Eau vive

Je vous avais écrit quelques mots... vous souvenez-vous ?

14 novembre 2015

De l'efficacité redoutable de certains conseils

Les rôles de la pièces sont décrits ici 

Morveux avait raison. Ne pas bouger. Surtout pas. Non non, pas d'initiative. Je m'accroche à mon rôle de soubrette dans un film muet.
Sauf pour compter les gouttes florales dans mon verre. Plic ploc. Quatre gouttes d'anti-stress par-ci. Tic-tac, quatre gouttes dévoreuses d'impatience par-là. Je cultive la zénitude.
Dans certains bureaux certains rient de me voir soudainement m'arrêter pour prendre de leur nouvelles et papoter. Oui !!! Je m'applique désormais à pa-po-ter.
Une grande fierté m'envahit.
Dents tranchantes a du se faire recadrer par de plus hautres instances et je la vois parfois ravaler la goutte de fiel qui allait poindre à ses babines retroussées. Belle grimace... Il semble évident qu'elle a reçu comme consigne de m'épargner si elle ne voulait pas que je change de service du jour au lendemain. Et elle sait que ce ne serait que difficilement jouable pour elle.
Quand même. Soupir. Quel gâchis que l'ambition quand elle est mal contrôlée.
Madame ma fielleuse cheffe, pour qu'une figure de style réussisse il faut que tous soient en parfait équilibre.
Je suis devenue un petit savon glissant.
Ne ferai rien susceptible de saboter le travail, mais ne ne tordrai plus l'humeur à la recherche d'un lubrifiant.
Bon courage.

Ah oui, ils ne savent pas, eux ! Dents tranchantes est inapte en technique. Et moi reconnue comme bidouilleuse.
Double courage madame. Il va vous en falloir.

Je commence à remettre quelques heures dans mes nuits.


02 novembre 2015

De l'expérience managériale du morveux

Les rôles de la pièces sont décrits ici 

Quand je pense qu'il y a moins de 30 ans ce morveux était en couche, tout entier à sa proie attaché pour s'abreuver de lait. Et le voilà, maintenant, m'expliquant comment jouer de Dents tranchantes en me préservant.
Le morveux est directeur de boîte industrielle. Et redoutable en management semble-t-il. Suffisament pour qu'une équipe d'ingénieurs menace de quitter la boîte si c'était "l'autre abruti" et pas morveux qui les chapeautait.
Alors que sa propre mère l'ancêtre se mine devant une cheffe et en perd toute envie de travailler. 
Faute avouée est à moitié résolue.
--- Que crains-tu ? Une lettre de licenciement ? Impossible pour toi. Donc ?
--- Heuuuu, donc ? (...)
--- Donc, tu bosses. Irréprochable, le travail. Mais pas plus. Plus aucune initiative.
--- Aïe, mais par exemple, aujourd'hui,  j'ai bien été obligée de (...) sinon (...)
--- Erreur fatale. Si tu n'avais pas fait le bug serait arrivé. Et pas sur ton nez. Tandis que là, personne ne te dit merci, et tu ne sais même pas si tes initiatives n'ont pas été mises sur le compte de Dents tranchantes.

Le morveux a pris un sourire carnassier, me regardant droit dans les yeux. Que j'ai baissés.

Je l'ai entendu penser "elle est irrécupérable".
Et il n'a pas tort. Mais au moins cela m'a fait rire au fond de moi.

01 novembre 2015

Fiel, ma Cheffe !

Les rôles de la pièces sont décrits ici 

Parvenir à l'exploit de me décourager de travailler le plus et le mieux possible, en deux mois, me laisse moi même interrogative. Mais enfin, comment, comment Dents tranchantes a-t-elle pu en arriver là si vite ?
--- Les réunions aux quelles je ne suis pas conviée ? Mais dont j'ai un compte-rendu avec liste de travaux à effectuer ?
---- Le rôle d'exécutante collée sur ma tête d'ancienne participative collaborative ? Cheffe est adjointe du service et responsable de la coordination des travaux. 
[ en aparté ces fonctions ont eu du mal à de pas déborder dans une simple carte de visite ]
---- L'appropriation immédiate de toute idée soumise comme étant celle de Dents tranchantes ?
---- Une salve d'interdictions futiles que j'ai réfutées - non encore soumise au diktat de l'obéissance aveugle à son supérieur - en rappelant que nous n'étions pas dans une salle d'école.

 Le résultat est là, je ne sais plus. Ce qui a été décidé, ni pour quelles raisons.
Et mes réactions ont été d'une banalité affligeantes... Yeux voilés, respiration proche de l'apnée, eczéma...
Oui, je sais....
[ Ego, tu es aussi concerné par ce que je dis là ],
... pas de commentaires je vous prie ! Je peux absorber des masses considérables de travaux, mais ne supporte en réalité pas le stress induit par des relations humaines détériorées. Il est un peu tard pour une psychanalyse, je pars à la retraite dans 3 ans.

27 octobre 2015

Du miel et du sel

Les rôles de la pièces sont décrits ici 

Tout a commencé par une tomate. Et un concombre. Dents tranchantes avait tenté d'appâter la végétarienne que je suis.
Non, j'exagère. Il y avait eu -juste avant le panier du jardinier- une goutte de miel.

- Fais moi confiance, je sais récompenser ceux qui travaillent plus que les autres.
- (...)
- En leur donnant des mois. [ à l'usage des néophytes non fonctionnaires, le mois est gagné sur un avancement d'échelon, qui débutera donc 1 mois plus tôt. A rapporter à la durée moyenne d'échelon. 48 mois. A rapporter également à une carrière d'environ 40 ans... Bon, souriez, et reprenez la lecture ]
- Ah ! Tu  crois vraiment que quelqu'un travaille davantage pour ça ? Pour gagner un bon point symbolique ? Comme à l'école ?

Dents tranchantes comprit alors que ce n'était pas gagné avec moi. La servilité n'est pas très exactement mon fort.

Et elle a donc tenté la tomate et le concombre.
- Ils étaient très bons, merci. Mais j'ai également un petit potager, tu sais...

Dents tranchantes est assez intelligente pour comprendre que je ne serai pas sa collaboratrice dévouée et soumise.

Je n'occupais pas cette fonction avant son arrivée et ne l'occuperai pas après.
La guerre froide a donc commencé.
Le fiel a désormais remplacé le miel et le sel.

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Poser les personnages

Si je ne vous les décris pas, il est sûr que vous ne pourrez guère me suivre dans mes pérégrinations. De fonctionnaire, faute avouée est à moitié pardonnée, non ?
Les mots... ha ! ces petits mots volages qui oublient qu'ils sont là pour conter et s'envolent dans les pensées. C'est un peu ma spécialité et il semblerait qu'une décryptulette est parfois nécessaire.
Bref, il me faut poser les personnages, disais-je. Voici donc.

JE
Tout d'abord, [Ego, la ferme, s'il te plaît], Je. Je sera moi. Ce sera vraiment plus simple, non ? Et j'adore ce "je sera moi". Bled me pardonne par avance. Et je me passe de l'avis des correcteurs du Monde et de leur langue sauce piquante.
DENTS TRANCHANTES
Mon cheffe [si si, ils ont féminisé ce mot à la laideur exquise]. Comme je n'ai pas envie de me l'approprier totalement, je dirai "Mon" cheffe, même si "Ma" Cheffe eût été plus adapté.
BIG CHEF
Le troisième Luron sera Big Chef. Qui chapeaute tout le monde. Tonton aurait pu lui convenir, car, même s'il n'a guère l'aspect de Lino Ventura, il a accepté avec son nouveau poste d'endosser le veston de Tonton flingueur. En plus lent à observer les membres présumés à recadrer.

Et les autres. Ceux là seront décrits lorsque leur rôle sera mis en mots. 

LE DÉCOR
Une dizaine de bureaux. Une administration. Une grosse enquête annuelle et obligatoire pour les communes de la région.

PS
Oui, ne râlez pas, vous avez bien affaire à une bande de fonctionnaires. Indéboulonnables. Et compressés au maximum du possible : ici, les heures sup ne sont pas payées et cette foutue volonté d'assurer un service public au mieux permet à l'Etat de s'offrir des dizaines d'heures de travail non rémunéré toutes les semaines.
Re PS : si j'ai décidé de mettre en mots ces personnages dans ce décor c'est aussi pour m'aider à moins travailler.


11 février 2010

Usine à gaz

Au niveau de l'accueil j'avais tenté le plus que parfait. Cohabiter bureau contre bureau, même paysagé, demande un peu de partage.
Elle, ancienne prof ayant démissionné de son ministère. Elle, dix ans de moins, sans compagnon, ni enfant [ c'est trop de "taf" ]. Moi, mère de famille nombreuse... Chacun sa vie, cela m'indiffère.
Mug à disposition, café à volonté, croissants, débriefing sur les us et coutumes de la boîte.
Et je continue ma petite vie un peu speed dans mon boulot. Speed et totalement autonome. Chef a quand même demandé que je sois là pour l'aider dans mon domaine de compétence. Sans souci, j'y ai été nommée "référente", c'est normal.
Les journées passent. J'ai un peu de mal avec ses petits rots continus. Même beaucoup de mal. Mais un de mes enfants m'a expliqué que dans certaines sociétés cela était normal. J'ai donc fermé les oreilles. Mais c'est dur, je vous assure que c'est dur....
Ensuite je l'écoute parler d'Ikéa. Et d'y aller en bus. 25km, dont 10 de rocades, cela menait la visite à 4 heures de transports en communs divers et variés. Sans compter l'impossibilité d'achat. J'avance la possibilité de prendre une demi-journée de congé pour l'emmener.
Trois jours avant...
- Ben... j'ai pas fini de ranger mon appart.... [depuis 3 mois ]... je préfère la semaine prochaine.
Il ne faut pas rêver, j'avais posé l'après midi, j'en ai profité pour moi. Et n'ai pas refait de proposition.
Un mois passe.
Clash sévère au boulot. Succession de reproches tellement étonnants que je n'en crois pas mes oreilles. J'ai stoppé illico le déballage à deux, avec mise au point avec notre chef, concerné au plus haut point. Elle faisait une vraie scène de jalousie, qui m'a laissée pantoise. Oui, je travaille avec lui depuis longtemps, nous nous entendons bien professionnellement, fumons nos clopes ensemble, mangeons ensemble [ elle a été conviée à ce joindre à nous et à notre bande-cantine dès le premier jour ]. Mais c'est mon chef, lui et moi le savons. Et nous n'avons jamais eu de souci hiérarchique ! Il n'y en a, paraît-il, que pour moi. Elle se sent délaissée, mise à l'écart. Dieu-du-ciel-Jésus-Marie-Joseph, mais quelle idée de tout regarder comme ça ! Nous n'occupons pas du tout le même poste ! Sur quel bureau est posée la pile de magasines ? Mais flûte, sur le mien, parce que je les survole ! Et les lui passe en suivant parce qu'elle les lit. Tout simplement.
Depuis ?
Elle part en congé mais oublie de me le dire... "à dans 15 jours", ce n'est pas la mer à boire.
J'ai appris la grande différence entre les femmes célibataires de 40 ans et les autres. L'égoïsme. Ne jamais avoir eu besoin de partager son temps avec l'autre. Être toujours dans la seule situation qui a été vécue, celle du recevoir.
Je me tais au maximum. Pars boire le café avec de vrais collègues-amis sans plus me sentir obligée d'attendre. Ai demandé un bureau seule, dans la catégorie "je suis une asociale". Demande agréée, mais mise au point mort par chef. Qui ne supporte pas l'idée que je sois à plus de dix mètres de son bureau. Porte parfois des écouteurs et un air d'opéra entre les oreilles. Ce qui ne filtre pas les rots, d'ailleurs. Heureusement que les pets ne font pas écho.... .
Chef s'énerve de mon attitude devenue distante.
Je ne plaisante plus avec lui au travers des portes ouvertes de nos bureaux. C'est le chef, je me lève pour lui parler. Et je la vois qui tend l'oreille.
Elle demande "tu sais qui va remplacer la direction" ? Oui, je sais, mais je ne partage plus spontanément toutes mes infos transversales.  Je réponds quand même à ses questions, la curiosité lui dévorant les lèvres.
Donner et ne rien recevoir... Je crois avoir atteint l'âge du non retour. Je ne veux plus être emmerdée par les emmerdeurs. Et elle en fait partie.
Un bureau seule, c'est ce que je répète.
Un jour ça va clasher. Mais pour de vrai.
Et je risque de partir en claquant la porte. Chef, tu vas regretter de ne pas me laisser bosser tranquillement toute seule. Tu vas vraiment regretter.

20 janvier 2010

La réflexion qui précède la non-action

Je dissimule mon sourire.
Je le sens qui entame le ralentissement de son pas, deux mètres avant. Je suis donc toujours la première à pousser la porte de secours vers le palier qui nous permettra de fumer. Pousser la porte, me baisser presque jusqu'au sol, saisir puis glisser la plaque de métal dans l'entrebâillement, afin de pas rester prisonniers au dehors.
Toujours, après un instant de réflexion qui s'est maintenant mû en instinct, me laisser aller au devant.
Le retour vers le bureau est son domaine de prédilection. Un coup de pied, et la plaque repart se glisser sur le côté.
Chef à moi a un oursin dans la poche.
Et un autre dans les reins.

21 octobre 2009

Un bonheur à l'envers

Je le sais bien, qu'il est radin. C'est mon chef, et il a ce travers - qui s'accentue - c'est vrai. Vous pestez de me voir amener  une poche de croissants chauds, qu'il dévore avec cette concupiscence étrange du double bonheur de la gourmandise et de la gratuité.
Mon chef a un oursin dans la poche. C'est rigolo et tellement étrange ! Je continuerai à sacrifier quelques euros,  pour embaumer parfois nos cafés de viennoiseries. Que voulez-vous, je sais combien il gagne, et combien sa femme gagne... Mon salaire est multiplié par quatre. Ou même par cinq.
Mais moi je n'ai pas mal de quelques euros dépensés en échange d'un café gourmand.  C'est lui qui connaît cette étrange jouissance de ne pas donner. De se sentir riche sans aucun soupçon de culpabilité.
Chef à moi vole les sachets de sucre dans les bistrots. Depuis que je n'achète plus son kilo de sucre il est fier de remplir ses poches de ces petits tubes laissés sur une table. J'ai un peu honte, alors, mais il rit quand les autres se moquent avec mépris de lui.
Mon chef a chaud de sa main enfouie loin de la monnaie au fond de sa poche.
Il a chaud de ne rien offrir.
Comme un bonheur à l'envers.

30 septembre 2009

Générale d'opérette

Si j'étais vraiment raisonnable...
Ils sont tous là, rangés si bêtement dans leur champ tiré au cordeau où se déroule une drôle de guerre.
Si j'étais vraiment responsable...
Je les prendrais à revers, eux qui se sont figés en rangées stupides si bien ordonnées.
Puis je les ferais parler.
Je les ficellerais sur un axe et les triturerais, les torturerais jusqu'à l'exsangue.
Je suis payée pour cela.
C'est mon métier, de les faire avouer.
Mais moi, je vois la misère et la violence tout autour d'eux, eux qui sont perdus dans un monde qui n'est pas le leur. Soldats de plomb dans une guerre qui n'est pas la leur, pas la mienne. 
Je ne suis pas raisonnable, ni responsable...
Alors je joue avec eux, tant qu'ils ne savent rien de leur destin.

Je les dessine en belles courbes à double axe, en pyramides inutiles, en diagrammes colorés qui parlent en couleurs de ce monde que je n'aime pas...
Ce monde de chiffres où je suis générale d'opérette.

29 août 2009

Anti-smack

Non, je ne me souviens pas vraiment quelles toilettes j'ai utilisées... Ni dans quels bureaux j'ai mis les pieds. Mais je suis ravie qu'en comité de direction exceptionnel une de mes qualités relationnelle ait été mise en avant et transmise à l'ensemble du personnel. C'est connu, je déteste embrasser les gens  ; je dis "bonjour", cela me suffit... "Ne faites plus la bise pour saluer vos collègues" précise le mail...
J'ai LA grippe.
Branle-bas de combat. Bureau fermé pour une semaine, opération de décontamination... Et confinement pour moi. Symptôme atypique, j'ai l'oreille gauche rouge. Le téléphone, seul moyen de communication... Et trois recettes de décoctions diverses pour venir à bout de ma toux.
C'est bien la première fois que l'on parle autant de moi au boulot....
"Non.... si ! Elle a LA grippe... mon dieu mais elle a du contaminer tout le monde. Oh là là, vite, il faut faire des provisions, acheter des pâtes, de l'huile... au cas où...."
Quand je vais revenir je suppute une certaine distance avec mes collègues et un regard noir du chef cuistot à la cantine....
Faut-il que j'ai un vaporisateur d'eau de Javel pour rassurer la populace ?
De toute façon vous n'y échapperez pas... Son seul problème, à cette foutue grippe... c'est d'être plus contagieuse que les autres !
Bon, moi, cet hiver, je serai tranquille !
En attendant je confis dans mon confinement. Plus que quatre jours...