07 octobre 2009
Sans un geste
C'est la première fois que je mangeais avec elle. Deux travailleurs lors de leur pause méridienne.
Elle qui file sur son vélo, délaissant les dossiers d'accueil de SDF. Elle, confrontée au pire de notre société.
Je regarde ma fille, cette inconnue si familière, et une vague de tendresse fière m'envahit devant cette jeune femme éblouissante.
Depuis qu'elle a trouvé sa voie, elle avance à pas de géant. Son mémoire ? Il n'y a pas que le jury à l'avoir trouvé remarquable. En le corrigeant je reconnaissais son parcours : philo, sciences de l'éducation, bénévolat, engagement politique, tout y était en filigrane. Elle n'a connu de pause que le temps d'un week-end, le CCASS l'ayant engagée dès la remise de son diplôme. Elle dit avoir de la chance, et eux pensent de même.
Je crois qu'elle a tant appris à écouter, à se détacher des émotions
primaires, que je me suis sentie apaisée devant cet enfant qui n'en
n'est plus un.
J'hésitais à franchir ma honte, à lancer ma bouteille d'encre à la mer, moi qui suis sa mère.
J'avais honte. Honte d'avoir été si fière de l'avoir présenté à eux tous, la fratrie réunie. Honte d'avoir cru que...
Maman, ne regrette rien, tu as le droit d'avoir besoin que l'autre te parle. Un couple, ça ne se construit pas que lors de week-end, ça se parle, ça se projette. Ne regrette pas.
Dans ses yeux il n'y avait aucun jugement. Dans sa voix juste le reflet de son propre couple, avec leurs mots tout autour.
Aujourd'hui, ma fille, tu m'as pris dans tes bras pour bercer mon chagrin. Sans un geste.
Oviv, façon