mes yeux ont reflété la panique. Tu m'as avoué que tu voulais juste savoir quelle était ma distance de sécurité, et tu l'as trouvée : 50 cm. Si cet espace en carapace se réduit mes pieds reculent. Mon corps se balance à la recherche de cet équilibre fragile qui t'empêchera de me toucher. Mesure donc la longueur de ton bras, tu verras que je me maintiens à une même distance ...
Tu tentes de me dire de ne pas avoir peur. Tu me vois vous embrasser quand nous nous retrouvons au-dehors et tu ne comprends pas pourquoi je ne suis plus la même quand nous partageons nos bonjours du matin, nos repas du midi au restaurant d'entreprise.
Vois-tu, mon ami, si je me laissais aller à t'embrasser tous les jours avec le bonheur que cela me procure, je sais combien cela me manquerait, après. Tu deviendrais mon seul baiser quotidien et cela m'est insupportable. Tout comme les chocolats que je refuse si je ne peux en prendre qu'un.
Ce n'est pas pareil quand nous nous retrouvons chez les uns, les autres.
J'aime les baisers sur vos joues, y appuyer mes lèvres et humer l'odeur chaude de l'amitié. J'aime poser ma main sur vos épaules, et laisser un instant ma nuque oublier de soutenir ma tête. J'aime me glisser quelques secondes dans vos bras en riant. Parce que je n'ai pas peur d'y glaner un brin de bonheur. Vous retrouver, c'est moissonner des baisers dorés comme les blés.
Et si tous les jours je devais me contenter d'un bonjour du bout des joues qui se touchent sans trop se toucher, comme il faut le faire, du bout de la peau, je détesterais cela.
Je n'embrasse pas. Je ne sais donner que des baisers.