23 octobre 2009
Qu'importe
Ne plus attendre, ni prétendre.
Ne plus avoir faim, soif, plus la peau resserrée sur la chair, au bord de la grève d'un lit trop grand.
Oublier les paillettes lumineuses au coin des iris dans un regard, les narines frémissantes de l'odeur unique et exquise, les caresses comme un nuage, comme un mistral.
Ne plus croire au noir de la nuit, au soleil de minuit qui éclaire mon sommeil trop profond pour être vrai, et maudire les étoiles en paillettes dans le seul reflet de mes yeux.
Qu'importe.
22 octobre 2009
La facture du bourreau
Je vous ai dit "non". Pour que vous compreniez bien que je croyais plus à rien. Non, je ne suis pas prête à prendre un crédit pour cela, à affronter de nouvelles douleurs, de nouveaux risques. Non, je ne veux plus vivre dans l'angoisse d'une douleur étrange qui vrillerait mon sourire. Plus cette peur de l'os rongé par des germes.
Non, je ne suis plus capable de supporter le supplice d'il y a trois mois. Quand je suis arrivée chez vous, les yeux bouffis de larmes, la tête comme un nerf chauffé à blanc. Je ne veux plus devoir imaginer alors combien de temps j'aurai tenu avant d'avouer. Si vous aviez été bourreau.
Mais qu'étiez-vous d'autre alors ? Je m'accrochais, démente au souffle court, le visage inondé, laissant des râles s'échapper. Je gémissais sous les douleurs insupportables qu'il avait pourtant fallu supporter. C'était trop important. Trop... Il fallait le faire, même sans anesthésie.
Et quand j'ai saisi le dérivé morphinique, que j'ai avalé en tremblant, pitoyable bouche ensanglantée, j'ai su que jamais plus.
Depuis je cicatrise. Et je répète sans férir "non" à vos propositions. Non, il est trop tard, l'os friable se casse parfois. Pour rien. En respirant.
Et je supporte. Les plaies et ces prothèses rigides qui les blessent encore plus. Je supporte. Je supporte, car ces douleurs là, je les reconnais. Ce ne sont que des plaies.
Vous avez oublié, à trop me soigner, la compassion. Et je ne vous vois plus que comme mon bourreau.
Il m'aura fallu du temps pour le comprendre. Le temps d'un regard, aux urgences, avec ma joue tuméfiée et mes yeux aux pupilles dilatées de trop de comprimés. La compassion, comme la caresse du soleil. Malgré le temps qui lui était compté, elle avait pris la peine d'un geste sur ma joue, d'un sourire, d'une phrase pour m'absoudre de mes regrets. Ma décision était la bonne. Oui, il me fallait le faire. Elle l'avait dit, si doucement, avec tant de regrets pour son métier et tant de compassion pour mes douleurs.
Bientôt nous avons rendez-vous, vous qui attendez que je sois courageuse, comme d'habitude. Puisque je dis "non". Je ne changerai pas de bourreau, vous connaissez mes os, mes cicatrices comme personne. Je sais les nouvelles plaies, à venir les nouvelles douleurs. Je sais.
Je vous dois combien ?
13 octobre 2009
Pêcheuresse au hameçon vide
Au bord de l'eau, éclaboussures de gouttes, plein les yeux, attendre, gonfler d'étranges bruits la gorge où remonte le cœur enflé de vide. Au bord de la rivière, torrent, éclats d'écumes, mousse sploutch sous les doigts, et ce froid un peu visqueux qui granule la peau.
J'attendais, pêcheur de rien, avide de mots vif-argent. Patiente pécheresse au corps écartelé entre cœur et peau. Sang et soie, frissons chauds, l'eau comme une mare où fermentent en bulles putrides mes questions sans écho.
(...) Voilà, j'ai eu envie de partager ma joie avec toi, sans des questions sur la misère humaine.
La bouteille de Champagne est toujours au frigo... alors si tu le veux ? (...)
La misère humaine, celle qui s'accroche à moi, à mes envies d'aimer.
Misère humaine où les mots qui se planquent m'écorchent, petit ver vif qui se tortille à en crever au bout de son hameçon de questions.
Douce douleur de n'être que celle avec laquelle on boit du Champagne.
Si je veux ?
Me donner et recevoir de la joie en partage ?
Me donner et jouir ?
Me donner et me perdre ?
08 octobre 2009
Château de sable
J'ai en mémoire mille feuilles d'émotions.
Mille parfums surannés, mille plans de vie tracés aux creux de paumes caressées.
J'ai sur ma langue les peaux poivrées, les bouches sucrées, les sexes salés.
Pour toujours leur goût unique, qui s'est gravé dans mes papilles.
Je n'ai pas oublié la douleur d'entendre leurs cris d'amour qui n'étaient que des cris de jouir.
Et leur regard qui se penchait sur la courbe de mes hanches pour éviter mes yeux humides de chagrin.
J'ai voulu effacer l'empreinte de leurs mains avides de me prendre, leur désir si mécanique, leurs besoins éphémères.
Et crever de la tête d'une épingle rougie ce ballon plein de mots d'aimer, ce ballon trop lourd pour eux, que je retenais du bout de mes doigts.
Oserais-je rebâtir, encore et encore, un château sur la grève mouillée de la marée ?
05 octobre 2009
Fardée
Mes doigts maquillaient l'outrage des chagrins d'une palette de mots choisis.
Penser, s'arrêter, dormir, rêver.
Et réaliser que je n'ai aucun plaisir à travestir en bulle irisée une histoire terne. Elle me pèse, comme ont pesé toutes ces aventures où j'ai entrebâillé les persiennes de mes espoirs. Ne voyant que le soleil, la chaleur exquise, la joie en éclats. Le merveilleux qui se conjugue à deux.
Je ne voulais voir que le beau, le chaud qui coule et brûle les peurs dans un grand feu de joie.
La petite voix qui parle en moi m'aide souvent à partir avant. Avant de me briser pour de vrai. Je devance l'inévitable, pressentant l'impasse. En partant, de crainte de me tromper, j'offre quelques mots, comme une clé, que l'autre peut décider d'utiliser pour me retrouver. Mais la clé n'a pas servi.
La petite voix ne se trompait pas.
Alors j'ai ouvert grand les yeux, arraché ce voile opaque qui maquillait le vrai, brûlant ma rétine aux vapeurs d'un bonheur qui s'évaporait, tenté de comprendre quelle erreur me faisait désirer celui qui ne vibrait que de ma peau à caresser.
Ma peau.
Je hais ma peau velours, ma peau de soie, ma peau qu'un amant de passage avait proposé de découper en échantillons à tester pour que jamais je ne sois seule. Je hais mon apparence encore belle, mes enfants responsables, mon jardin de curé, mon travail raisonnable.
Je hais cette image de femme fardée, moi qui ne voudrais que me délaver des outrages des amours défuntes.
Et vivre à en crever, sans crever de vivre.
29 septembre 2009
Rire
Ce n'est pas de faute, je le sais bien.
Quand tu aimes me parler avec tes mains, j'entends en rime putain.
Tu ne sais pas alors combien je deviens sous tes paumes vulgaire catin.
Alors j'écris.
Pour ceux qui ne poseront jamais leurs mains sur ma peau satin.
Pour eux qui ne connaissent pas mon sexe écrin.
Je t'ai dit le besoin des mots, écho de tes mains.
Des mots velours.
Des mots presque d'amour.
Pour voiler de volupté les humeurs de tes doigts et me parer de décence.
Pour apaiser mes douleurs crues teintées de cendres.
Et tu as ri.
Ri.
22 septembre 2009
La mue du baiser
Et l'autre qui ne saura pas.
Ce poids tellement lourd qu'il m'étouffe de rage. Ce manque drapé de plomb à la taille frêle d'un sourire qui s'esquisse. Ce besoin si lourd, tellement lourd, d'espoir.
Prendre l'autre par son corps. Fermer les yeux, comme atteinte par la grâce, fermer tout ce qui peut me dire le mensonge que mon regard transpercerait. Croire que les peaux se desquameraient et que je serais enfin nue.
Sentir l'horreur de cette odeur qui s'infiltre et me glace. Flux insidieux. Là, il est là pour se pourlécher les sens, pas pour t'aimer. Ce manque qui crie et suinte de mes yeux, ce manque aigu qui transperce mes lèvres. Me taire. Et fuir.
Et l'autre qui ne saura pas.
Je porte la haine de ces instants de grâce, en faux-semblants d'amour. La haine de ces mots là.
Amant n'est pas aimant.
Aimer n'est pas baiser.
Et mes lèvres craquellent de ces mots qui crèvent en lettres sales.
18 septembre 2009
Toi, mon autre
Parfois, dans ces instants de grâce où les fissures laissent la lumière s'infiltrer, parfois, éclairée d'un vrai amour pour moi, je me regarde et me console. Prenant au creux de mes mots les plus doux celle qui se pense mal et lui dit alors combien elle est autre.
Elle me regarde et je crois bien qu'elle a confiance en mes mots. Elle pleure doucement, puis sourit. Et chante en riant. Puis la fissure doucement s'opacifie, les bords tranchés se ressoudent inexorablement, et je ne la vois plus.
Elle se revêt de cet étrange habit de peurs muettes qu'elle a tissé.
Je la regarde, impuissante, même pas en colère, même pas. Juste habituée à ses absences.
Et elle poursuit sa route. Mendie aux quatre coins de ses rencontres ces mêmes mots qu'elle me refuse, à moi, sa sœur, sa jumelle, son elle-même.
Elle voudrait un inconnu, un ailleurs où je ne peux l'amener. Elle ne veut que l'absolu d'un amour au parfum si familier qu'il la rassurerait.
Toi, mon autre, écoute moi.
Nul ne pourra t'aimer tant que toi, ne voudras pas de mon amour pour toi.
16 septembre 2009
Accords
L'apnée murmure à mon souvenir d'étranges silences aux échos glauques.
Eau croupie, flaque sombre et tiède.
Les silences striés de rouge griffent les espoirs.
Comment savoir ?
Laisser la mémoire des mots rêver ?
La mémoire des peaux se dépolir ?
Comment revivre ce qui se pare d'effluves putrides ?
Nul souffle chaud au creux de mon cou.
Et une cascade froide et noire ricoche sur mes vertèbres, accords d'une harpe d'antan.
14 septembre 2009
Crevure
Crever ma bulle de maux épais, percer l'abcès, soulager la plaie suppurante d'un geste chirurgical. Crever la ronde des mots polis. Crever, en bosses en plaies, dévers et revers sans queue ni tête. Crever de silences, crever des mots avalés de travers. Crever sans savoir pourquoi, pour qui. Crever pour moi. Qui se traîne à ma paix. Boulet chauffé à blanc.
Crever.
J'aime ce mot.
Crever.
Cadavre au ventre gonflé de miasmes. Crever le ballon si léger et l'entendre mourir. Crever d'un pieu aux lichens argentés planté au creux d'un sein. Et la peau en squames légers, et le sang qui goutte, et le cœur qui se débat.